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	<title>Les Algonautes</title>
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	<description>Comme dans l'Odyss&#233;e, dans laquelle les Argonautes, des h&#233;ros, partent &#224; la qu&#234;te du soleil, les Algonautes &#8211; algo/douleur, nautes/navigateurices &#8211; courent le monde en qu&#234;te d'&#233;changes, de transformation, de radicalit&#233; en mati&#232;re de prise en charge des douleurs chroniques. Cette plateforme interactive est la leur. Patient&#183;es, aidant&#183;es, soignant&#183;es, chercheureuses, militant&#183;es, peuvent ici b&#226;tir une m&#233;moire vivante, qui rompt avec l'infantilisation, l'individualisation et la victimisation des personnes malades, abandonner le validisme, cr&#233;er du collectif, du r&#233;seau, de la solidarit&#233; aupr&#232;s des plus touch&#233;es et invisibles (isol&#233;&#183;es, pauvres, racis&#233;&#183;es, sans travail, invalides...) et d&#233;velopper une dynamique de savoirs.</description>
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		<title>Les Algonautes</title>
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		<title>Qui sommes-nous ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>douleur</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Comme dans l'Odyss&#233;e, dans laquelle les Argonautes, des h&#233;ros, partent &#224; la qu&#234;te du soleil, les Algonautes &#8211; algo/douleur, nautes/navigateurices &#8211; courent le monde en qu&#234;te d'&#233;changes, de transformation, de radicalit&#233; en mati&#232;re de prise en charge des douleurs chroniques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/Ecrivez-votre-histoire" rel="directory"&gt;&#201;crivez votre histoire !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/inegalites-territoriales" rel="tag"&gt;in&#233;galit&#233;s territoriales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/inegalites" rel="tag"&gt;in&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/medecine" rel="tag"&gt;m&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/savoirs" rel="tag"&gt;savoirs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/agnotologie" rel="tag"&gt;agnotologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/patient-es" rel="tag"&gt;patient&#183;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L113xH150/img_5596-2-d3f2d.jpg?1783246336' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous d&#233;couvrez les Algonautes et leur plateforme interactive. Malades, atteint&#183;es de douleur chronique, soignant&#183;es, proches, aidant&#183;es/alli&#233;&#183;es, militant&#183;es, universitaires, chercheureuses, d&#233;fenseureuses des droits de la personne, au travail, dans la sant&#233;, dans l'acc&#232;s au logement ou &#224; l'espace public, vous nous interrogez sur nos intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'Odyss&#233;e, dans laquelle les Argonautes, des h&#233;ros, partent &#224; la qu&#234;te du soleil, les Algonautes &#8211; algo/douleur, nautes/navigateurices &#8211; courent le monde en qu&#234;te d'&#233;changes, de transformation, de radicalit&#233; en mati&#232;re de prise en charge des douleurs chroniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes un collectif &#224; g&#233;om&#233;trie variable, variable comme notre &#233;tat de sant&#233;, nos situations professionnelles, la fa&#231;on dont nous sommes re&#231;u&#183;es par le corps m&#233;dical, le monde. Nous souhaitons nous regrouper pour garder trace des al&#233;as de la prise en charge des douleurs chroniques. Nous nous adressons aux patient&#183;es qui souffrent, mais pas seulement. Nous souhaitons que des soignant&#183;es (m&#233;decins, infirmi&#232;r&#183;es, aide-soignant&#183;es, kin&#233;sith&#233;rapeutes, ergoth&#233;rapeutes, psychologues, psychomotricien&#183;es, &#233;ducateurices sportif&#183;ves, etc.), qui sont confront&#233;&#183;es &#224; un syst&#232;me de sant&#233; plus enclin &#224; soigner des maladies mortelles que la douleur, nous rejoignent. Nous aimerions aussi que des proches et aidant&#183;es, que le validisme &#233;gare ou r&#233;duit au silence, croisent leurs points de vue avec les autres. Nous ne n&#233;gligeons pas les intellectuel&#183;les dont les cr&#233;dits de recherche ou les temps sont d'autant plus r&#233;duits qu'ils traitent des &#233;tudes de genre, des &#233;tudes subalternes ou sur les affects. Et enfin, nous comptons sur les militant&#183;es invisibilis&#233;&#183;es ou r&#233;prim&#233;&#183;es qui luttent pour une d&#233;mocratie sanitaire, contre les dominations du corps m&#233;dical, des syst&#232;mes capitaliste et patriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons garder m&#233;moire de ce que nous vivons. Nous voulons mettre nos mots, nos sons et nos images sur ce qui infl&#233;chit nos vies : la maltraitance de m&#233;decins, l'individualisation, la victimisation et l'infantilisation des patient&#183;es qui ont mal, leur culpabilisation, leur mise &#224; l'isolement, leur d&#233;shumanisation, l'invisibilisation de leur handicap, les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s aux soins, territoriales, financi&#232;res, sociales, de genre, de race, de classe, les conditions de travail d&#233;grad&#233;es des soignant&#183;es, leur d&#233;l&#233;gitimation quand il s'agit de douleur, leur d&#233;valorisation par le corps m&#233;dical hi&#233;rarchis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons &#233;crire, parler, pour faire conna&#238;tre les savoirs que nous avons accumul&#233;s gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience de la douleur et de son soin, gr&#226;ce &#224; leur v&#233;cu, &#224; l'analyse du contexte o&#249; ils se produisent, &#224; notre curiosit&#233; sans limite et &#224; notre force de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons &#233;crire, parler, pour valoriser les connaissances de femmes, majoritaires de part et d'autre de la ligne du traitement de la douleur, qui se battent tous les jours, contre des st&#233;r&#233;otypes de genre, de race, de classe et validistes tenaces, le m&#233;pris, les violences r&#233;elles, l'ignorance d&#233;lib&#233;r&#233;e entretenue par un corps m&#233;dical surpuissant. Nous souhaitons d&#233;noncer l'agnotologie de genre de la m&#233;decine, qui borne la connaissance &#224; l'int&#233;rieur de fronti&#232;res &#233;tablies, qui hi&#233;rarchise les pistes de recherche au point d'oblit&#233;rer des hypoth&#232;ses, qui manque de r&#233;flexivit&#233;, qui r&#233;pond aux objectifs pr&#233;cis d'une strat&#233;gie plus ax&#233;e sur la fin de vie que sur la pr&#233;vention des maladies ou sur la qualit&#233; de vie et l'inclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons &#233;crire, parler, pour cr&#233;er du collectif, du r&#233;seau, de la solidarit&#233; aupr&#232;s des plus touch&#233;es et invisibles (isol&#233;&#183;es, pauvres, racis&#233;&#183;es, sans travail, invalides...) et d&#233;velopper une dynamique de savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons politiser les douleurs chroniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Algonautes ne sont pas une association de patient&#183;es, un bureau des plaintes, un drugstore, un supermarch&#233; fournisseur de recettes ou de produits de sant&#233; ou de bien-&#234;tre. Ici, on &#233;crit et on parle de sa sant&#233; ou du soin pour mieux agir. Ici, livrer son intime sert &#224; r&#233;v&#233;ler une soci&#233;t&#233; malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les Algonautes sont b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre vocation est double...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; diffuser des &lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?rubrique1&#034;&gt;ressources textuelles et sonores&lt;/a&gt;&#8211; livres, articles, interventions publiques, etc., au long, en trois langues, au format que vous voulez &#8211;, des &lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?rubrique3&#034;&gt;suggestions de lecture&lt;/a&gt; &#8211; livres, articles, rapports, podcasts, sites web &#8211;, un &lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?page=agenda&#034;&gt;agenda des manifestations&lt;/a&gt;&#8211; conf&#233;rences, &#233;v&#233;nements, manifestations, formations, spectacles, projections de films, etc. &#8211; qui portent sur les douleurs chroniques, la maltraitance des corps, le validisme, le d&#233;ficit de d&#233;mocratie sanitaire, etc. et que les m&#233;dias traditionnels condamnent &#224; la confidentialit&#233;. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; laisser la parole &#224; toustes celleux qui ont des points de vue novateurs sur les douleurs chroniques, qui prennent en compte les questions de d&#233;mocratie sanitaire, de dominations de classe, de race, de genre. Toutes formes litt&#233;raires et sonores, illustr&#233;es ou non, sont les bienvenues :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Ecrivez-leur-une-lettre-ou-envoyez-leur-un-message' class=&#034;spip_in&#034;&gt;lettres ou messages vocaux imaginaires&lt;/a&gt; &#224; l'adresse de m&#233;decins ou soignant&#183;es maltraitant&#183;es, de repr&#233;sentants des administrations du syst&#232;me de sant&#233;, des d&#233;cideureuses politiques ignorant&#183;es ou m&#233;prisant&#183;es, de proches indiff&#233;rents ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Ecrivez-votre-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;cits autopathographiques&lt;/a&gt; relatant le v&#233;cu de votre exp&#233;rience en mati&#232;re de douleur chronique ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Ecrivez-un-poeme-une-chanson-un-conte-un-synopsis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;po&#232;mes, chansons, synopsis&lt;/a&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Postez-une-illustration' class=&#034;spip_in&#034;&gt;illustrations&lt;/a&gt; (dessins, collages, photos, cartes, images anim&#233;es, etc.) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Parlez' class=&#034;spip_in&#034;&gt;messages vocaux &#224; d'autres malades&lt;/a&gt;, &#224; leurs proches, &#224; des professionnel&#183;es de sant&#233;, sur votre exp&#233;rience de la maladie, sur votre gestion de la douleur, sur la corruption de votre corps, sur la maltraitance de votre esprit, sur les violences que vous subissez dans la vie quotidienne, au travail, dans les lieux de sant&#233;, sur la question des alli&#233;&#183;es/aidant&#183;es, sur l'actualit&#233; sanitaire, sur les savoirs que vous avez accumul&#233;s en mati&#232;re de sant&#233;, mais aussi en mati&#232;re de transport, de travail, d'urbanisme, de logement, etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour contribuer &#224; la plateforme, il y a plusieurs possibilit&#233;s, compatibles, d'ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; produire ou diffuser vos propres contenus, existants ou en cours d'&#233;laboration, notamment en organisant des ateliers o&#249; les paroles des un&#183;es et des autres (patient&#183;es, soignant&#183;es, proches) puissent se prendre, s'enregistrer, se noter, se transformer ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; collecter des contenus, dans votre r&#233;gion ou ailleurs, et les diffuser ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Bons-plans' class=&#034;spip_in&#034;&gt;proposer des bonnes adresses&lt;/a&gt;, associations de patient&#183;es, lieux de soin, centres de documentation sur la sant&#233; ou le handicap, librairies...&lt;/li&gt;&lt;li&gt; prendre part &#224; la mod&#233;ration du site web, c'est-&#224;-dire faire le tri des commentaires et contributions qui seront propos&#233;es, proposer des traductions, faire des relectures, etc. ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/Faites-un-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;faire un don&lt;/a&gt; pour que la plateforme vive, pour que les Algonautes puissent payer son h&#233;bergement, son nom, ses d&#233;veloppements informatiques mais aussi pour pr&#233;voir des ateliers ici et l&#224; dans le but de recueillir des paroles &#224; publier, pour monter des caisses de solidarit&#233; sanitaire...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les contenus de cette plateforme web trouvent leur racine dans le travail &#233;crit et sonore sur la fibromyalgie que Joelle Palmieri a r&#233;alis&#233; depuis septembre 2021, sous le titre &lt;a href='https://algonautes.org/La-douleur-impensee-la-serie-podcast-et-le-livre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La douleur impens&#233;e &#187;&lt;/a&gt;, ils sont d&#233;sormais entre vos mains. &#192; vous de les enrichir de vos propres r&#233;cits, coups de col&#232;re, t&#233;moignages, interrogations. &#192; vous de les moduler comme bon vous semble. &#192; vous de les structurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous contacter, &#233;crire &#224; &lt;a href=&#034;mailto:contact@algonautes.org&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;contact@algonautes.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remerciements&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Corinne Lepage, com&#233;dienne et &#233;ducatrice populaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;l&#232;ne Tilman, photographe plasticienne et chercheuse universitaire, &lt;br class='autobr' /&gt;
Thierry Eraud, d&#233;veloppeur informatique sous logiciel libre,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fil Rivi&#232;re, d&#233;veloppeur informatique sous logiciel libre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le ressentiment</title>
		<link>https://algonautes.org/Le-ressentiment</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Le ressentiment fait partie de ma vie de malade. En &#233;crivant, en prenant la parole, je le complexifie au point de produire une autre compr&#233;hension du monde et de gagner une grande libert&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/fibromyalgie" rel="tag"&gt;fibromyalgie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/maltraitance" rel="tag"&gt;maltraitance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/domination" rel="tag"&gt;domination&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/validisme" rel="tag"&gt;validisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/douleur" rel="tag"&gt;douleur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/liberte" rel="tag"&gt;libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/langage" rel="tag"&gt;langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/politisation" rel="tag"&gt;politisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/fatigue" rel="tag"&gt;fatigue&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://algonautes.org/medecine" rel="tag"&gt;m&#233;decine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://algonautes.org/patriarcat" rel="tag"&gt;patriarcat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/racisme" rel="tag"&gt;racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/paternalisme" rel="tag"&gt;paternalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L106xH150/18d7aa0a-d7f2-439d-bf13-1c560b6fdea7_1_105_c-82540.jpg?1782835282' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ranc&#339;ur, rancune, aigreur, amertume, frustration, jalousie, haine, d&#233;ception, tristesse, col&#232;re, d&#233;sir de me venger&#8230; La liste des &#233;motions qui me traversent, notamment apr&#232;s une consultation m&#233;dicale ou un rendez-vous &#224; la s&#233;cu, &#224; la Maison d&#233;partementale des personnes handicap&#233;es (MDPH), apr&#232;s la lecture d'un article dans la presse ou le visionnage d'un reportage &#224; la t&#233;l&#233; sur les douleurs chroniques, ou encore apr&#232;s une discussion avec un membre de ma famille, un&#183;e ancien&#183;ne coll&#232;gue ou un&#183;e ami&#183;e sur mon &#233;tat de sant&#233;, est longue. Leur ignorance me rend impuissante et je m'&#233;nerve. Plus je m'&#233;nerve plus ces &#233;motions redoublent. Leur fr&#233;quence est incommensurable. Le nombre de fois o&#249; mes besoins sont insatisfaits, qu'on me fait du tort, que je re&#231;ois des affronts en pleine figure, que je subis des violences, que les traumatismes v&#233;cus dans les lieux de sant&#233; ressurgissent, est lui aussi incommensurable. Avant de me rendre &#224; un rendez-vous m&#233;dical, mon appr&#233;hension est totale : j'imagine toutes les r&#233;flexions d&#233;sagr&#233;ables qui m'attendent. &#171; Vous n'avez rien. C'est dans votre t&#234;te. &#187; &#171; Tous vos examens sont bons, je ne peux rien pour vous, il reste la psychiatrie&#8230; &#187; &#171; Vos oppressions thoraciques sont li&#233;es &#224; vos angoisses. Rien &#224; voir avec le c&#339;ur ! &#187; &#171; Si vous ne prenez pas de m&#233;dicaments c'est que vous n'avez pas vraiment mal. &#187; &#171; On va pr&#233;voir une anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale, c'est mieux vue votre tr&#232;s grande anxi&#233;t&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rumine, je ressasse ces affects. Iels me happent. Iels habitent mon quotidien. Ils me vampirisent au point que la fronti&#232;re entre m&#233;dical et non m&#233;dical se d&#233;sagr&#232;ge. Et &#231;a dure. Leur manifestation ne s'arr&#234;te pas apr&#232;s un temps, contrairement &#224; la col&#232;re, explosive, ou &#224; l'indignation, factuelle. Je n'arrive pas &#224; les apaiser tant je me sens trahie. Enfin, pas imm&#233;diatement. Il m'est difficile d'oublier ou de surmonter les situations &#224; leur origine. Il y a quarante ans, un neurologue m'a prescrit du Valium pensant calmer mes sympt&#244;mes, sans pr&#233;voir de l'arr&#234;ter. Trente ans plus tard, une autre a essay&#233; le Rivotril sans tenir compte de mon d&#233;sir le plus grand de me d&#233;barrasser du Valium et plus g&#233;n&#233;ralement des anxiolytiques. Aujourd'hui, les neurologues qui me suivent s'accordent pour dire que je ne pourrai jamais en &#234;tre sevr&#233;e sous peine de voir apparaitre d'autres sympt&#244;mes. &#192; la pharmacie, &#224; chaque fois qu'une employ&#233;e lit mon ordonnance &#224; haute voix, les bras m'en tombent. J'ai honte. J'ai envie de me dissoudre dans le sol. J'ai peur que toute la population &#224; l'int&#233;rieur de l'officine et, par effet bouche-&#224;-oreille tout le village ou tout le quartier, me prennent pour une dingue ou une alcoolique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vis un paradoxe permanent. J'agis contre la maladie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je souffre d'un cavernome (malformation vasculaire) sur le tronc c&#233;r&#233;bral et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais ces &#233;motions inhibent mon action. Elles sont l&#224; pour que mon action se concentre &#224; persister dans l'&#233;tat qu'elles provoquent plut&#244;t qu'&#224; les soulager. Elles s'autoalimentent. Il n'est pas rare que mon action se focalise sur la vengeance que je pourrais &#233;chafauder plut&#244;t que sur la volont&#233; de m'extraire de cet &#233;tat. Les neurologues et leur Valium et Rivotril, l'anesth&#233;siste qui a &#233;crit en capitales rouges le mot &#171; anxi&#233;t&#233; &#187; en travers de mon dossier ou encore le rhumatologue qui voulait m'envoyer en psychiatrie font partie de mes cibles. Si je pouvais, je les poursuivrais en justice. Et je ne le fais pas. Je ne le fais d'autant pas que je suis leur proie. Le faire pour d'autres ne me poserait aucun probl&#232;me. Je suis obnubil&#233;e par la r&#233;paration de l'injustice que je subis mais la torture morale que je vis s'entretient au fur et &#224; mesure que je trouve des justifications &#224; mon impuissance. Je suis prise dans un tourbillon, celui d'un m&#233;canisme rod&#233;. Rong&#233;e de l'int&#233;rieur, j'organise ma vie autour de ces erreurs m&#233;dicales, de ces jugements arbitraires, de ces m&#233;pris. Je me rends sans cesse victime alors que je d&#233;teste &#231;a. Je me r&#233;fugie dans une position d&#233;fensive perp&#233;tuelle sans que je l'aie choisie. Ma pens&#233;e se brouille, monopolis&#233;e par les affects qui structurent ce m&#233;canisme. Je suis sur la d&#233;fensive au point de m'oublier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors je cherche &#224; mettre des mots sur ce fonctionnement. Quel mot pourrait bien recouvrir l'ensemble de ces affects ? Mon cerveau met du temps &#224; le trouver comme si un barrage infranchissable l'en emp&#234;chait. Et le mot tombe. Ressentiment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mets imm&#233;diatement en qu&#234;te. Comme d'habitude. J'&#233;coute, je lis, je me documente, j'ausculte les dictionnaires.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La litt&#233;rature pr&#233;cise que le concept de ressentiment est emprunt&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; l'image de ce que j'ai pu &#233;crire sur &lt;a href='https://algonautes.org/Reeducation-et-readaptation-au-service-du-validisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la r&#233;-adaptation et la r&#233;-&#233;ducation&lt;/a&gt;, j'explore l'&#233;tymologie du mot ressentiment. Re-senti-ment. Re, r&#233;p&#233;tition ou intensit&#233;. Une boucle sans fin. Sentir, du latin sentire, &#233;prouver, percevoir. Les affects. Ment, du latin mentum, action. Je retrouve les racines de mon paradoxe. Je suis ravie et je me demande : est-ce que mon ressenti ment ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je proc&#232;de par &#233;tapes. Je d&#233;cris mon d&#233;sir de vengeance, j'inspecte les impacts sur ma sant&#233; physique et mentale du contexte o&#249; ce ressentiment prend racine, et je reconqui&#232;re ma libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;sir de vengeance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'en veux &#224; la terre enti&#232;re. &#171; Personne ne m'aide. &#187;&#8232;&#171; Personne ne comprend ce que je vis. &#187; J'ai envie de disqualifier, d'abaisser, de rejeter, de punir, d'attaquer voire de d&#233;truire (voir disparaitre) des rivaux. Il y a toustes ces m&#233;decin&#183;es qui ont prescrit ce qu'ils voulaient sans mon accord et m'ont rendue malade, accro &#224; des m&#233;dicaments et &#224; mes terreurs. Il y a les institutions, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) ou la MDPH, qui ne reconnaissent pas les douleurs et fatigues chroniques dont je souffre comme une maladie, voire m&#234;me les algologues comme des m&#233;decin&#183;es, et refusent de m'accorder des cartes qui me permettraient de stationner sur une place &#171; handicap&#233;e &#187; ou de b&#233;n&#233;ficier d'un acc&#232;s prioritaire dans les lieux publics. C'est mesquin d'autant que, en revanche, la CPAM me mettra en invalidit&#233; &#224; vie, alors que j'ai cinquante-cinq ans, pour me faire sortir des chiffres des indemnit&#233;s journali&#232;res. Cela aura un effet d&#233;l&#233;t&#232;re sur ma pension de retraite. Il y a&#8230; un ancien coll&#232;gue qui ignore d&#233;lib&#233;r&#233;ment ce que je ressens, qui m'humilie parce que je n'arrive pas &#224; retenir ce qu'il vient de dire. &#171; Tu n'&#233;coutes pas en fait. &#187; &#171; Si, mais mon cerveau zappe tr&#232;s vite. C'est &#224; cause de la fatigue. &#187; Je le fais r&#233;p&#233;ter. Il s'ex&#233;cute. Rien &#224; faire, je ne retiens pas. &#171; Alors c'est grave, dit-il, c'est Alzheimer. &#187; C'est m&#233;chant. Pas tr&#232;s intelligent non plus. Il y a un membre de ma famille qui ne comprend rien, se sent d&#233;muni et qui alors emprunte le chemin de la piti&#233;. &#171; &#192; chaque fois que j'ai mal quelque part plus d'un jour, je pense &#224; toi. Je me dis &#8220;la pauvre&#8221;&#8230; &#187;. C'est exasp&#233;rant. Il y a toustes celleux qui ne m'&#233;coutent pas. C'est lassant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette chanson de Charles Trenet r&#233;sonne dans ma t&#234;te. &#171; Vous qui passez sans me voir&#8230; Vous, qui passez sans m&#234;me me dire bonsoir&#8230; Donnez-moi un peu d'espoir ce soir&#8230; J'ai tant de peine&#8230; Vous, dont je guette un regard&#8230; Pour quelle raison, ce soir passez-vous sans me voir&#8230; Un mot : je vais le dire : &#8220;je vous aime&#8221;. &#187; Ces quelques vers incarnent un manque, d'attention, d'amour, de soutien, que j'essaie &#224; tout crin de cerner. Il est devenu tellement banal. Mais aussi la peur permanente de perdre quelque chose, mon corps, mon int&#233;grit&#233;, mon cerveau, ma pens&#233;e, et par voie de cons&#233;quence qui j'aime ou cellui dont je voudrais &#234;tre aim&#233;e, ou au moins reconnue. C'est triste et dur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, avec tous mes rivaux, j'entretiens une comp&#233;tition vaine, imaginaire. Cette confrontation me donne l'illusion de gagner un peu de fiert&#233;. J'&#233;prouve tellement le besoin de me valoriser, d'exister, de combler ce manque, d'enrayer cette peur, d'obtenir une reconnaissance ou une r&#233;paration. Cette concurrence m'apporte une l&#233;gitimit&#233;. Je m'accroche &#224; mon imaginaire. Alors, j'aime m'inventer une sup&#233;riorit&#233;, en m'opposant ou en rejetant l'autre &#8211; le proche, l'institution, le m&#233;decin, le coll&#232;gue &#8211; &#224; l'origine de mon mal. Je le pense plus heureux, plus puissant ou plus accompli. Et je rectifie imm&#233;diatement : il a obtenu le statut que je lui attribue en corrompant son entourage, en trichant, en spoliant le travail des autres, en abusant de plus fragiles que lui, en s'appuyant sur les relations hi&#233;rarchiques pour assurer ses arri&#232;res, en n'ayant pour seule strat&#233;gie d'int&#233;grer une &#233;lite sachante et dominante, en faisant l'impasse sur lui-m&#234;me. Tout cela est superficiel, n'est qu'apparence. Moi, je suis int&#232;gre et enti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette envie de destruction se retourne parfois contre moi. Elle oblit&#232;re une blessure profonde, une souffrance et une douleur int&#233;rieures f&#233;roces, honteuses. Je m'en sens coupable. Je suis encourag&#233;e &#224; cultiver cette culpabilit&#233;. Mon m&#233;decin traitant commentera une de mes fractures : &#171; Vous, vous faites jamais les choses &#224; moiti&#233; &#187;, comme si j'avais fait expr&#232;s de tomber. J'ai le sentiment d'&#234;tre parfois incapable d'agir contre ce qui m'a bless&#233;e et me blesse encore, de ne pas avoir su obtenir cette r&#233;paration tant attendue, d'avoir c&#233;d&#233; aux injonctions des un&#183;es et des autres, d'avoir &#233;chou&#233; &#224; &#234;tre cette personne que j'aurais pu &#234;tre si je n'avais pas &#233;t&#233; malade, d'avoir laiss&#233; l'autre prendre la main sur mon destin. Je me relis : &#171; Comme pour la plupart des fl&#233;aux &#8211; viol, f&#233;minicide, sida&#8230; &#8211;, il convient de &#8220;soutenir les victimes&#8221; en leur conseillant de cultiver leur &#8220;estime de soi&#8221;, de &#8220;travailler le deuil&#8221;&#8230; plut&#244;t que de d&#233;signer, juger et sanctionner les coupables : les politiques publiques de sant&#233; ignorantes, la lib&#233;ralisation et la financiarisation du syst&#232;me de sant&#233;, le corps m&#233;dical sexiste, la culture ambiante culpabilisante. Cette logique fait des &#8220;victimes&#8221; les seules coupables. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Livre &#171; La douleur impens&#233;e, op. cit., p. 128.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; J'ai eu beau &#233;crire sur le d&#233;placement d&#233;lib&#233;r&#233; du curseur de la culpabilit&#233;, je tombe dans le panneau &#224; pieds joints. Je vis une double peine, celle d'&#234;tre malade et celle d'&#234;tre d&#233;plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que demande le ressentiment&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le ressentiment demande des efforts. Sans fin. Au fur et &#224; mesure que le temps passe &#8211; je ne saurais dire quand tout cela a commenc&#233;, &#224; ma naissance ?, plus tard ?, quand j'ai &#233;t&#233; diagnostiqu&#233;e ? &#8211;, un gouffre se creuse entre ce que je ressens et ce que j'exprime. Malgr&#233; les efforts que je d&#233;ploie pour le combler, les tentatives de recul qu'il m'arrive de prendre, les analyses que je peux en faire, j'ai encore l'impression de ne pas pouvoir me faire entendre librement. Ma frustration se nourrit goulument. Elle se cumule avec le manque et la peur. Parfois, je pr&#233;f&#232;re me taire face aux rivaux. L'affrontement est tellement fatigant qu'il est contreproductif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syst&#232;mes qui &#233;rigent des normes dont l'objet est d'interdire l'action sont si nombreux qu'ils m'ext&#233;nuent. Une amie proche me confiera alors que je l'informe par t&#233;l&#233;phone de l'abandon d'un projet d'&#233;dition : &#171; &#224; chaque fois que je t'ai, j'ai l'impression que t'es un peu au fond du trou. &#187; Elle croit m'encourager &#224; changer d'avis. Elle m'enfonce. Mes rivaux abusent et abusent encore de ces normes. Ils m'obligent &#224; r&#233;-agir, plut&#244;t qu'agir, &#224; sortir du trou plut&#244;t qu'&#224; l'&#233;liminer. Alors, il arrive que je cumule les &#171; auto &#187; : auto-empoisonnement psychologique, auto-censure, auto-mutilation, auto-contr&#244;le, auto-inquisition, auto-exclusion. Cela me p&#232;se terriblement moi qui milite pour l'auto-nomie &lt;i&gt;a l'envi&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me sens colonis&#233;e : comme les personnes sous colonisation, je suis spectatrice plut&#244;t qu'actrice de mon propre destin, de ma propre ali&#233;nation et de ma propre spoliation, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre financi&#232;re ou territoriale, quoique, au moins &#233;pist&#233;mique. Mon vocabulaire est appauvri, mes repr&#233;sentations biais&#233;es, mon imaginaire d&#233;form&#233;, mes savoirs pulv&#233;ris&#233;s. L&#224; aussi, j'ai beau &#233;tudier les m&#233;canismes de la colonialit&#233; num&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La colonialit&#233; num&#233;rique peut se d&#233;finir comme l'ensemble des rapports de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , les violences et la d&#233;pendance qu'elle produit entre dominants et domin&#233;&#183;es, l'entre-soi qu'elle privil&#233;gie s&#233;rieusement, je suis prise au pi&#232;ge. Je rejoins la cohorte des subalternes. C'est insupportable. Comme elleux, j'ai du mal &#224; passer du statut d'objet, auquel les normes sociales et les institutions (corps m&#233;dical, syst&#232;me de sant&#233;, corps enseignant, m&#233;dias, num&#233;rique, culture&#8230;) m'assignent, &#224; celui de sujet. J'ai du mal &#224; m'accorder de la reconnaissance. En situation de vuln&#233;rabilit&#233;, il m'est difficile de dire non &#224; la morale dominante. &#201;crasante. &lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que subalterne, un syst&#232;me de domination complexe met tout en &#339;uvre pour m'extraire du politique, de la politisation de la maladie. Une amie malade vit la m&#234;me chose : &#171; Moi je pense accepter un rapport de domination jusqu'ici. Donc &#224; &#234;tre d'accord, &#224; prendre les m&#233;dicaments qu'on me donne etc., &#224; &#233;couter la parole&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait du premier &#233;pisode du podcast &#171; La douleur impens&#233;e &#187;, Cr&#233;er un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce syst&#232;me regroupe un ensemble de &#171; ismes &#187;, d'id&#233;ologies, qui m'incite &#224; me r&#233;signer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le paternalisme, tout d'abord. Il est si pr&#233;gnant qu'il r&#233;ussit &#224; me r&#233;duire &#224; un &#233;tat de mineure civique, me transforme en chose incapable d'agir ou de penser par moi-m&#234;me, m'immobilise, me convertit en victime sans droit &#224; la r&#233;volte. Alors que je questionnerai un praticien de m&#233;decine chinoise traditionnelle sans chercher &#224; le mettre en d&#233;faut mais plut&#244;t &#224; comprendre ses conclusions, il ass&#233;nera : &#171; Je n'ai aucun compte &#224; vous rendre. Vous n'avez pas tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la compr&#233;hension de ma pratique. On ne peut pas tout savoir ni tout ma&#238;triser. En tant que praticien, j'ai cette expertise, pas vous. &#187; Mes savoirs propres ne comptent donc pas. Un chirurgien g&#233;ant me raccompagnant &#224; l'accueil de son service hospitalier, sa main gauche sur mon &#233;paule droite, voudra me rassurer alors qu'il a si peu expliqu&#233; son intervention &#224; venir : &#171; Ne vous inqui&#233;tez pas, tout va bien se passer. &#187; Je me suis sentie ridicule, en taille et en puissance. Je m'at&#232;le &#224; combattre cet &#171; isme &#187; depuis l'adolescence. Mais au prix de quel effort ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il y a les sexisme, racisme, classisme, et leurs pr&#233;jug&#233;s. Ils ont tellement la dent dure, sont tellement envahissants, que tenir bon est laborieux. Les m&#233;decin&#183;es ne me demandent jamais d'o&#249; je viens, quels m&#233;tiers je pratique, quels sont mes loisirs&#8230; Au mieux, iels les imaginent, sinon iels s'en moquent. Iels n'ont pas le temps. Iels sont convaincu&#183;es que ces informations n'influent en rien leur pratique. Alors qu'iels ne me connaissent pas, iels &#233;bauche d'embl&#233;e mon profil. En tant que femme, d'un &#226;ge avanc&#233;, au teint mat, je suis geignarde, peu coutumi&#232;re des avanc&#233;es technologiques, un peu b&#234;te, &#224; coup s&#251;r pas &#224; leur niveau, pas capable d'entendre des explications pouss&#233;es. Je ne les contredis pas, ravale ma hargne, mange la confusion dans laquelle iels me plongent, faute de temps&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, le validisme s'en m&#234;le. Les luttes de pouvoir entre valides et invalides sont omnipr&#233;sentes. Une voisine de chambre d'h&#244;pital m'invectivera face &#224; ma volont&#233; de me reposer : &#171; On ne peut pas rester toute la journ&#233;e au lit quand-m&#234;me ; c'est se laisser d&#233;p&#233;rir. &#187; Un membre &#226;g&#233; de ma famille, refusant de se plaindre, en faisant un principe, me persuadera : &#171; Faut positiver chaque jour. &#187; Ces injonctions me laminent. Me rendent la vie impossible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les syst&#232;mes d'exclusion, de deshumanisation, n'aident pas davantage. Je me relis une nouvelle fois : &#171; &#192; tout instant, l'&#233;ventualit&#233; de me sentir comme n'&#233;tant qu'une moiti&#233; d'humain ou une de ses portions est manifeste. Si je reste repli&#233;e sur cette hypoth&#232;se, j'ai peur, je me sens honteuse. M'en abstraire r&#233;clame paradoxalement de r&#233;v&#233;ler mon &#8220;intime&#8221;, de sortir de moi. [&#8230;] Aussi, cette &#233;tape qui consiste &#224; s'extraire, au-del&#224; d'&#234;tre myst&#233;rieuse et tabou, est difficile. [&#8230;] Elle demande de d&#233;ployer une force, celle d'&#234;tre habit&#233;e par la conviction que partager mon exp&#233;rience est indispensable &#224; la diminution de la douleur et &#224; l'apesanteur de la fatigue. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Livre &#171; La douleur impens&#233;e, op. cit., p. 94.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il n'est pas si simple de d&#233;voiler son intime, de passer outre les interdits qui me sont impos&#233;s. Cela demande un travail, qui m'extirpe du magma commode de la plainte, qui participe &#224; mon existence dans le monde. Il demande en particulier de passer &#224; l'acte de l'&#233;criture et de la prise de parole. Une autre amie malade expliquera l'importance du r&#233;cit personnel : &#171; Puisque la m&#233;decine n'a de cesse de nous d&#233;poss&#233;der, de nous infantiliser, de nous r&#233;duire &#224; des organes, des examens, le r&#233;cit refait du lien, on refait corps, on refait corps avec nous-m&#234;mes, corps avec les autres. Et pour faire face au corps m&#233;dical, tu vois, c'est presque un petit corps &#224; corps qui se joue. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait du sixi&#232;me &#233;pisode du podcast &#171; La douleur impens&#233;e &#187;, Valoriser les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Garantir ma libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant ce texte, je continue un travail entam&#233; avec l'apparition de la maladie. Je d&#233;montre que c'est difficile mais pas impossible. Alors, en plus de me faire plaisir, je r&#233;ponds &#224; la premi&#232;re question que j'ai pos&#233;e : &#171; est-ce que le ressenti ment ? &#187; Oui. Formellement. Il me ment. Il ment au moins sur mes moyens et fa&#231;ons d'agir. Il corrompt ma compr&#233;hension du monde. Il tente de voler mon autonomie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, je m'emploie &#224; mettre des mots sur la culpabilit&#233; qui m'&#233;treint, sur les sentiments qui d&#233;forment la r&#233;alit&#233; des rapports de force. J'entreprends de d&#233;crire clairement ce qui nourrit ma souffrance. Je n'att&#232;le &#224; d&#233;signer ou &#224; d&#233;peindre les m&#233;canismes d'autocensure ou de d&#233;ni. Je m'efforce &#224; critiquer les corps professionnels et les institutions dans le but de m'extraire de leurs dictats, normes, cadres et lois. Je rejette les mod&#232;les et leurs ma&#238;tres. Je d&#233;joue les repr&#233;sentations dominantes par la description des miennes. J'enrichis le vocabulaire g&#233;n&#233;ral de la douleur par mes propres mots. Je me d&#233;lecte &#224; dire ce qui est tu. Je m'applique &#224; d&#233;celer et &#224; repr&#233;senter les savoirs acquis par l'&#233;preuve. Je m'empresse &#224; sortir de l'ombre d&#232;s que possible. Je me r&#233;gale &#224; r&#233;server une place &#224; ma parole et &#224; mon &#233;coute. Par toutes ces actions, ces actes de r&#233;sistance, je peux devenir sujet et transformer mon ressentiment en une compr&#233;hension &#224; la fois plus nuanc&#233;e et plus complexe de moi et des autres. Je m'offre ainsi une grande libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Joelle Palmieri&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je souffre d'un cavernome (malformation vasculaire) sur le tronc c&#233;r&#233;bral et de fibromyalgie. J'en parle &#224; travers une &lt;a href='https://algonautes.org/La-douleur-impensee-le-livre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;autopathographie&lt;/a&gt; et une &lt;a href='https://algonautes.org/La-douleur-impensee-la-serie-podcast' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie podcast&lt;/a&gt; f&#233;ministes, &#171; La douleur impens&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La litt&#233;rature pr&#233;cise que le concept de ressentiment est emprunt&#233; &#224; Friedrich Nietzsche (La G&#233;n&#233;alogie de la morale, Traduction par Henri Albert, &#338;uvres compl&#232;tes de Fr&#233;d&#233;ric Nietzsche, vol. 11, Mercure de France, 1900 [1887]), repris plus tard par le philosophe et sociologue Max Scheler (L'homme du ressentiment, Gallimard, 1958 [1912]), par beaucoup d'autres philosophes dont Gilles Deleuze (Nietzsche et la philosophie, Presses Universitaires de France, 1962), Cynthia Fleury (Ci g&#238;t l'amer - Gu&#233;rir du ressentiment, &#233;ditions Gallimard, 2020) et des psychanalystes dont Sigmund Freud, M&#233;lanie Klein (Envie et Gratitude, traduit de l'anglais par Victor Smirnoff, &#233;ditions Gallimard, p.17-18, 1978 [1957]), Jacques Lacan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Livre &#171; La douleur impens&#233;e, op. cit., p. 128.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La colonialit&#233; num&#233;rique peut se d&#233;finir comme l'ensemble des rapports de domination cr&#233;&#233;s par la reproduction patriarcale de la mondialisation, du capitalisme et de l'occidentalisation, et auparavant du colonialisme, qui est aujourd'hui largement renforc&#233; par le num&#233;rique. J'ai eu l'occasion d'&#233;voquer ses d&#233;clinaisons dans le syst&#232;me de sant&#233; lors d'un panel de la conf&#233;rence internationale Afroeuropeans &#171; D&#233;fis intersectionnels dans les communaut&#233;s afro-europ&#233;ennes &#187;. &lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2022/09/27/racisme-colonialite-les-invisibles-de-la-sante/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Racisme, colonialit&#233;&#8230; les invisibles de la sant&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 23 septembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait du premier &#233;pisode du podcast &#171; La douleur impens&#233;e &#187;, &lt;a href='https://algonautes.org/Episode-1-Creer-un-langage-de-la-fibromyalgie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cr&#233;er un langage de la fibromyalgie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Livre &#171; La douleur impens&#233;e, op. cit., p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait du sixi&#232;me &#233;pisode du podcast &#171; La douleur impens&#233;e &#187;, &lt;a href='https://algonautes.org/Episode-6-Valoriser-les-savoirs-des-patientes-et-imaginer-des-alternatives' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Valoriser les savoirs des patientes et imaginer des alternatives&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Militantisme mon amour</title>
		<link>https://algonautes.org/Militantisme-mon-amour</link>
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		<dc:date>2026-04-19T15:51:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Lepage</dc:creator>


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		<dc:subject>violences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extrait du spectacle &#034;Militantisme mon amour&#034;, une conf&#233;rence gesticul&#233;e de Corinne Lepage retra&#231;ant son parcours militant, m&#234;lant th&#233;&#226;tre et engagement personnel, o&#249; elle explore les d&#233;fis du militantisme face aux strat&#233;gies du pouvoir. Enregistrement le 11 avril 2026 &#224; Servon-sur-Vilaine.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L150xH100/photo_corinne-55bc4.jpg?1776613972' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extrait du spectacle &#034;Militantisme mon amour&#034;, une conf&#233;rence gesticul&#233;e de Corinne Lepage retra&#231;ant son parcours militant, m&#234;lant th&#233;&#226;tre et engagement personnel, o&#249; elle explore les d&#233;fis du militantisme face aux strat&#233;gies du pouvoir. Enregistrement le 11 avril 2026 &#224; Servon-sur-Vilaine.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-120 &#034; data-id=&#034;d20c6ae5da50837660c58d7f8ed1c7f8&#034; src=&#034;IMG/mp3/corinnelepage_militantisme.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/dist/core/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:365}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-120 '&gt;&lt;strong&gt;2026-04-11T18:46:53Z
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript17747665756a5dcf43aaeac4.86765509&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvZGlzdC9jb3JlL21lZGlhcy9saWIvbWVqcy9tZWRpYWVsZW1lbnQtYW5kLXBsYXllci5taW4uanM/MTc3ODU5MjMxMycsbWVqc2Nzcz0ncGx1Z2lucy1kaXN0L2Rpc3QvY29yZS9tZWRpYXMvbGliL21lanMvbWVkaWFlbGVtZW50cGxheWVyLm1pbi5jc3M/MTc3ODU5MjMxMyc7CnZhciBtZWpzbG9hZGVyOwooZnVuY3Rpb24oKXt2YXIgYT1tZWpzbG9hZGVyOyJ1bmRlZmluZWQiPT10eXBlb2YgYSYmKG1lanNsb2FkZXI9YT17Z3M6bnVsbCxwbHVnOnt9LGNzczp7fSxpbml0Om51bGwsYzowLGNzc2xvYWQ6bnVsbH0pO2EuaW5pdHx8KGEuY3NzbG9hZD1mdW5jdGlvbihjKXtpZigidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEuY3NzW2NdKXthLmNzc1tjXT0hMDt2YXIgYj1kb2N1bWVudC5jcmVhdGVFbGVtZW50KCJsaW5rIik7Yi5ocmVmPWM7Yi5yZWw9InN0eWxlc2hlZXQiO2IudHlwZT0idGV4dC9jc3MiO2RvY3VtZW50LmdldEVsZW1lbnRzQnlUYWdOYW1lKCJoZWFkIilbMF0uYXBwZW5kQ2hpbGQoYil9fSxhLmluaXQ9ZnVuY3Rpb24oKXshMD09PWEuZ3MmJmZ1bmN0aW9uKGMpe2pRdWVyeSgiYXVkaW8ubWVqcyx2aWRlby5tZWpzIikubm90KCIuZG9uZSwubWVqc19fcGxheWVyIikuZWFjaChmdW5jdGlvbigpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgZT0hMCxoO2ZvcihoIGluIGQuY3NzKWEuY3NzbG9hZChkLmNzc1toXSk7Zm9yKHZhciBmIGluIGQucGx1Z2lucykidW5kZWZpbmVkIj09CnR5cGVvZiBhLnBsdWdbZl0/KGU9ITEsYS5wbHVnW2ZdPSExLGpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQoZC5wbHVnaW5zW2ZdLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5wbHVnW2ZdPSEwO2IoKX0pKTowPT1hLnBsdWdbZl0mJihlPSExKTtlJiZqUXVlcnkoIiMiK2MpLm1lZGlhZWxlbWVudHBsYXllcihqUXVlcnkuZXh0ZW5kKGQub3B0aW9ucyx7c3VjY2VzczpmdW5jdGlvbihhLGMpe2Z1bmN0aW9uIGIoKXt2YXIgYj1qUXVlcnkoYSkuY2xvc2VzdCgiLm1lanNfX2lubmVyIik7YS5wYXVzZWQ/KGIuYWRkQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKSxzZXRUaW1lb3V0KGZ1bmN0aW9uKCl7Yi5maWx0ZXIoIi5wYXVzaW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKS5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2luZyIpLmFkZENsYXNzKCJwYXVzZWQiKX0sMTAwKSk6Yi5yZW1vdmVDbGFzcygicGF1c2VkIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGxheWluZyIpfWIoKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXkiLGIsITEpOwphLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBsYXlpbmciLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2UiLGIsITEpO2EuYWRkRXZlbnRMaXN0ZW5lcigicGF1c2VkIixiLCExKTtnLmF0dHIoImF1dG9wbGF5IikmJmEucGxheSgpfX0pKX12YXIgZz1qUXVlcnkodGhpcykuYWRkQ2xhc3MoImRvbmUiKSxjOyhjPWcuYXR0cigiaWQiKSl8fChjPSJtZWpzLSIrZy5hdHRyKCJkYXRhLWlkIikrIi0iK2EuYysrLGcuYXR0cigiaWQiLGMpKTt2YXIgZD17b3B0aW9uczp7fSxwbHVnaW5zOnt9LGNzczpbXX0sZSxoO2ZvcihlIGluIGQpaWYoaD1nLmF0dHIoImRhdGEtbWVqcyIrZSkpZFtlXT1qUXVlcnkucGFyc2VKU09OKGgpO2IoKX0pfShqUXVlcnkpfSk7YS5nc3x8KCJ1bmRlZmluZWQiIT09dHlwZW9mIG1lanNjc3MmJmEuY3NzbG9hZChtZWpzY3NzKSxhLmdzPWpRdWVyeS5nZXRTY3JpcHQobWVqc3BhdGgsZnVuY3Rpb24oKXthLmdzPSEwO2EuaW5pdCgpO2pRdWVyeShhLmluaXQpO29uQWpheExvYWQoYS5pbml0KX0pKX0pKCk7PC9zY3JpcHQ+&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Corinne Lepage&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lettre &#224; ma psy</title>
		<link>https://algonautes.org/Lettre-a-ma-psy</link>
		<guid isPermaLink="true">https://algonautes.org/Lettre-a-ma-psy</guid>
		<dc:date>2026-04-04T09:48:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>d&#233;shumanisation</dc:subject>
		<dc:subject>violences</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ch&#232;re Madame, Je me sens tr&#232;s mal depuis notre dernier &#233;change t&#233;l&#233;phonique car je pensais avoir trouv&#233; en vous une alli&#233;e dans mon parcours de soin. En fait, notre discussion m'a fait r&#233;aliser que vous ne compreniez pas du tout ma situation ni ce que je vivais. J'ai eu le sentiment que vous aviez oubli&#233; tout ce que je vous ai racont&#233; la premi&#232;re fois que nous nous sommes vues. Lors de notre conversation, vous avez remis en question mon interpr&#233;tation de la phrase du neurologue &#171; Elle est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://algonautes.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ch&#232;re Madame,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me sens tr&#232;s mal depuis notre dernier &#233;change t&#233;l&#233;phonique car je pensais avoir trouv&#233; en vous une alli&#233;e dans mon parcours de soin. En fait, notre discussion m'a fait r&#233;aliser que vous ne compreniez pas du tout ma situation ni ce que je vivais. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai eu le sentiment que vous aviez oubli&#233; tout ce que je vous ai racont&#233; la premi&#232;re fois que nous nous sommes vues. Lors de notre conversation, vous avez remis en question mon interpr&#233;tation de la phrase du neurologue &#171; Elle est bonne pour Sainte-Anne &#187;. Comme je vous l'avais d&#233;j&#224; expliqu&#233;, remettre en question ma compr&#233;hension de ce qui &#233;tait sans &#233;quivoque une insulte lourde de sens &#224; l'adresse d'une femme a &#233;t&#233; violent. Je me suis pourtant dit que &#231;a n'&#233;tait pas grave et que j'&#233;tais s&#251;rement &#171; trop sensible &#187;. Cela rend tout de m&#234;me un peu parano&#239;aque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En me donnant beaucoup de conseils pratiques, vous essayez de bien faire. C'est ce que je comprends. Mais vous me mettez face &#224; ma d&#233;tresse et au fait que quasi personne ne peut comprendre ce que je vis, et au sens plus large ce que les millions de personnes qui souffrent quotidiennement vivent. J'ai mal depuis huit ans. Les gens qui n'ont pas mal chroniquement ne peuvent pas imaginer tout ce que nous, malades chroniques, essayons, changeons, mettons en place pour tenter de nous en sortir. Vous m'avez dit qu'avant d'aller consulter dans un centre contre la douleur il fallait que j'arr&#234;te le caf&#233;. Vous ne savez pas que j'ai pass&#233; des mois sans boire de caf&#233; pour constater qu'au contraire sa consommation me faisait du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre (non) prise en charge par un centre hospitalier sp&#233;cialis&#233; dans la douleur, tout comme ne pas &#234;tre reconnue en ALD, repr&#233;sentent des &#233;checs et des &#233;tapes de mon parcours de sant&#233; particuli&#232;rement violentes. Or, cette violence est absolument ignor&#233;e. Il n'y a que les personnes concern&#233;es qui connaissent le sentiment d'errance humiliante que cela provoque. Je ne peux pas tout expliquer. Je ne veux pas avoir &#224; me justifier sans cesse, sur les m&#233;dicaments que je prends, sur mes habitudes alimentaires, sur comment je fume, comment je bouge et respire. Je suis d'accord pour recevoir les quelques conseils que vous m'avez donn&#233; comme faire de la respiration plusieurs fois par jour, mieux manger, etc. Mais la fa&#231;on de me poser la question de savoir si telle ou telle habitude est bonne pour moi &#8211; &#171; et vous pensez que c'est une bonne id&#233;e pour les c&#233;phal&#233;es de rester &#224; jeun ? Vous pensez que c'est une bonne id&#233;e de &#8230; &#8211;, le tout &#224; r&#233;p&#233;tition comme vous l'avez fait, est condescendante. La tournure de vos phrases est infantilisante. Je ne vous comprends pas, d'autant que ce comportement est l'exact oppos&#233; de ce que j'ai ressenti la premi&#232;re fois que je vous ai vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me conseillez le livre d'une femme hyperactive et ultravalide qui pr&#244;ne un mode de vie tr&#232;s exigeant. Je n'ai pas du tout l'&#233;nergie ni l'envie de me lancer, par exemple, dans des r&#233;gimes que j'ai d&#233;j&#224; tent&#233;s et qui, comme je vous l'ai expliqu&#233;, m'ont fait du mal. Les recommandations de cette scientifique sont tellement &#233;loign&#233;es des marches que je gravis actuellement, et qui me r&#233;jouissent, que sa lecture est contreproductive. C'est d&#233;primant et culpabilisant de lire ces conseils, &#224; quoi s'ajoute la d&#233;ception de penser que vous imaginez que cela peut me faire du bien... &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon objectif &#233;tant d'aller mieux je ne vais pas poursuivre nos consultations car nos derniers &#233;changes m'ont rendue triste alors que j'allais mieux. Je ne pense pas chercher quelqu'un d'autre, c'est trop &#233;prouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien cordialement,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Anonyme&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les futurs imagin&#233;s</title>
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		<dc:date>2026-03-21T11:16:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Puiseux</dc:creator>


		<dc:subject>handicap</dc:subject>
		<dc:subject>douleur</dc:subject>
		<dc:subject>f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>crip</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je n'ai jamais consult&#233; de voyant-e ou de m&#233;dium ; je n'ai jamais demand&#233; &#224; une diseuse de bonne aventure de me d&#233;voiler ce qu'elle voyait dans sa boule de cristal. Personne n'a cherch&#233; de r&#233;ponses dans les feuilles de mon th&#233; ou de pr&#233;sages dans les &#233;toiles, ni ne m'a lu les lignes de la main. Pourtant, les gens pr&#233;disent mon avenir depuis des ann&#233;es. Ils/elles n'ont pas besoin de ces petits mots que l'on trouve dans les g&#226;teaux ou de cartes de tarot ; mon fauteuil roulant, mes cicatrices de br&#251;lures, et mes mains noueuses leurs disent apparemment tout ce qu'ils/elles ont besoin de savoir. Mon avenir est &#233;crit dans mon corps.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L100xH150/61t1pmkdrbl__sl1000_-1e402.jpg?1774092010' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je n'ai jamais consult&#233; de voyant-e ou de m&#233;dium ; je n'ai jamais demand&#233; &#224; une diseuse de bonne aventure de me d&#233;voiler ce qu'elle voyait dans sa boule de cristal. Personne n'a cherch&#233; de r&#233;ponses dans les feuilles de mon th&#233; ou de pr&#233;sages dans les &#233;toiles, ni ne m'a lu les lignes de la main. Pourtant, les gens pr&#233;disent mon avenir depuis des ann&#233;es. Ils/elles n'ont pas besoin de ces petits mots que l'on trouve dans les g&#226;teaux ou de cartes de tarot ; mon fauteuil roulant, mes cicatrices de br&#251;lures, et mes mains noueuses leurs disent apparemment tout ce qu'ils/elles ont besoin de savoir. Mon avenir est &#233;crit dans mon corps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1995, six mois apr&#232;s l'incendie, mon m&#233;decin me dit que mon d&#233;sir de faire des &#233;tudes sup&#233;rieures est pr&#233;matur&#233;, pour ne pas dire insens&#233;. Pour lui, je devais passer les trois ou quatre prochaines ann&#233;es chez moi, soign&#233;e par mes parents, et seulement apr&#232;s cela, il serait appropri&#233; de penser &#224; reprendre l'&#233;cole. Son ton &#233;tait clair, il pensait que les &#233;tudes sup&#233;rieures resteraient hors de ma port&#233;e ; cela ne faisait tout simplement pas partie de mon avenir. Ce &#224; quoi mon avenir ressemblait, selon les psychologues, les m&#233;decins r&#233;adaptateurs et autres th&#233;rapeutes qui s'amusaient avec moi, c'&#233;tait &#224; une tr&#232;s longue th&#233;rapie psychologique. Mes ami-es allaient probablement m'abandonner, tandis que l'alcoolisme et l'addiction aux drogues me guettaient, et je devais me pr&#233;parer &#224; un avenir de douleur et de solitude du &#224; mon handicap. Mais camarades de r&#233;&#233;ducation, la plupart d'entre eux/elles &#233;taient des personnes plus &#226;g&#233;es se remettant d'attaques ou de hanches cass&#233;es, voyaient le m&#234;me horizon morne que celui qui apparaissait devant moi. Une personne m'arr&#234;ta dans le couloir pour me conseiller de me suicider, m'expliquant que la vie en fauteuil roulant n'&#233;tait pas une vie qui m&#233;ritait d'&#234;tre v&#233;cue (son fils, pr&#233;cisa-t-elle avec d&#233;sinvolture, lui avait demand&#233; de &#171; le laisser partir &#187; si &#233;ventuellement il n'&#233;tait pas capable de remarcher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes perspectives d'avenir n'augment&#232;rent pas beaucoup apr&#232;s avoir quitt&#233; le centre de r&#233;&#233;ducation, au moins selon les personnes &#233;trang&#232;res que je rencontrais, et que je continue de rencontrer sur ma route. Une r&#233;ponse commune de ces gens, qui pensent savoir mieux que moi ce dont j'ai besoin, est de s'interroger sur mon jugement quand je refuse l'aide qu'ils/elles me proposent. Ils/elles sont apparemment capables de voir mon futur imm&#233;diat, pr&#233;disant mon incapacit&#233; &#224; r&#233;aliser certaines t&#226;ches sp&#233;cifiques, ainsi que les accidents et les blessures suppl&#233;mentaires qui en r&#233;sulteraient. Ou, gr&#226;ce &#224; un pouvoir visionnaire, ils/elles imaginent pour moi un avenir &#224; la fois morose et path&#233;tique : puisqu'ils/elles me pr&#233;disent des chutes dramatiques de mon fauteuil roulant, leur vision suppose que mon avenir est fait de souffrance implacable, de solitude, et d'amertume ; une repr&#233;sentation qui leur donne le droit de me b&#233;nir, d'avoir piti&#233; de moi, ou de refuser de me voir comme une &#233;gale. Bien que je m&#232;ne une vie engag&#233;e et satisfaisante, ils/elles peuvent clairement voir l'avenir sinistre qui m'attend : sans espoir de gu&#233;rison en vue, mon avenir ne peut &#234;tre autrement que morne. M&#234;me la tour d'ivoire qu'est l'universit&#233; ne m'a prot&#233;g&#233;e de ces projections mornes sur mon futur : une fois lors de mes &#233;tudes sup&#233;rieures, alors que j'avais propos&#233; un article sur une approche culturelle du handicap, ma professeure le rejeta jugeant le sujet inappropri&#233; parce qu'insuffisamment acad&#233;mique. Tandis que je me pr&#233;parais &#224; quitter son bureau, elle me tapota sur la main et m'encouragea &#224; &#171; gu&#233;rir &#187; vite, sugg&#233;rant que mon d&#233;sir d'&#233;tudier le handicap ne r&#233;sultait pas d'une curiosit&#233; intellectuelle mais d'un besoin th&#233;rapeutique d&#233;plac&#233; et d'une envie de gu&#233;rir. Elle pensait que je ne devais pas passer mon temps &#224; vouloir faire des recherches sur le handicap mais plut&#244;t &#224; chercher &#224; le d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet avenir morne imagin&#233;, ces suggestions qu'une meilleure vie n&#233;cessiterait de recourir &#224; l'absence de handicap, je les ai d&#233;pass&#233;s. Mes ami-es, ma famille et mes coll&#232;gues ont constamment fait appara&#238;tre d'autres futurs pour moi, refusant d'accepter les suggestions validistes selon lesquelles le handicap est un destin pire que la mort ou que le handicap emp&#234;che de vivre pleinement. Ceux/celles qui ont &#233;t&#233; les plus convaincant-es pour imaginer mon futur comme regorgeant d'opportunit&#233;s sont les autres personnes handicap&#233;es qui avaient elles-m&#234;mes r&#233;sist&#233;es aux interpr&#233;tations n&#233;gatives de leur futur. Elles me racontaient des histoires de vie pleinement v&#233;cues, et mon avenir, selon elles, n'impliquait pas la solitude et le pathos mais la possibilit&#233; de faire partie d'une communaut&#233;. Je pourrais &#233;crire des livres, enseigner, voyager, aimer et &#234;tre aim&#233;e ; je pourrais &#233;lever des enfants, faire partie de communaut&#233;s et les organiser, ou faire de l'art ; je pourrais m'engager dans les luttes militantes pour d&#233;fendre les droits des personnes handicap&#233;es ou m'engager dans d'autres mouvements pour la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier coup d'&#339;il, ces futurs imagin&#233;s n'ont rien en commun avec ceux &#233;voqu&#233;s pr&#233;c&#233;demment et entrent m&#234;me en contradiction avec eux ; les premiers imaginent le handicap comme un malheur pitoyable, une trag&#233;die qui emp&#234;che en effet certain-es de vivre leur vie, tandis que les seconds refusent une telle in&#233;vitabilit&#233;, d&#233;finissent le validisme, et non le handicap, comme l'obstacle &#224; une bonne vie. Ce que partagent ces deux repr&#233;sentations du futur, cependant, c'est un lien fort au pr&#233;sent. La fa&#231;on dont on comprend le handicap dans le pr&#233;sent d&#233;termine comment on imagine le handicap dans le futur ; certaines suppositions sur ce qu'est l'exp&#233;rience du handicap cr&#233;ent certaines conceptions d'un futur meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le handicap est conceptualis&#233; comme une terrible trag&#233;die sans fin, chaque futur qui inclut le handicap ne peut &#234;tre qu'un futur &#224; &#233;viter. En d'autres mots, un meilleur futur est un futur qui exclut le handicap et les corps handicap&#233;s ; en effet, c'est la totale absence de handicap qui symbolise ce futur meilleur. La pr&#233;sence du handicap signale donc quelque chose d'autre : un futur qui porte trop les traces des maladies du pr&#233;sent pour &#234;tre d&#233;sirable. Dans cette grille de lecture, un futur incluant le handicap est un futur dont personne ne veut, et la figure de la personne handicap&#233;e, surtout celle des f&#339;tus ou des enfants handicap&#233;s, devient le symbole de ce futur ind&#233;sirable. Comme le dit James Watson, un g&#233;n&#233;ticien travaillant sur l'ADN et sur le d&#233;veloppement du projet permettant de comprendre le g&#233;nome humain, &#171; nous acceptons d&#233;j&#224; que beaucoup de couples ne veulent pas d'un enfant trisomique. Vous seriez fous de dire que vous en voulez un, parce que cet enfant n'a aucun avenir &#187;. Bien que Watson soit tristement c&#233;l&#232;bre pour avoir revendiqu&#233; qui devait ou ne devait pas habiter ce monde, il n'est pas le seul &#224; exprimer ce genre de sentiment. Les paroles de Watson permettent simplement de clarifier les principes qui sous-tendent ce genre de discours, certains de ces principes se recoupant au c&#339;ur de ce projet de vie. Le premier est que le handicap est vu comme le signe d'une absence de futur, ou au moins comme celui d'un mauvais futur. Le second principe, relatif, est que nous serions tou-tes d'accord ; non seulement nous acceptons que les couples ne veulent pas d'un enfant trisomique, mais nous pensons que quiconque ressentant les choses autrement est &#171; fou/folle &#187;. Pour vouloir un enfant handicap&#233;, pour d&#233;sirer, ou m&#234;me accepter le handicap de cette fa&#231;on, il faut &#234;tre psychologiquement instable, non &#233;quilibr&#233;-e, malade. &#171; Nous &#187; tous savons cela, et il n'y a aucune place pour &#171; vous &#187; qui pensez diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce suppos&#233; accord, cette croyance que nous d&#233;sirons tous les m&#234;me futurs, que j'&#233;tudie dans ce livre. Je me suis particuli&#232;rement attach&#233;e &#224; d&#233;couvrir les fa&#231;ons dont le corps handicap&#233; est utilis&#233; dans ces visions du futur, pr&#233;sent&#233; &#224; la fois comme une pr&#233;sence/absence m&#233;taphorique et corporelle. J'explique que le handicap est reni&#233; de deux fa&#231;ons dans ces futurs. Premi&#232;rement, la valeur d'un futur tiers incluant les personnes handicap&#233;es n'est pas reconnue, tandis que la valeur d'un futur libre de tout handicap est vue comme allant de soi. Deuxi&#232;mement, la nature politique du handicap, &#224; savoir sa position comme cat&#233;gorie contestable et sujet &#224; d&#233;bat, n'est pas reconnue. Ce manque de reconnaissance de la nature politique du handicap rend possible l'exclusion des personnes handicap&#233;es du futur, et particuli&#232;rement d'une am&#233;lioration du futur ; voir le handicap comme un fait monolithique du corps, comme appartenant &#224; un au-del&#224; par rapport au royaume du politique, ainsi que par rapport &#224; celui du d&#233;bat et du d&#233;saccord, rend impossible le fait d'imaginer le handicap et les futurs comportant des handicaps diff&#233;remment. En mettant &#224; l'&#233;preuve la rh&#233;torique de la naturalit&#233; et de l'in&#233;vitabilit&#233; qui sous-tend ces discussions, j'argumente le fait que les d&#233;cisions sur le futur du handicap et des personnes handicap&#233;es sont des d&#233;cisions politiques et devraient &#234;tre reconnues et trait&#233;es comme telles. Plut&#244;t que de supposer qu'un &#171; bon &#187; futur d&#233;pendrait naturellement et objectivement de l'&#233;radication du handicap, nous devrions reconna&#238;tre cette perspective comme teint&#233;e par l'histoire du validisme et de l'oppression des personnes handicap&#233;es. En mettant donc au jour ces deux &#233;checs de reconnaissance, et le fait de renier le handicap comme appartenant &#224; &#171; nos &#187; futur, j'imagine les futurs autrement, argumentant pour des politiques crip d'acc&#232;s et d'engagement bas&#233;es sur le travail de militant-es et th&#233;oricien-nes handicap&#233;-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'offre F&#233;minist, queer, crip, ce sont des politiques crip du futur, une insistance sur le fait qu'il faut penser diff&#233;remment ces futurs imagin&#233;s, tir&#233;s de ces pr&#233;sents v&#233;cus. &#192; travers ce livre, je maintiens l'id&#233;e du politique comme grille de lecture pour penser la mani&#232;re dont nous pouvons arriver &#224; un &#171; ailleurs &#187;, pour imaginer d'autres fa&#231;ons d'&#234;tres qui peuvent &#234;tre plus justes et plus soutenantes. En imaginant des futurs plus accessibles, je me languis de cet ailleurs, et peut-&#234;tre de cette &#171; autre &#187; temporalit&#233;, dans lesquels le handicap est compris autrement : comme politique, comme valable, comme int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aller plus loin, j'admets marcher sur des &#339;ufs. &#171; Un futur avec un handicap est un futur que personne ne veut &#187; : tandis que je trouve absolument essentiel de d&#233;manteler la pr&#233;tendue &#233;vidence de cette revendication, je ne peux pas d&#233;nier qu'il y a du vrai en elle. Non seulement il y a une r&#233;alit&#233; abstraite en elle, mais il y a une r&#233;alit&#233; personnelle incarn&#233;e : c'est un sentiment que j'ai moi-m&#234;me ressentie. Pour autant de joies que j'ai trouv&#233;es dans les communaut&#233;s de personnes handicap&#233;es, et pour autant que j'&#233;value positivement mon exp&#233;rience en tant que personne handicap&#233;e, je ne suis pas int&#233;ress&#233;e &#224; devenir plus handicap&#233;e que je ne suis d&#233;j&#224;. Je r&#233;alise que cette position est elle-m&#234;me marqu&#233;e par du validisme dans l'&#233;chec &#224; m'imaginer ainsi, mais je ne peux la renier. Je ne suis ni oppos&#233;e aux soins pr&#233;nataux ni aux initiatives de sant&#233; publique ayant pour but la pr&#233;vention des maladies et des handicaps, tout comme des futurs dans lesquels la majorit&#233; de la population n'a toujours pas acc&#232;s aux besoins premiers ne sont pas des futurs que je souhaite. Mais il y a une diff&#233;rence entre d&#233;nier apporter les soins de sant&#233; n&#233;cessaires, fermer les yeux sur des conditions de travail difficiles, ou ignorer des pr&#233;occupations de sant&#233; publique (causant ainsi des maladies et des handicaps) et reconna&#238;tre la maladie et le handicap comme une part de ce qui fait de nous des humains. Tandis que je dresse la carte de cette diff&#233;rence, elle appara&#238;t d&#233;finitivement au-del&#224; de la port&#233;e de ce livre. Elle n'est pour moi ni pleinement possible ni d&#233;sirable, mais faire l'&#233;bauche de certaines de ces potentielles diff&#233;rences est exactement le travail que nous avons besoin de faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;finir le handicap : le mod&#232;le politique/relationnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sens du handicap, comme le sens de la maladie, est pr&#233;sum&#233; &#233;vident ; nous le savons tous quand nous le voyons. Mais les sens de la maladie et du handicap ne sont pas si fig&#233;s ou monolithiques ; de multiples compr&#233;hensions du handicap existent. Comme d'autres universitaires &#233;tudiant le handicap, je suis critique du mod&#232;le m&#233;dical du handicap, mais je suis &#233;galement circonspecte par un rejet total d'intervention m&#233;dicale. Dans les pages qui suivent, je propose un mod&#232;le politique/relationnel hybride du handicap, un mod&#232;le qui se construit sur la grille de lecture d'un mod&#232;le social et minoritaire mais qui les lie &#224; travers les critiques f&#233;ministe et queer de l'identit&#233;. Ma pr&#233;occupation &#224; imaginer diff&#233;remment les futurs comportant des handicaps cadre ma vue d'ensemble de chaque mod&#232;le : r&#233;fl&#233;chir aux diff&#233;rents futurs imagin&#233;s ou implicites dans chaque d&#233;finition donne un biais utile pour examiner les suppositions et les implications de ces grilles de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'augmentation des &#233;tudes sur le handicap aux &#201;tats-Unis, et des d&#233;cennies de militantisme pour les droits des personnes handicap&#233;es, le handicap continu d'&#234;tre vu d'abord comme un probl&#232;me personnel affligeant la personne de fa&#231;on individuelle, un probl&#232;me mieux r&#233;solu quand cette personne fait preuve de force de caract&#232;re et d'une volont&#233; de gu&#233;rir. Ce mod&#232;le individuel du handicap est incarn&#233; par ces exercices o&#249; on simule le handicap, et qui sont une des activit&#233;s favorites des campus universitaires, comme les journ&#233;es &#171; handivalides &#187; (incluant, les ann&#233;es pass&#233;es, ma propre universit&#233;). Pour ce, il est demand&#233; aux &#233;tudiant-es de passer quelques heures dans un fauteuil roulant ou de se bander les yeux pour qu'ils/elles puissent &#171; comprendre &#187; ce que veut dire &#234;tre aveugle ou &#224; mobilit&#233; r&#233;duite. Non seulement ce genre d'exercices se focalise sur les failles pr&#233;sum&#233;es et les privations des corps handicap&#233;s (une incapacit&#233; &#224; voir, une incapacit&#233; &#224; marcher), il pr&#233;sente aussi le handicap comme un fait connaissable du corps. Il n'y a aucune prise en compte des r&#233;ponses des personnes handicap&#233;es aux formes d'incapacit&#233; &#224; travers le temps et les contextes, ou de comment la nature de ces incapacit&#233;s change, ou encore de comment l'exp&#233;rience du handicap est particuli&#232;rement affect&#233;e par la culture et l'environnement. Se bander les yeux, par exemple, pour &#171; exp&#233;rimenter la c&#233;cit&#233; &#187; est un peu comme enseigner &#224; quelqu'un le validisme, et sugg&#233;rer que la seule chose qu'il a &#224; apprendre au sujet de la c&#233;cit&#233; est ce que l'on ressent lorsque l'on se d&#233;place dans le noir. En d'autres mots, la compr&#233;hension de la c&#233;cit&#233; se r&#233;sume compl&#232;tement &#224; l'exp&#233;rience de se bander les yeux ; il n'y a simplement rien d'autre &#224; discuter. Bien que ces genres d'exercices aient l'intention de r&#233;duire les peurs et les mauvaises repr&#233;sentations que les gens se font des personnes handicap&#233;es, les voix et les exp&#233;riences des personnes handicap&#233;es sont absentes. Les discussions au sujet des droits des personnes handicap&#233;es et de la justice sociale sont aussi absentes ; le handicap est d&#233;politis&#233;, pr&#233;sent&#233; davantage du c&#244;t&#233; de la nature que de la culture. Comme le note Tobin Siebers, ces exercices sont dans &#171; &#8216;'l'imagination personnelle'' plut&#244;t que dans &#8216;'l'imagination culturelle'', et une imagination plut&#244;t limit&#233;e du handicap &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le individuel du handicap est tr&#232;s &#233;troitement li&#233; avec ce qui est appel&#233; commun&#233;ment le mod&#232;le m&#233;dical du handicap ; les deux forment la grille de lecture qui domine la fa&#231;on de percevoir le handicap et les personnes handicap&#233;es. Le mod&#232;le m&#233;dical du handicap analyse les corps et les esprits atypiques comme d&#233;viants, pathologiques, d&#233;fectueux ; corps et esprits qui peuvent &#234;tre mieux compris et analys&#233;s en termes m&#233;dicaux. Dans cette grille de lecture, l'approche appropri&#233;e du handicap est de &#171; traiter &#187; la condition, et la personne victime de cette condition, plut&#244;t que de &#171; traiter &#187; les processus sociaux et les politiques qui limitent les vies des personnes handicap&#233;es. Bien que cette fa&#231;on de construire le handicap soit appel&#233;e le mod&#232;le &#171; m&#233;dical &#187;, il est important de noter que ses utilisations ne sont pas limit&#233;es aux m&#233;decins et autres pourvoyeurs de services m&#233;dico-sociaux ; ce qui caract&#233;rise le mod&#232;le m&#233;dical n'est pas la position de la personne (ou de l'institution) l'utilisant, mais c'est la position du handicap comme un probl&#232;me exclusivement m&#233;dical, et particuli&#232;rement la conception d'une telle position comme &#233;tant &#224; la fois un fait objectif et un sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, certains des d&#233;fenseurs les plus passionn&#233;s du mod&#232;le m&#233;dical du handicap pratiquent en dehors des h&#244;pitaux et des cliniques. Le critique litt&#233;raire Denis Dutton est l'exemple de cette fa&#231;on de penser, condamnant l'&#233;criture d'un manuel qui selon lui d&#233;crit le handicap en termes sociaux plut&#244;t que m&#233;dicaux. Dutton r&#233;fute le besoin de porter attention &#224; un tel langage sur le handicap &#233;tant donn&#233; que &#171; c'est dans la condition m&#233;dicale qu'est le probl&#232;me, non dans les mots qui la d&#233;crivent &#187;. Parce que le handicap est purement un probl&#232;me m&#233;dical, Dutton trouve que ce dernier n'a pas besoin d'&#234;tre compris comme une cat&#233;gorie d'analyse ; des conceptions telles que le validisme, la sant&#233; parfaite, et le corps normal, ou des conditions telles que &#171; la c&#233;cit&#233;, l'utilisation d'un fauteuil roulant, la polio, et le cr&#233;tinisme &#187; ne requi&#232;rent pas et ne m&#233;ritent pas d'attention critique parce que ce sont simplement des faits de vie. Pour Dutton, le handicap est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;vident, qui ne change pas, et purement m&#233;dical. Les interpr&#233;tations, les histoires, et les implications du &#171; cr&#233;tinisme &#187;, par exemple, ne sont pas valables pour permettre de lancer un d&#233;bat ou des visions dissidentes de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mod&#232;les &#224; la fois individuel et m&#233;dical, le handicap est vu comme une caract&#233;ristique probl&#233;matique inh&#233;rente &#224; des corps et des esprits particuliers. R&#233;soudre le probl&#232;me du handicap veut donc dire corriger, normaliser, ou &#233;liminer les individus pathologiques, rendant l'approche m&#233;dicale du handicap la seule appropri&#233;e. Le futur du handicap est davantage compris en termes de recherche m&#233;dicale, de traitement individuel, et d'assistance familiale qu'en termes d'augmentation des supports sociaux ou de grand changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les universitaires &#233;tudiant le handicap et ceux/celles qui militent sur cette question r&#233;futent cependant les bases de la grille de lecture m&#233;dicale/individuelle du handicap. Plut&#244;t que de voir nos handicaps comme naturels, signes &#233;vidents de pathologies, nous reformulons le handicap en termes sociaux. La cat&#233;gorie de &#171; handicap&#233;-e &#187; ne peut &#234;tre comprise qu'en relation avec celle de &#171; valide &#187; corporel et psychique, une binarit&#233; dans laquelle chaque terme forme les fronti&#232;res de l'autre. Comme l'explique Rosemarie Garland Thomson, cette division hi&#233;rarchique des corps et des esprits est utilis&#233;e pour &#171; l&#233;gitimer une distribution in&#233;gale des ressources, des statuts, et du pouvoir dans laquelle l'environnement social et architectural est partisan. &#187; Dans cette construction, le handicap est moins vu comme un fait objectif du corps ou de l'esprit mais plus comme un produit de relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme d&#233;finitionnelle qui s'&#233;loigne du mod&#232;le m&#233;dical/individuel permet un espace pour de nouvelles compr&#233;hensions sur de meilleures fa&#231;ons de r&#233;soudre le &#171; probl&#232;me &#187; du handicap. Dans cette perspective alternative, que j'appelle le mod&#232;le politique/relationnel, le probl&#232;me du handicap ne r&#233;side plus dans les esprits o&#249; les corps des individus mais dans la construction des environnements et des r&#233;seaux sociaux qui excluent ou stigmatisent des formes particuli&#232;res de corps, d'esprits, et de fa&#231;ons d'&#234;tres. Par exemple, sur le mod&#232;le m&#233;dical/individuel, les utilisateur/rices de fauteuils roulants souffrent d'incapacit&#233;s qui r&#233;duisent leur mobilit&#233;. Ces incapacit&#233;s sont adress&#233;es &#224; la sph&#232;re m&#233;dicale qui fait des interventions et des traitements ; quand cela &#233;choue, les individus doivent prendre le meilleur parti de cette mauvaise situation, compter sur leurs ami-es et les membres de leur famille pour arranger les lieux qui leurs sont inaccessibles. Dans un mod&#232;le politique/relationnel du handicap, le probl&#232;me du handicap est localis&#233; dans l'inaccessibilit&#233; des b&#226;timents, les attitudes discriminantes, et les syst&#232;mes id&#233;ologiques qui attribuent la normalit&#233; et la d&#233;viance &#224; des corps et des esprits particuliers. Le probl&#232;me du handicap est r&#233;solu non &#224; travers des interventions m&#233;dicales ou une normalisation chirurgicale mais par un changement social et une transformation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que les interventions m&#233;dicales n'ont pas de place dans mon mod&#232;le politique/relationnel. Dans ma proposition, le mod&#232;le politique/relationnel ne s'oppose ni ne valorise les interventions m&#233;dicales ; au lieu de prendre simplement de telles interventions pour acquises, il reconna&#238;t plut&#244;t que les repr&#233;sentations m&#233;dicales, les diagnostics, et les traitements qui transforment les corps sont impr&#233;gn&#233;s d'id&#233;ologie partisane sur ce que constitue la normalit&#233; et la d&#233;viance. Ainsi, il reconna&#238;t la possibilit&#233; de d&#233;sirer simultan&#233;ment d'&#234;tre gu&#233;ri-e d'une maladie chronique et d'&#234;tre identifi&#233;-e comme alli&#233;-e des personnes handicap&#233;es. Je veux cr&#233;er un espace pour que les gens per&#231;oivent un changement, m&#234;me faible, qui est en train d'&#233;merger ou de se produire, tandis qu'ils/elles reconnaissent aussi que de tels changements ne peuvent pas &#234;tre compris en dehors d'un contexte dans lequel ils op&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juxtaposant le mod&#232;le m&#233;dical au mod&#232;le politique, je ne suis pas en train de sugg&#233;rer que le mod&#232;le m&#233;dical n'est pas politique en soi. Au contraire, j'argumente pour une plus grande reconnaissance de la nature politique d'une grille de lecture m&#233;dicale du handicap. Comme le dit Jim Swan, reconna&#238;tre que le mod&#232;le m&#233;dical est politique permet de se poser des questions importantes sur les soins m&#233;dicaux et la justice sociale : &#171; Est-ce que les soins sont de bonne qualit&#233; ? Qui y a acc&#232;s ? Pour combien de temps ? Les personnes ont-elles le choix ? Qui paye pour cela ? &#187; Les questions de Swan nous rappellent que la grille de lecture m&#233;dicale du handicap est li&#233;e &#224; des r&#233;alit&#233;s et des relations &#233;conomiques, et la r&#233;forme scandaleuse actuelle sur la sant&#233; souligne la nature politique de ces questions. De plus, comme les universitaires qui travaillent sur les &#233;tudes scientifiques f&#233;ministes, la justice reproductive et la sant&#233; publique le soulignent, les croyances et les pratiques m&#233;dicales ne sont pas immunis&#233;es contre, ou s&#233;par&#233;es des pratiques et des id&#233;ologies culturelles. En offrant un mod&#232;le politique/relationnel du handicap, je n'argumente pas tant pour un rejet des approches m&#233;dicales du handicap que pour une interrogation renouvel&#233;e de ce qu'elles sont. Insister sur la dimension politique du handicap inclut de penser &#224; travers les pr&#233;suppos&#233;s du mod&#232;le m&#233;dical/individuel, voyant la sph&#232;re tout enti&#232;re du &#171; handicap &#187; comme pr&#234;te &#224; &#234;tre d&#233;battue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grille de lecture du handicap comme politique/relationnel part de fa&#231;on sororale du mod&#232;le plus commun du handicap qu'est le mod&#232;le social. Comme Margrite Shildrick et Janet Price, mon intention est de &#171; provoquer un trouble dans les certitudes, dans les identit&#233;s fig&#233;es qui y sont li&#233;es &#187; et de pluraliser les fa&#231;ons dont nous comprenons l'instabilit&#233; corporelle. Bien que les deux mod&#232;les, le mod&#232;le social et le mod&#232;le politique/relationnel, partagent une critique du mod&#232;le m&#233;dical, le mod&#232;le social compte souvent sur une distinction entre handicap et incapacit&#233; que je ne trouve pas utile. Dans cette grille de lecture, l'incapacit&#233; se r&#233;f&#232;re &#224; n'importe quelle limitation physique ou mentale, tandis que le handicap signifie les exclusions sociales bas&#233;es sur cette incapacit&#233;, et les sens sociaux qui lui sont attribu&#233;s. Les personnes ayant des incapacit&#233;s sont handicap&#233;es par leur environnement ; ou pour, le dire diff&#233;remment, leurs incapacit&#233;s ne sont pas handicapantes, les barri&#232;res sont sociales et architecturales. Bien que je sois d'accord avec ce besoin de faire attention au social, une division pr&#233;cise entre incapacit&#233; et handicap fait &#233;chouer la reconnaissance des deux, celle de l'incapacit&#233; et celle du handicap, comme &#233;tant sociales. Essayer simplement de d&#233;terminer ce qui constitue l'incapacit&#233; rend clair le fait que l'incapacit&#233; ne peut pas exister en dehors des compr&#233;hensions et des sens sociaux. Suzan Wendell illustre ce probl&#232;me quand elle questionne la distance qu'un individu peut &#234;tre capable de marcher pour &#234;tre consid&#233;r&#233; comme valide ; la r&#233;ponse &#224; cette question, explique-t-elle, a beaucoup &#224; voir avec le contexte &#233;conomique et g&#233;ographique dans lequel cela se produit. Ce que nous comprenons comme des conditions d'incapacit&#233;s sociales, physiques, mentales, ou autre, s'inscrit &#224; travers le temps et l'espace, et pr&#233;senter les incapacit&#233;s comme purement physiques obscurcit les effets de ces inscriptions. Comme les th&#233;oriciennes f&#233;ministes l'ont not&#233; depuis longtemps, et il n'y a aucune mention du Corps qui ne soit pas une articulation lointaine d'un corps tr&#232;s particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, le mod&#232;le social et sa distinction incapacit&#233;/handicap effacent les r&#233;alit&#233;s v&#233;cues d'incapacit&#233;s ; dans ces focalisations bien intentionn&#233;es sur les effets handicapants de la soci&#233;t&#233;, il manque les effets souvent handicapants de nos corps. Les personnes ayant des maladies, des douleurs, et de la fatigue chronique ont &#233;t&#233; parmi les plus critiques de ces aspects du mod&#232;le social, notant de fa&#231;ons justes que les changements sociaux et structurels ne feront pas grand chose contre leurs douleurs articulaires ou pour soulager leurs souffrances dorsales. Aucun changement architectural et comportemental futur ne gu&#233;rira le diab&#232;te, le cancer ou la fatigue. Se focaliser exclusivement sur les barri&#232;res handicapantes, comme semble le faire le mod&#232;le social strict, rend la douleur et la fatigue sans rapport au projet politique du handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, le mod&#232;le social peut marginaliser ces personnes handicap&#233;es qui sont int&#233;ress&#233;es par les interventions m&#233;dicales et les traitements. Dans un renversement complet du mod&#232;le individuel/m&#233;dical, qui imagine les traitements individuels comme le futur d&#233;sir&#233; du handicap, un mod&#232;le social strict met les traitements compl&#232;tement en dehors de nos futurs imagin&#233;s ; les traitements deviennent le futur qui ne respecte pas en soi ce que veut le/la militant-e ou l'universitaire handicap&#233;-e. En d'autres mots, parce que nous sommes si souvent confront&#233;-es, avec le mod&#232;le m&#233;dical du handicap, &#224; un fardeau sans fin, ou &#224; une perturbation permanente de notre qualit&#233; de vie, les militant-es pour les droits des personnes handicap&#233;es et les universitaires tendent &#224; d&#233;nier nos propres ressentis de douleur et de d&#233;pression. Puisque nous admettons nous battre contre nos incapacit&#233;s en voulant les soigner, et que cela est consid&#233;r&#233; comme une acceptation de cette grille de lecture contre laquelle nous nous battons, nous donnons raison &#224; nos ennemi-es de parler ainsi. Mais en nous positionnant seulement en opposition aux futurs imagin&#233;s par le mod&#232;le m&#233;dical, et en faisant taire le dialogue et la critique autour des questions vitales, nous limitons les r&#233;flexions &#224; notre disposition. Comme Liz Crow le signal, en refusant de reconna&#238;tre la douleur, la fatigue ou la d&#233;pression, &#171; notre capacit&#233; collective &#224; concevoir, et &#224; cr&#233;er, un monde qui ne handicape pas est diminu&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, dessiner une fronti&#232;re importante entre incapacit&#233; et handicap, et que cette distinction serve comme fondation pour th&#233;oriser le handicap, rend difficile l'exploration des fa&#231;ons par lesquelles les notions de handicap et de validisme affectent chacun-e d'entre nous, et pas seulement les personnes ayant des incapacit&#233;s. L'angoisse de vieillir, par exemple, peut &#234;tre vue comme le sympt&#244;me d'un sentiment d'injonction &#224; la validit&#233; corporelle et psychique, tout comme le fait de vouloir &#171; traiter &#187; des enfants qui sont l&#233;g&#232;rement plus petits que la norme en les faisant grandir avec des hormones ; dans aucun de ces cas les personnes en question ne sont fondamentalement consid&#233;r&#233;es comme handicap&#233;es, mais elles sont certainement affect&#233;es par les id&#233;es culturelles de normalit&#233; et celles de forme et de fonction id&#233;ales. Ou, pour pr&#233;senter cette id&#233;e d'une autre fa&#231;on, les ami-es et les membres de la famille d'une personne handicap&#233;e sont souvent affect&#233;-es par des comportements et des barri&#232;res validistes, m&#234;me si ils/elles ne sont pas eux/elles-m&#234;mes handicap&#233;-es. Leur vie sociale, par exemple, peut &#234;tre affect&#233;e lorsque les autres sont g&#234;n&#233;-es ou embarrass&#233;-es par leurs histoires de maladie et d'adaptation, ou des ami-es peuvent se sentir coupables en invitant la personne handicap&#233;e dans une maison inaccessible. Les difficult&#233;s &#224; pouvoir b&#233;n&#233;ficier de soins suppos&#233;s fiables et abordables, ou les obstacles pour trouver une maison accessible, affectent certainement des familles enti&#232;res, et pas seulement la personne handicap&#233;e elle-m&#234;me. De plus, le handicap n'existe pas seulement en relation avec la validit&#233; corporelle et psychique, une telle vision forme une binarit&#233; constitutive entre handicap et validit&#233;, mais le handicap est aussi exp&#233;riment&#233; dans et &#224; travers les relations ; il ne se construit pas dans l'isolement, et cela nous renvoie vers un registre diff&#233;rent d'analyse. Mon choix d'un mod&#232;le relationnel du handicap est destin&#233; &#224; parler de cette r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, mon usage d'une grille de lecture politique du handicap est un refus direct de la d&#233;politisation du handicap qui s'&#233;tend. La description m&#233;dicalis&#233;e du handicap que fait Dutton suppose que le &#171; cr&#233;tinisme &#187; est une cat&#233;gorie naturelle, purement d&#233;riv&#233;e d'une &#233;tude m&#233;dicale objective, et que cela ne sert &#224; rien de discuter politique ou pr&#233;jug&#233;s. En proclamant la naturabilit&#233; du handicap, il tourne en ridicule les d&#233;sirs de discuter le handicap en termes de langage ou d'identification. En affirmant que nous ne pouvons pas (ou ne devons pas) resignifier les identit&#233;s et les cat&#233;gories li&#233;es au handicap, et en refusant de reconna&#238;tre l'impact de la rh&#233;torique et de la terminologie d&#233;signant ce dernier, nous ne pouvons pas bien comprendre le handicap (et donc les vies des personnes handicap&#233;es). Et en insistant sur le fait que les approches m&#233;dicales du handicap sont compl&#232;tement objectives et d&#233;nu&#233;es de pr&#233;jug&#233;s ou de biais culturels, Dutton &#233;loigne compl&#232;tement le handicap de la sph&#232;re politique. De cette mani&#232;re, il forclos la possibilit&#233; de comprendre le handicap diff&#233;remment ; s&#233;parer le handicap et les personnes handicap&#233;es des compr&#233;hensions politiques interdit d'incorporer le handicap dans des programmes de changement et de transformation sociale, en d'autres mots, dans les visions d'un avenir meilleur. Une fois que le handicap n'a &#233;t&#233; plac&#233; que dans la grille de lecture m&#233;dicale, et quand le monde m&#233;dical et celui du handicap ont d&#233;peint le handicap comme apolitique, ce dernier n'a plus aucune place dans les politiques radicales ou les mouvements sociaux, except&#233; comme un probl&#232;me &#224; &#233;radiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le mod&#232;le politique/relationnel du handicap cr&#233;&#233; un espace pour davantage de r&#233;ponses militantes, voyant le &#171; handicap &#187; comme un lieu potentiel de r&#233;-imagination collective. Avec ce type de grille de lecture, les exercices pour &#171; prendre conscience de ce que c'est que d'&#234;tre handicap&#233;-e &#187; peuvent &#234;tre remani&#233;s pour se focaliser moins sur les exp&#233;riences individuelles du handicap, ou les exp&#233;riences imagin&#233;es du handicap, mais davantage sur les exp&#233;riences politiques de mise en situation handicapante. Par exemple, plut&#244;t que de placer des &#233;tudiant-es non handicap&#233;-es dans des fauteuils roulants, l'association Pissar bas&#233;e &#224; Santa Barbara cherche des toilettes s&#233;curis&#233;s et accessibles en pla&#231;ant ses membres dans des salles de bains, arm&#233;-es de r&#233;glettes pour mesurer et traquer les manquements et omissions des constructions environnantes. Comme l'expliquent dans leur manifeste mes camarades qui r&#233;volutionnent les toilettes, &#171; ce tournant qui a fait passer la focalisation sur l'incapacit&#233; du corps &#224; celle sur l'inaccessibilit&#233; des lieux ouvre des espaces pour le militantisme et le changement que ne pouvaient offrir ces &#8216;'exercices de conscientisation'' &#187;. En cr&#233;ant et en diffusant une &#171; liste de toilettes &#187;, Pissar imagine le futur du militantisme handicap&#233;, un militantisme qui demande, avec les militant-es des droits pour les personnes handicap&#233;es, des espaces accessibles. Pissar contraste ainsi avec l'approche des exercices de simulations dans lesquels &#171; la conscientisation &#187; est le but &#224; atteindre, plut&#244;t qu'un changement structurel ou syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant les futurs comportant des handicaps et les images du handicap &#224; travers le mod&#232;le politique/relationnel, je situe totalement le handicap dans la sph&#232;re politique. Mon but est de contextualiser, d'historiciser est de politiser les sens typiquement attribu&#233;s au handicap et de positionner ainsi le &#171; handicap &#187; comme un ensemble de pratiques et d'associations qui peuvent &#234;tre critiqu&#233;es, contest&#233;es, et transform&#233;es. L'int&#233;grale de ce projet est une prise de conscience que les discours validistes circulent largement, et pas seulement dans les lieux explicitement marqu&#233;s par le handicap ; il s'agit donc de penser le handicap comme une n&#233;cessit&#233; politique qui explore toutes choses allant des pratiques reproductives &#224; la philosophie environnementale, allant des militant-es pour des toilettes accessibles &#224; la cyberculture. Je suis influenc&#233;e dans mon propos par Chantal Mouffe qui explique que &#171; le politique ne peut pas se restreindre &#224; un certain type d'institutions, ou &#234;tre envisag&#233; comme constituant une sph&#232;re ou un niveau sp&#233;cifique de la soci&#233;t&#233;. Il doit &#234;tre con&#231;u comme une dimension qui est inh&#233;rente &#224; chaque soci&#233;t&#233; humaine et qui d&#233;termine notre profonde condition ontologique &#187;. Dire que quelque chose est &#171; politique &#187; dans ce sens veut dire qu'elle est impliqu&#233;e dans des relations de pouvoir et que ses relations, ses principes, et ses effets sont contest&#233;s et contestables, ouverts &#224; la dissidence et au d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, je m'int&#233;resse ici &#224; ce que Jodi Dean appelle &#171; le comment du politique, &#224; la fa&#231;on dont les concepts et les questions deviennent politiques dans le sens commun, et aux processus &#224; travers lesquels les lieux et les populations sont amen&#233;-es &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;-es comme ayant besoin d'interventions, de r&#233;gulations, ou de quarantaines &#187;. Cette focalisation sur le comment du politique est mise en parall&#232;le avec le premier ensemble de questions qui a motiv&#233; mon projet : le handicap est-il politique ? Comment est-il politique ? Comment la cat&#233;gorie de &#034;handicap&#233;-e&#034; est-elle utilis&#233;e pour justifier la classification, la supervision, la s&#233;gr&#233;gation, et l'oppression de certaines personnes, corps, et pratiques ? Poser ces questions requiert une reconnaissance du r&#244;le central que les id&#233;es du handicap et de la capacit&#233; jouent dans notre culture contemporaine, particuli&#232;rement dans les futurs imagin&#233;s et projet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir appuy&#233; sur l'importance du &#171; comment &#187; en politique, Dean insiste sur le besoin de &#171; prendre la d&#233;politisation au s&#233;rieux, de r&#233;fl&#233;chir aux moyens par lesquels les espaces, les questions, les identit&#233;s, et les &#233;v&#233;nements sont rejet&#233;s en dehors de la circulation politique ou ne sont pas mis &#224; l'ordre du jour, ou sont consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant d&#233;j&#224; r&#233;solus &#187;. Faire attention aux fa&#231;ons par lesquelles le handicap est politique nous am&#232;ne &#224; ma seconde s&#233;rie de questions qui m'ont motiv&#233;e : comment le handicap a-t-il &#233;t&#233; d&#233;politis&#233;, enlev&#233; de la sph&#232;re du politique ? Quelles d&#233;finitions et propositions sur le handicap peuvent faciliter ce retour ? Quels sont les effets d'une telle d&#233;politisation ? Je ne suis pas tant ici pour argumenter en faveur de, ou poser en principe, une chronologie, &#171; le handicap a &#233;t&#233; politis&#233; et maintenant il ne l'est plus &#187;, que mettre en lumi&#232;re les besoins des &#233;tudes sur le handicap &#224; pr&#233;senter les fa&#231;ons sp&#233;cifiques dans lesquelles les compr&#233;hensions validistes du handicap ont &#233;t&#233; prises comme sens commun. Une telle attention est vitale dans un contexte o&#249;, comme le note Suzan Schweik, les discriminations et les pr&#233;jug&#233;s bas&#233;s sur le handicap sont souvent jug&#233;s, non pas comme les marques d'une in&#233;galit&#233; structurelle, mais comme de la cruaut&#233; ou de l'insensibilit&#233; ; ce genre de rh&#233;torique &#171; esquive la r&#233;alit&#233; de la justice sociale, la r&#233;duisant &#224; une question de compassion et de sentiments charitables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions, de politisation et de d&#233;politisation, sont &#224; l'origine de mon int&#233;r&#234;t pour les grilles de lecture politique du futur : Est-ce que les futurs que j'examine dans ces chapitres proposent une d&#233;politisation du handicap, et si oui, comment ? Qu'est-ce qui fait que le handicap est consid&#233;r&#233; comme un &#233;l&#233;ment d&#233;finissant nos futurs imagin&#233;s, tel qu'un &#171; bon &#187; futur est un futur sans handicap, tandis qu'un &#171; mauvais &#187; futur est un futur obscurci par le handicap ? Pourquoi est-ce que le handicap est constamment report&#233; dans le pr&#233;sent, de fa&#231;on &#224; ce que le handicap entre souvent dans le discours critique uniquement comme la marque de ce qui doit &#234;tre &#233;limin&#233; dans nos futurs ou qui fut &#233;limin&#233; sans poser de questions dans nos pass&#233;s ? Et, plus important, pourquoi est-ce que ces caract&#233;risations sont prises pour acquises, reconnues ni comme partiales ni comme politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Identifier le handicap : corps, identit&#233;s, politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voir le handicap comme politique, et donc comme contest&#233; et contestable, n&#233;cessite de partir du pr&#233;suppos&#233; du mod&#232;le social que &#171; handicap&#233;-e &#187; et &#171; non handicap&#233;-e &#187; sont des cat&#233;gories &#233;videntes et implicites, et de choisir ce postulat au lieu d'explorer la cr&#233;ation de telles cat&#233;gories et des moments o&#249; elles &#233;chouent &#224; se maintenir. Reconna&#238;tre de tels moments d'exc&#232;s ou d'&#233;chec est la cl&#233; pour imaginer diff&#233;remment le handicap, et les futurs comportant des handicaps. Je comprends donc le r&#233;el sens de &#171; handicap, &#187; &#171; incapacit&#233; &#187; et &#171; handicap&#233;-e &#187; comme un terrain contest&#233;. Dans la grille de lecture de Jasbir Puar, le handicap peut &#234;tre compris comme un assemblage, o&#249; &#171; les cat&#233;gories de races, genres, sexualit&#233;s (et j'ajouterais, de handicaps) sont consid&#233;r&#233;es comme des &#233;v&#233;nements, des actions, et des rencontres entre des corps, plut&#244;t que comme des simples entit&#233;s et attributs des sujets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grille de lecture politique/relationnelle reconna&#238;t donc la difficult&#233; &#224; d&#233;terminer qui est inclus-e dans le terme &#171; handicap&#233;-e, &#187; refusant tous principes se r&#233;f&#233;rant implicitement &#224; un groupe de personnes en particulier ayant, par essence, certaines qualit&#233;s similaires. Au contraire, le mod&#232;le politique/relationnel du handicap voit le handicap comme un lieu de questionnements plut&#244;t que de d&#233;finitions fermes. Peut-il englober toutes les sortes d'incapacit&#233;s cognitives, psychiatriques, sensorielles, et physiques ? Est-ce que les personnes ayant des maladies chroniques se situent en dessous de la cat&#233;gorie de handicap&#233;-e ? Est-ce que quelqu'un-e qui a eu un cancer des ann&#233;es auparavant mais qui est maintenant en r&#233;mission est handicap&#233;-e ? Qu'en est-il des gens ayant certaines formes de scl&#233;roses multiples qui exp&#233;rimentent diff&#233;rentes incapacit&#233;s temporairement, allant de la perte de la vision &#224; des difficult&#233;s de mobilit&#233;, durant chaque r&#233;currence de la maladie, mais n'ont pas de limitations fonctionnelles lorsque les scl&#233;roses sont en p&#233;riode de r&#233;mission ? Qu'en est-il des gens ayant de grosses s&#233;quelles de naissance ou d'autres diff&#233;rences visibles qui n'ont pas d'impact sur la capacit&#233; physique, mais qui provoquent souvent des traitements discriminatoires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, le gouvernement et les organisations non-gouvernementales utilisent fr&#233;quemment les directives li&#233;es &#224; ces questions pour d&#233;terminer qui est handicap&#233;-e, et donc &#233;ligible &#224; certains programmes et protections. De tels groupes, allant de l'Organisation Mondiale de la Sant&#233; &#224; la S&#233;curit&#233; Sociale &#201;tats-Uniennes, ne seraient pas si pr&#233;cis dans la d&#233;finition du &#171; handicap &#187; si de telles d&#233;finitions &#233;taient sans controverse ; le fait essentiel est que tant d'&#233;nergie est fournie pour d&#233;finir le handicap et l'incapacit&#233; parce que ces termes portent en eux une instabilit&#233; fondamentale. De plus, le d&#233;sir de donner des d&#233;finitions fixes ne peut pas &#234;tre s&#233;par&#233; des effets &#233;conomiques d'une telle fixation. La S&#233;curit&#233; Sociale utilise cette d&#233;finition du handicap pour d&#233;terminer qui peut toucher des allocations et &#224; quel niveau ; la cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis continue de revisiter la loi concernant les personnes handicap&#233;es &#233;tats-uniennes dans le but de d&#233;terminer qui m&#233;rite sa protection et qui ne la m&#233;rite pas. Ces deux entit&#233;s agissent comme s'il y avait des lignes claires entre handicap&#233;-e et non handicap&#233;-e, m&#234;me si le besoin de recourir &#224; de telles d&#233;finitions sugg&#232;re autre chose. Mais l'id&#233;e que certaines personnes ont des revendications qui n'atteignent pas le niveau de ce qui peut &#234;tre inclus dans le handicap appara&#238;t clairement, et ces personnes se situent donc en dessous de telles protections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contraste, la th&#233;orie du handicap et les politiques que je d&#233;veloppe dans ces pages ne reposent pas sur une d&#233;finition fixe du &#171; handicap &#187; et de la &#171; personne handicap&#233;e &#187; et je reconnais que les param&#232;tres de ces deux termes sont toujours ouverts au d&#233;bat. Je m'int&#233;resse ici au handicap non comme une cat&#233;gorie inh&#233;rente &#224; certains esprits et corps mais comme ce que l'historienne Joanne W. Scott appelle une &#171; affinit&#233; collective &#187;. S'appuyant sur la th&#233;orie cyborg de Donna Haraway, Scott d&#233;crit les affinit&#233;s collectives comme &#171; jouant sur les identifications qui ont &#233;t&#233; attribu&#233;es aux individus par les soci&#233;t&#233;s, et qui ont servi &#224; les exclure ou &#224; les subordonner &#187;. Les affinit&#233;s collectives en termes de handicap peuvent englober tout le monde : des personnes ayant des difficult&#233;s d'apprentissage &#224; celles qui ont des maladies chroniques, de celles ayant des incapacit&#233;s de mobilit&#233; &#224; celles qui sont s&#233;ropositives, de celles qui ont des incapacit&#233;s sensorielles &#224; celles qui ont des maladies mentales. La condition des gens se situant dans chacune de ces cat&#233;gories peut &#224; chaque fois &#234;tre analys&#233;e en termes de politique du handicap, non &#224; cause de quelconques similarit&#233;s essentielles parmi eux/elles, mais parce que tou-tes ont &#233;t&#233; labellis&#233;-es comme handicap&#233;-es ou malades et ont fait finalement face &#224; la discrimination. Simi Linton illustre cette diversit&#233; fondamentale de la communaut&#233; form&#233;e par les personnes handicap&#233;es quand elle &#233;crit&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; nous somme partout ces jours-ci, roulant et d&#233;ambulant dans la rue, tapant avec nos canes, soufflant dans les tuyaux de nos appareils respiratoires, suivant nos chiens guides, haletant et bavant sur les commandes que nous avons &#224; la bouche pour propulser nos fauteuil motoris&#233;s. Baver, entendre des voix, parler en syllabes saccad&#233;es, porter des cath&#233;ters pour collecter nos urines ou vivre avec un syst&#232;me immunitaire d&#233;faillant. Nous sommes tous li&#233;-es ensemble, non par cette liste de nos sympt&#244;mes collectifs, mais par les circonstances sociales et politiques qui nous ont forg&#233; comme groupe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La formulation de Linton me frappe comme &#233;tant une fa&#231;on de commencer cette exploration des futurs accessibles, d'abord parce qu'elle les lie davantage comme une promesse que comme un fait. Les &#233;tudes sur le handicap tout comme le mouvement des personnes handicap&#233;es ont &#233;t&#233; petit &#224; petit reconnu-es comme pouvant potentiellement cr&#233;er des liens entre les personnes qui entendent des voix, celles qui ont des syst&#232;mes immunitaires d&#233;faillants, et celles utilisant des fauteuils roulants. Bien qu'il y ait eu des exceptions notables, les &#233;tudes sur le handicap, et particuli&#232;rement dans les humanit&#233;s, ont peu port&#233; leur attention sur les handicaps cognitifs, pr&#233;f&#233;rant plus souvent se focaliser sur les incapacit&#233;s physiques visibles et les incapacit&#233;s sensorielles. Les maladies chroniques sont devenues plus communes dans ces discussions, mais seulement dans des formes particuli&#232;res ; les discussions autour du syndrome de fatigue chronique et du handicap mental ont augment&#233; gr&#226;ce aux travaux d'universitaires telles que Suzan Wendell, Ellen Samuels, et Margaret Price, mais les diab&#232;tes, l'asthme, et les lupus restent largement inexplor&#233;s par les universitaires &#233;tudiant le handicap. (Cette mise en perspective est d'autant plus un &#233;l&#233;ment d&#233;rangeant que le fait est que les personnes diab&#233;tiques sont disproportionnellement pr&#233;sentes parmi &#171; les membres des groupes minoritaires raciaux et ethniques des &#201;tats-Unis &#187;, et que l'asthme est un effet collat&#233;ral commun de la vie dans des quartiers hautement pollu&#233;s qui sont, sans surprise, le plus souvent habit&#233;s par des populations pauvres). Je reprends les propos de Linton qui fait l'effort d'appeler &#224; une autre mani&#232;re de penser le handicap, de l'invoquer comme une possibilit&#233;. Je vais maintenir l'id&#233;e que les &#233;tudes sur le handicap et le mouvement des personnes handicap&#233;es ont la possibilit&#233; de consid&#233;rer toutes ces questions s&#233;rieusement, se sentant responsables de ces corps, de ces identit&#233;s et de ces espaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des arguments que j'utilise dans ce livre est, cependant, qu'une partie du travail pour imaginer ce genre de mouvement large de personnes handicap&#233;es n&#233;cessite de s'engager simultan&#233;ment dans une lecture critique de ces identit&#233;s profondes, de ces espaces et de ces corps. Nous devons suivre les chemins par lesquels nous avons &#233;t&#233; forg&#233;-es comme un groupe, pour utiliser la terminologie de Linton, mais aussi les chemins par lesquels cette formation en tant que groupe a &#233;t&#233; jug&#233;e incompl&#232;te, a &#233;t&#233; contest&#233;e, a &#233;t&#233; refus&#233;e. Nous avons besoin de reconna&#238;tre que ces formations ont d&#233;j&#224; toujours &#233;t&#233; influenc&#233;es par des histoires de races, de genres, de sexualit&#233;s, de classes et de cultures. &#201;chouant &#224; pr&#233;senter de telles relations, les &#233;tudes sur le handicap se sont assur&#233;es de rester, comme le dit Chris Bell, &#171; des &#233;tudes blanches sur le handicap &#187;. En d'autres mots, nous devons penser avec les apports et les effacements des mots &#171; handicap&#233;-e &#187; et &#171; handicap, &#187; prenant en compte les fa&#231;ons dont de tels mots ont &#233;t&#233; utilis&#233;s et pour quels effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agir ainsi veut dire imaginer un &#171; nous &#187; qui inclut les individus qui s'identifient comme des, ou avec les, personnes handicap&#233;es mais &#171; n'ont &#187; pas eux-m&#234;mes un handicap. Les universitaires travaillant sur les maladies chroniques ont commenc&#233; ce travail, argumentant la n&#233;cessit&#233; d'inclure dans les communaut&#233;s de personnes handicap&#233;es celles et ceux &#224; qui il manque un diagnostic &#171; appropri&#233; &#187; de leurs sympt&#244;mes (&#224; comprendre comme accept&#233; m&#233;dicalement, approuv&#233; par les docteurs et les assureurs). Agir ainsi ne permet pas seulement de fournir &#224; ces personnes le soutien social dont elles ont besoin (incluant tout ce qui va de l'acc&#232;s aux services sociaux &#224; la reconnaissance par les ami-es et la famille), cela permet aussi de pr&#233;senter le handicap moins comme une cat&#233;gorie diagnostique mais davantage comme une affinit&#233; collective ; s'&#233;loigner du mod&#232;le m&#233;dical/individuel du handicap veut dire que l'identification au handicap ne peut pas seulement &#234;tre li&#233;e &#224; un diagnostic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose moins famili&#232;re, et potentiellement plus compliqu&#233;e, serait que les personnes qui n'ont, non seulement, pas de diagnostic mais aussi pas de &#171; sympt&#244;me &#187; d'incapacit&#233; puissent s'identifier aux personnes handicap&#233;es. Comment pouvons-nous comprendre la cr&#233;ation d'un groupe qui inclut, comme le disent Carrie Sandahl et Robert McRuer, une &#171; revendication &#224; &#234;tre crip tout en n'&#233;tant pas handicap&#233;-e &#187; ! Les enfants entendants d'adultes sourd-es (les Coda) seraient un exemple frappant de ce genre d'identification ; ces enfants se consid&#232;rent eux/elles-m&#234;mes comme faisant partie de la communaut&#233; sourde, certain-es revendiquent m&#234;me l'identit&#233; sourde, mais ils/elles ne sont pas eux/elles-m&#234;mes sourd-es ou malentendant-es. Mais est-ce que la revendication crip requiert ce genre de liens du sang ou d'attachement ? Qu'est-ce que cela peut signifier pour des compagnon-nes amoureux/ses ou des ami-es de se revendiquer crip, ou de se comprendre eux/elles-m&#234;mes comme &#171; handicap&#233;-es culturel-les &#187; ? Ou que signifie de se revendiquer comme tel-les pour les th&#233;oricien-nes et les militant-es engag&#233;-es &#224; repenser le handicap ainsi que la validit&#233; physique et psychique ? La revendication crip peut-elle &#234;tre une m&#233;thode pour imaginer des futurs multiples, positionnant le &#171; crip &#187; comme un espace d&#233;sir&#233; et d&#233;sirable pour certaines personnes au regard de leur propre incarnation ou processus mentaux/psychologiques ? Comme le note McRuer, ces pratiques font courir le risque de l'appropriation, mais elles offrent aussi un refus vital de binarit&#233;s simplistes comme handicap&#233;-e/non handicap&#233;-e, et malade/en bonne sant&#233;. Se revendiquer crip peut-&#234;tre une fa&#231;on de reconna&#238;tre que nous avons tous des corps et des esprits avec des capacit&#233;s changeantes, qui luttent avec les sens politiques et historiques de tels changements. Pour revenir &#224; la notion de &#171; nous &#187; comme &#233;tant davantage une promesse qu'un fait, il suffit de penser &#224; ce que les revendications crip des personnes non handicap&#233;es peuvent entra&#238;ner sur notre volont&#233; d'explorer absolument si de telles revendications peuvent &#234;tre plus faisables, plus imaginables, pour certaines personnes que pour d'autres (et sur quelles bases).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attention port&#233;e &#224; ces genres de questions (sur les histoires et les effets des revendications li&#233;es au handicap, sur la diff&#233;rente disponibilit&#233; de l'identification handicap&#233;e) permet de distinguer ce genre de &#171; revendications crip des non handicap&#233;-es &#187; des d&#233;clarations de bonnes intentions, mais profond&#233;ment validistes, qui disent &#171; nous sommes tou-tes handicap&#233;-es &#187;. Ces derni&#232;res obscurcissent les sp&#233;cificit&#233;s auxquelles je fais appel ici, m&#233;langeant toutes les exp&#233;riences de limitations physiques, mentales, ou sensorielles sans regarder les in&#233;galit&#233;s structurelles ou les syst&#232;mes d'exclusion et de discrimination. C'est pour cette raison que Linton met en garde contre &#171; les effacements de la fronti&#232;re entre personnes handicap&#233;es et non handicap&#233;es &#187;, expliquant que &#171; nommer la cat&#233;gorie &#187; de handicap&#233;-e reste n&#233;cessaire parce que cela permet effectivement de &#171; porter attention &#224; &#187; la discrimination bas&#233;e sur le handicap. Mais je sugg&#232;re qu'explorer les possibilit&#233;s des revendications des non handicap&#233;-es, aussi bien que de faire attention aux promesses et aux dangers de la flexibilit&#233; de la cat&#233;gorie, peut pr&#233;cis&#233;ment faciliter ce genre d'attention critique. Se revendiquer crip de fa&#231;on critique c'est reconna&#238;tre les responsabilit&#233;s &#233;thiques, syst&#233;miques, et politiques qui sont derri&#232;re ces revendications ; d&#233;construire la binarit&#233; entre handicap&#233;-e et valide physique/psychique requiert plus d'attention &#224; la fa&#231;on dont les corps/esprits diff&#233;rents sont trait&#233;s d'une autre fa&#231;on, rien de moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#234;ter attention aux d&#233;fis &#233;pist&#233;mologiques port&#233;s par les revendications li&#233;es au handicap introduit d&#233;j&#224; une autre s&#233;rie de questions au sujet des revendications crip. Penser &#224; l'aide de ce &#171; nous &#187; collectif, de cette cr&#233;ation des communaut&#233;s crip, signifie repr&#233;senter celles et ceux qui &#171; ont &#187; des maladies ou des incapacit&#233;s, et celles et ceux qui peuvent &#234;tre reconnu-es par les autres comme faisant partie de ce &#171; nous handicap&#233;-e, &#187; mais qui ne se reconnaissent pas eux/elles-m&#234;mes comme tel-les. Ce groupe inclurait une large proportion de personnes handicap&#233;es : ces gens qui ont des incapacit&#233;s auditives, ou une faible vision, ou &#171; des genoux d&#233;glingu&#233;s &#187;, ou de l'asthme, ou du diab&#232;te et qui, pour toutes sortes de raisons, ne se revendiquent ni d'une identit&#233; crip ni handicap&#233;e. M&#234;me si beaucoup de gens ayant des incapacit&#233;s tombent dans ce camp, c'est en fait pour moi le groupe le plus difficile &#224; analyser dans ce livre. Je pense, en effet, que c'est le groupe le plus difficile &#224; situer, aussi bien pour les &#233;tudes sur le handicap que pour le militantisme en faveur des droits des personnes handicap&#233;es. &#201;tant donn&#233; ma (notre) focalisation sur les droits et la justice pour les personnes handicap&#233;es, sur le militantisme queercrip radical, sur la vision du handicap comme d&#233;sirable, comment puis-je (comment pouvons-nous) &#233;changer avec celles et ceux qui ne veulent pas faire partie de telles communaut&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;ponse &#224; ces questions est qu'il ne faut pas pr&#234;ter attention si de telles personnes se revendiquent crip ou non : repenser nos visions culturelles du handicap, imaginer nos futurs comportant des handicaps diff&#233;remment, sera b&#233;n&#233;fique &#224; tou-tes, quelles que soient nos identit&#233;s. Comme le note Ladelle McWhorter, &#171; les pratiques et les institutions qui divisent, par exemple, le &#8216;'valide'', le &#8216;'sain'', de &#8216;'tout'' ce qui vient du &#8216;'d&#233;t&#233;rior&#233;'', de la &#8216;'maladie mentale'', et du &#8216;'d&#233;ficient'' cr&#233;ent les conditions dans lesquelles nous vivons tou-tes ; elles structurent la situation dans laquelle chacun-e de nous trouve un accord avec soi-m&#234;me et cr&#233;&#233; une fa&#231;on de vivre &#187;. &#201;tant quelqu'une qui &#233;crit et enseigne les &#233;tudes sur le handicap, &#233;tant quelqu'une qui imagine ses lecteur-rices et ses &#233;tudiant-es comme une grande diversit&#233; de corps et d'esprits, je trouve de l'espoir dans les pr&#233;dictions de McWhorter, dans son articulation d'un futur meilleur. Comme la plupart du militantisme f&#233;ministe qui b&#233;n&#233;ficie &#224; des gens qui ne veulent pas faire partie du f&#233;minisme, les &#233;tudes et le militantisme li&#233;s au handicap sont id&#233;alement b&#233;n&#233;fiques &#224; des gens qui ne s'y int&#233;ressent pas ou n'y sont pas investi-es. En m&#234;me temps, je suis certaine que ce n'est pas la seule r&#233;ponse, ou une r&#233;ponse totale. Alors que j'embarque pour ce voyage vers des futurs accessibles, je veux mettre en lumi&#232;re la question de l'affiliation crip, ce qu'elle veut dire, ce qu'elle entra&#238;ne, ce qu'elle exclue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;minist, Crip, Queer : Quelques mots sur les termes, les m&#233;thodes, et les affiliations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je suis devenue handicap&#233;e avant de commencer &#224; lire la th&#233;orie f&#233;ministe, mais c'est la th&#233;orie f&#233;ministe qui m'a conduit aux &#233;tudes sur le handicap. C'&#233;tait en lisant les approches f&#233;ministes th&#233;oriques sur le corps que je suis arriv&#233;e intellectuellement &#224; comprendre le handicap comme une cat&#233;gorie politique plut&#244;t que comme une pathologie individuelle ou une trag&#233;die personnelle. La th&#233;orie f&#233;ministe m'a donn&#233;e les outils pour penser le handicap et les fa&#231;ons dont lesquelles les pr&#233;suppos&#233;s sur le handicap et les corps handicap&#233;s menaient &#224; des in&#233;galit&#233;s de ressources et des discriminations sociales. Au moment o&#249; les th&#233;oriciennes f&#233;ministes ont questionn&#233; la naturalisation de la f&#233;minit&#233;, mettant au d&#233;fi les pr&#233;suppos&#233;s essentialistes au sujet du &#171; corps f&#233;minin &#187;, j'ai pu questionner la naturabilit&#233; du handicap, mettant au d&#233;fi les pr&#233;suppos&#233;s essentialistes au sujet du &#171; corps handicap&#233; &#187;. Ma compr&#233;hension du mod&#232;le politique/relationnel du handicap a &#233;t&#233; rendue possible par mon engagement dans les travaux des th&#233;oriciennes f&#233;ministes, un engagement qui, je l'esp&#232;re, sera plus clair dans les pages qui suivent. Le f&#233;minisme m'a donn&#233; les outils th&#233;oriques pour penser de fa&#231;on critique le handicap, mettant simplement en avant la stigmatisation des variations corporelles, les diff&#233;rents modes et strat&#233;gies de r&#233;sistance, les dissidences, et les actions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je situe ce projet dans le large champ des th&#233;ories f&#233;ministes et politiques. Bien que j'examine une s&#233;rie de visions politiques radicales, certaines explicitement f&#233;ministes et d'autres moins, je comprends mon investissement dans la politique radicale comme un investissement f&#233;ministe. Comme beaucoup d'historiennes du f&#233;minisme et des &#233;tudes sur les femmes l'ont not&#233;, le f&#233;minisme a longtemps &#233;t&#233; int&#233;ress&#233; par la construction de ponts entre la th&#233;orie et la pratique. Les militant-es et les universitaires continuent de la m&#234;me fa&#231;on &#224; explorer les fa&#231;ons par lesquelles la th&#233;orie peut informer les pratiques politiques ; de l'autre c&#244;t&#233;, les f&#233;ministes th&#233;orisent souvent &#224; partir de la pratique, d&#233;veloppant des concepts et des grilles de lecture bas&#233;-es sur les strat&#233;gies, les discussions, les conflits, et les r&#233;sultats de militantes f&#233;ministes. Mon int&#233;r&#234;t pour les politiques radicales d&#233;rive en parti de mon engagement th&#233;orique et militant &#224; lier th&#233;orie et pratique, un engagement que j'associe au f&#233;minisme. Je pense qu'il est appropri&#233; d'expliciter cette dette alors que je commence mon exploration des futurs possibles, donnant aux textes r&#233;cents sur le handicap que j'ai minimis&#233; ou manqu&#233; des connexions avec le f&#233;minisme ; mes lectures et mes propositions sont r&#233;solument f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont aussi ind&#233;niablement crip, un terme qui est monnaie courante dans le militantisme et la culture handicap&#233;-es mais qui reste dur &#224; comprendre pour celles et ceux qui sont en dehors de ces communaut&#233;s. En effet, cette difficult&#233; est une large partie de son attrait, comme le sugg&#232;re l'essayiste Nancy Mairs : &#171; les gens, crip ou non, grimacent au mot &#8216;'crip'' parce qu'ils/elles ne le comprennent pas comme voulant dire &#8216;'handicap&#233;-e'' &#187;. Peut-&#234;tre que je veux qu'ils grimacent. &#171; Ce d&#233;sir de faire grimacer les gens sugg&#232;re une urgence &#224; bouleverser les choses, &#224; mettre le chaos dans les compr&#233;hensions quotidiennes des gens par rapport au corps et aux esprits, par rapport &#224; la normalit&#233; et la d&#233;viance. Cela permet une reconnaissance de la r&#233;ponse commune des personnes non handicap&#233;es aux personnes handicap&#233;es, des normaux aux d&#233;viants (un regard furtif encore fixe et implacable, des questionnements agressifs, et/ou le fait de tourner le dos &#224; la diff&#233;rence, de refuser de la voir). Le fait de voir les gens grimacer est familier &#224; beaucoup de personnes handicap&#233;es, mais Mairs retourne ici l'expression sur elle-m&#234;me, et fait presque se retourner la grimace. Tel &#171; queer &#187;, &#171; crip &#187; et &#171; cripple &#187; sont, comme le formule Eli Clare, &#171; des mots qui aident &#224; forger la politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples li&#233;s &#224; un tel fa&#231;onnage, &#224; une ouverture qui incite &#224; la grimace, seraient la pr&#233;f&#233;rence de Carrie Sandahl &#224; parler &#171; d'&#233;tudes crip &#187; et de &#171; th&#233;orie crip &#187; au lieu &#171; d'&#233;tudes sur le handicap &#187;, et la d&#233;cision de Robert McRuer de nommer son projet &#171; th&#233;orie crip &#187;. Selon Sandahl et McRuer, les &#233;tudes sur le handicap et la th&#233;orie crip diff&#232;rent dans leur orientation et leur but : la th&#233;orie crip est plus contestatrice que les &#233;tudes sur le handicap, plus d&#233;sireuse d'explorer les risques et les exclusions potentiel-les de la politique identitaire tandis que simultan&#233;ment, et &#171; peut-&#234;tre paradoxalement &#187;, elle reconna&#238;t &#171; le r&#244;le g&#233;n&#233;ratif que l'identit&#233; a jou&#233; dans le mouvement pour les droits des personnes handicap&#233;es &#187;. Je vois F&#233;minist, Queer, Crip comme s'engageant exactement dans ce genre contradictoire qu'est la th&#233;orie crip, et j'utilise &#224; la fois &#171; crip &#187; et &#171; th&#233;orie crip &#187; comme des fa&#231;ons de faire jalonner ma revendication le long de celles des militant-es et des travailleur-ses culturel-les engag&#233;-es dans ces multiples espaces de politique radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;l&#233;ments les plus productifs et provoquant de la th&#233;orie crip, et du crip en g&#233;n&#233;ral, est l'expansion potentielle de ce terme. Comme le note Sandahl, &#171; cripple, comme queer, est fluide et toujours changeant, revendiqu&#233; par celles et ceux qu'il ne d&#233;finit pas originellement&#8230; Le terme crip s'est &#233;tendu pour inclure non seulement celles et ceux qui avaient des incapacit&#233;s physiques mais aussi celles et ceux avec des incapacit&#233;s sensorielles ou mentales &#187;. Je suis d'accord avec Sandahl, et cette flexibilit&#233; potentielle est pr&#233;cis&#233;ment ce qui m'excite au sujet de la th&#233;orie crip, mais, comme le dit Linton &#171; nous sommes partout &#187;, et cette inclusion est souvent plus un espoir qu'une r&#233;alit&#233;. Beaucoup d'expressions de la fiert&#233; crip ou de la politique crip s'adressent souvent de fa&#231;on explicite uniquement &#224; celles et ceux qui ont des incapacit&#233;s physiques, ignorant ainsi ou marginalisant les exp&#233;riences de celles et ceux qui ont des incapacit&#233;s sensorielles ou mentales. D'autres d&#233;finissent le crip comme une fa&#231;on de nommer l'opposition aux traitements, rendant potentiellement difficile pour la &#171; th&#233;orie crip &#187; d'englober les perspectives et les pratiques de celles et ceux qui revendiquent &#224; la fois l'identit&#233; handicap&#233;e et le d&#233;sir d'en finir avec leurs propres incapacit&#233;s. J'oscille entre nommer ce projet &#171; &#233;tudes f&#233;ministes et queer sur le handicap &#187; ou &#171; th&#233;orie crip &#187;, faisant augmenter la possibilit&#233; que les deux puissent &#234;tre, et sont souvent, interreli&#233;s en pratique. En donnant, en effet, des analyses riches de l'identit&#233; qui circulent dans les &#233;tudes f&#233;ministes et queer, une &#171; &#233;tude f&#233;ministe et queer du handicap &#187; peut vraiment bien s'engager dans l'approche &#171; paradoxale &#187; de l'identit&#233; pratiqu&#233;e dans la th&#233;orie crip tout en cr&#233;ant des espaces pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas ou ne peuvent pas se reconna&#238;tre eux/elles-m&#234;mes comme crip.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, dans F&#233;minist, Queer, Crip, je combine des r&#233;f&#233;rences aux corps avec des r&#233;f&#233;rences aux esprits, et couple &#171; l'injonction &#224; la validit&#233; physique &#187; avec &#171; l'injonction &#224; la validit&#233; psychique &#187;. Si les &#233;tudes sur le handicap commencent &#224; prendre au s&#233;rieux la critique que notre focalisation sur les handicaps physiques a exclu tout le reste, nous avons donc besoin de commencer &#224; exp&#233;rimenter d'autres fa&#231;ons de parler et de conceptualiser nos projets. En m&#234;me temps, je suis bien consciente que mon utilisation de tels termes est partiale dans les deux sens du terme : je suis investie dans la recomposition du terrain des &#233;tudes sur le handicap m&#234;me quand les propres exp&#233;riences que j'en fais portent les marques de leur fr&#233;quentation quotidienne, et je viens juste seulement de commencer &#224; &#233;gratigner la surface de ce que la validit&#233; psychique peut vouloir dire en relation avec la validit&#233; physique. Comme Linton avec sa notion de &#171; nous &#187; et Sandahl avec celle de &#171; crip &#187;, j'utilise &#171; psychisme &#187; en relation &#224; &#171; corps &#187; dans l'espoir que l'&#233;criture et la lecture de &#171; corps et psychisme &#187; ou &#171; injonction &#224; la validit&#233; physique /injonction &#224; la validit&#233; psychique &#187; me fasse penser le handicap diff&#233;remment. Plut&#244;t que d'assumer le fait que la simple utilisation d'un tel langage soit suffisant en et de lui-m&#234;me, j'appelle &#224; un engagement dans un travail difficile permettant, en r&#233;alit&#233;, que de telles coalitions se produisent. Comme je le sugg&#232;re dans le dernier chapitre de ce livre, une telle extensibilit&#233; (de l'esprit et du corps, d'une notion crip nous recouvrant tou-tes) ne peut jamais &#234;tre pleinement ou finalement achev&#233;e, mais elle sert &#224; cr&#233;er une sorte d'horizon plein d'espoir, &#171; fluide et sans cesse changeant &#187;, comme le note Sandahl, et elle est utilis&#233;e de fa&#231;on que l'on ne peut pas imaginer &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteur-rices (de la th&#233;orie) queer reconna&#238;tront probablement ce discours sur la fluidit&#233;, sur les horizons sans cesse changeants, et le traitement paradoxal de l'identit&#233;, comme familier aux projets queer ; tout comme Sandahl et McRuer, je positionne la th&#233;orie crip en g&#233;n&#233;ral, et ce projet en particulier, comme tel. Il reste aussi des terrains contest&#233;s dans le &#171; queer &#187;, les th&#233;oricien-nes et les militant-es continuent de d&#233;battre sur ce que (et qui) le terme englobe ou exclut ; c'est ce genre de contestations que je souhaite dans le handicap. Butler argumente, en effet, pour un queer &#233;tant un &#171; lieu de contestations collectives &#187; qui soit &#171; toujours et particuli&#232;rement red&#233;ploy&#233;, tendu, et rendu &#233;trange &#187;. La circularit&#233; de cette d&#233;finition (le queer est quelque chose qui doit toujours &#234;tre red&#233;fini par lui-m&#234;me) sert uniquement de support &#224; ces d&#233;sirs de dissidence et de d&#233;bat. En nommant donc mon projet &#171; queer &#187;, je veux &#224; la fois tordre la notion &#171; queer &#187; pour l'englober dans celle de &#171; crip &#187; (et englober &#171; crip &#187; dans &#171; queer &#187;) et mettre en lumi&#232;re les risques de la torsion provoqu&#233;s par une telle inclusion. Les examens critiques des injonctions &#224; la validit&#233; physique et &#224; la validit&#233; psychique sont des projets queer et crip, et ils peuvent potentiellement &#234;tre mis en pratique sans n&#233;cessairement aplanir ou stabiliser les notions &#171; crip &#187; et &#171; queer &#187;. Ce dont on a besoin, ce sont de conceptions critiques qui tracent les chemins par lesquels les injonctions aux validit&#233;s physiques et psychiques et l'injonction &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; sont reli&#233;es au service de la normativit&#233;. Il s'agit d'examiner comment des termes tels que &#171; d&#233;fectueux &#187;, &#171; d&#233;viant &#187;, et &#171; malade &#187; ont &#233;t&#233; utilis&#233;s pour justifier une discrimination contre des gens dont les corps, les psychismes, les d&#233;sirs, et les pratiques diff&#232;rent de la norme banalis&#233;e ; de sp&#233;culer sur la fa&#231;on dont les normes de comportements genr&#233;s (la masculinit&#233; et la f&#233;minit&#233; appropri&#233;-e) sont bas&#233;es sur des corps non handicap&#233;s ; et de localiser les points potentiels de connexions, et de s&#233;parations, parmi les militant-es queer (et) handicap&#233;-es. Comme nous avons pu le voir, un espace productif pour de telles explorations est le futur imagin&#233; qui est invoqu&#233; dans la culture populaire, dans les th&#233;ories universitaires, et dans les mouvements politiques ; F&#233;minist, Queer, Crip commence &#224; tracer certaines de ces connexions queer/crip.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux donc positionner ce livre comme un texte en fondamentale coalition. Les noms utilis&#233;s dans le titre F&#233;minist, Queer, Crip signalent une m&#233;thodologie aussi bien qu'un contenu. Ce travail s'engage assez &#233;videmment, et n&#233;cessairement, dans l'id&#233;e d'inciter les identit&#233;s et les exp&#233;riences handicap&#233;es &#224; s'appuyer sur les grilles de lecture th&#233;oriques f&#233;ministes et queer existantes. Cependant, ce n'est pas simplement, ou seulement, une intervention de plus. Tandis que j'argumente, en effet, que les besoins des personnes handicap&#233;es doivent &#234;tre reconnus comme une cat&#233;gorie d'analyse au m&#234;me titre que le genre, la race, la classe, et la sexualit&#233;, mon but plus large et d'expliquer comment le handicap est figur&#233; dans et &#224; travers ces autres cat&#233;gories de diff&#233;rences. Quel travail, par exemple, &#233;tudie ce que la validit&#233; fait aux appropriations f&#233;ministes des cyborgs, ou aux utilisations queer des technologies reproductives, ou aux propositions &#233;cof&#233;ministes pour une vie meilleure ? Comment prendre en compte les histoires et les exp&#233;riences du handicap ou, en d'autres mots, critiquer ou transformer la philosophie f&#233;ministe environnementale ou les approches queer de l'assistance par les technologies reproductives ? Je veux explorer le terrain th&#233;orique ouvert par la lecture du handicap dans les narrations queer et les analyses f&#233;ministes qui n'ont jamais utilis&#233; le mot &#171; handicap &#187;. Comment de telles lectures peuvent-elles reformuler nos compr&#233;hensions de termes tels que &#171; handicap&#233;-e &#187;, &#171; queer &#187; ou &#171; f&#233;ministe &#187; ? Comment peuvent-elles &#233;tendre notre compr&#233;hension de ce que veut dire le travail d'intersectionnalit&#233; fait dans les mouvements, &#224; la fois en termes de d&#233;veloppement th&#233;orique et de pratiques militantes ? F&#233;minist, Queer, Crip argumente qu'une politique de coalition requiert de penser le handicap, et les corps handicap&#233;s diff&#233;remment, reconnaissant les apports des notions de handicap et de validit&#233; physique/psychique dans diff&#233;rentes visions politiques, par exemple, et reconnaissant les exclusions qui ont &#233;t&#233; provoqu&#233;es par le d&#233;sir d'une communaut&#233; handicap&#233;e unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'en d&#233;limitant soigneusement mes affiliations ici (dans F&#233;minist, Queer, Crip) je cours le risque de r&#233;ifier davantage ces cat&#233;gories, les pr&#233;sentant ainsi comme des identit&#233;s implicites et s&#233;parables. Cette sorte de position personnelle et th&#233;orique a longtemps &#233;t&#233; la position principale des universitaires f&#233;ministes intersectionnelles, et, comme Puar nous en avertit, requ&#233;rant trop facilement &#224; la &#171; stabilisation des identit&#233;s &#224; travers l'espace et le temps &#187;. Mais prendre de tels risques me semble n&#233;cessaire parce que nous sommes en train d'op&#233;rer dans un contexte th&#233;orique et militant dans lequel ces combinaisons d'analyses et de pratiques apparaissent trop rarement. Cela semble important &#224; ce moment particulier de s'identifier explicitement comme f&#233;ministe, queer, crip (m&#234;me si je veux troubler de telles identifications) et de mettre explicitement en pratique le travail f&#233;ministe, queer, crip. J'appelle &#224; porter notre attention sur ces positions recompos&#233;es pour ne pas les figer sur place, mais pour les garder mouvantes sur les questions auxquelles font face celles et ceux d'entre nous engag&#233;-es et investi-es dans de telles positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris &#224; partir d'une pr&#233;occupation, par exemple, concernant le silence des universitaires et des militant-es du handicap au sujet de la question de leur alignement public fr&#233;quent sur le droit. O&#249; &#233;taient les r&#233;ponses publiques f&#233;ministes/queer/crip &#224; Sarah Palin ? Comment aurions-nous pu intervenir dans la repr&#233;sentation qui la d&#233;peignait comme une defendeuse des droits des personnes handicap&#233;es, en questionnant le m&#233;lange entre id&#233;ologies anti choix et critiques du monde handicap&#233; au sujet des tests pr&#233;nataux ? Ou comment une analyse f&#233;ministe/queer/crip inform&#233;e peut &#233;tendre ou compliquer des textes th&#233;oriques queer qui comptent sur le trope de la mobilit&#233; dans leurs analyses ou qui tendent &#224; all&#233;goriser plus qu'&#224; analyser le handicap et les corps handicap&#233;s ? Ou, quand seulement une petite poign&#233;e de papiers et de pr&#233;sentations &#224; la conf&#233;rence annuelle de la soci&#233;t&#233; des &#233;tudes sur le handicap rend explicite l'usage des th&#233;ories f&#233;ministes et queer dans leurs analyses, cela ne devient-il pas essentiel de nommer et d'habiter ces profondes intersections ? Et, cela est important, comment pouvons-nous cr&#233;er ce genre de nomination, demander ce genre de pratiques analytiques et politiques, sans traiter en profondeur ces cat&#233;gories, entrem&#234;lements, et positions comme eux/elles-m&#234;mes &#233;vident-es ? Je veux que la particularit&#233; &#224; imaginer des futurs accessibles (mon imagination des futurs accessibles) cr&#233;&#233; une place sur la carte th&#233;orique/politique pour que les notions f&#233;ministes/queer/crip puissent se nourrir et s'informer les unes les autres, m&#234;me si elles sont d&#233;j&#224; toujours li&#233;es les unes aux autres. De plus, je souhaite que cette imagination g&#233;n&#232;re plus d'imagination, que ces entrem&#234;lements sur la carte, et la carte elle-m&#234;me, se multiplient, prolif&#232;rent, se r&#233;g&#233;n&#232;rent. Nous avons besoin d'it&#233;rations multiples de la th&#233;orie crip, certaines pouvant ne pas &#234;tre toujours reconnues par leurs acteur-rices, certaines contestant et exc&#233;dant ses param&#232;tres profonds, et certaines prenant une it&#233;ration particuli&#232;re pour exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espoir de telles prolif&#233;rations, poser des questions devient central dans F&#233;minist, Queer, Crip. Une partie de cette focalisation est stylistique, esth&#233;tique ; j'aime la cadence d'une question. Mais c'est aussi, et d'abord, m&#233;thodologique. Si l'un de mes buts avec ce projet est de nous amener &#224; penser le handicap diff&#233;remment, de commencer &#224; voir &#224; la fois la cat&#233;gorie et l'exp&#233;rience du handicap comme contest&#233;e et contestable, quel meilleur chemin, donc, pour faire cela que de poser des questions ? (J'ai d&#233;j&#224; commenc&#233;). Les questions rh&#233;toriques sont communes en conclusion quand les auteur-es font allusion &#224; leurs projets suivants, ou d&#233;couvrent de nouveaux probl&#232;mes, ou pointent le fait qu'il y ait besoin de recherches suppl&#233;mentaires. J'inclus de telles questions dans l'introduction pour rappeler que je dois imaginer les lecteur-rices faire retour, amener des id&#233;es qui vont dans de nouvelles directions, me renvoyer mes propres questions &#224; moi-m&#234;me selon des contextes diff&#233;rents ou des effets diff&#233;rents. Le format de la question insiste sur la complexit&#233; des sujets (le futur d'un enfant trisomique ou la d&#233;sirabilit&#233; du handicap) qui s'inscrivent dans le d&#233;bat et la contestation : comme &#171; en question &#187;. Il ouvre aussi les possibilit&#233;s de nouvelles r&#233;ponses, de r&#233;ponses en construction, de questions impr&#233;vues. Comme je l'explique dans le chapitre final, je suis int&#233;ress&#233;e par une politique crip d'acc&#232;s et d'engagement qui est r&#233;solument un travail en cours, ouvert, ayant pour but l'horizon mais ne l'atteignant jamais. Les questions me permettent de rester focalis&#233;e sur l'impossibilit&#233; de conclure ma conclusion, sur le d&#233;sir de penser autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre contient non seulement des questions irr&#233;solues mais aussi des contradictions et des inconsistances logiques. Dans le chapitre trois, par exemple, je suis davantage critique vis-&#224;-vis de pratiques qui &#233;liminent le handicap (c'est-&#224;-dire arr&#234;ter la grossesse parce que les tests r&#233;v&#232;lent des &#171; anomalies g&#233;n&#233;tiques &#187; potentielles) que sur des pratiques qui visent &#224; s&#233;lectionner le handicap (c'est-&#224;-dire utiliser le sperme d'un donneur qui porte un trait g&#233;n&#233;tique d&#233;sir&#233;), m&#234;me si les deux pratiques engagent des parents qui veulent avoir un enfant qui leur ressemble. De telles contradictions sont in&#233;vitables dans un projet comme celui-ci, refl&#233;tant nos approches complexes du handicap ; j'&#233;cris dans une culture ou l'inconsistance du handicap est un lieu commun. Cela n'est-il pas logiquement inconsistant, par exemple, de revendiquer la valorisation des vies des personnes handicap&#233;es, tout en cr&#233;ant (et en comptant sur) de plus en plus de tests pr&#233;nataux pour indiquer les f&#339;tus &#171; ind&#233;sirables &#187; ? Dissimuler ces inconsistances, ou pr&#233;tendre qu'elles peuvent &#234;tre facilement et d&#233;finitivement r&#233;solues, simplifie la complexit&#233; inh&#233;rente aux questions de justice sociale. Le d&#233;sir pour des r&#233;ponses claires, sans contradiction ni inconsistance, est compr&#233;hensible, mais je veux sugg&#233;rer que ces futurs accessibles requi&#232;rent de telles ambigu&#239;t&#233;s. En suivant les propos de Puar, je crois que &#171; les contradictions et les divergences&#8230; ne doivent pas &#234;tre r&#233;concili&#233;es ou synth&#233;tis&#233;es mais maintenues ensemble en tension. Il y a moins de signes d'h&#233;sitation &#224; l'engagement intellectuel que de sympt&#244;mes d'une impossibilit&#233; politique &#224; &#234;tre d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre &#187;. Une partie du probl&#232;me que je trace dans ces pages est, en effet, le pr&#233;suppos&#233; qu'il y a seulement un c&#244;t&#233; de la question du handicap qui est mis au jour et que nous sommes tous d&#233;j&#224; dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet esprit, mon utilisation du &#171; nous &#187;, du &#171; ils/elles &#187;, ou du &#171; eux/elles &#187; se construit &#224; travers ce livre. Toujours utiliser la troisi&#232;me personne pour parler des personnes handicap&#233;es serait imposer une distance entre moi-m&#234;me et mon sujet qui sonnerait faux. Cela irait aussi &#224; l'encontre de cette notion de &#171; revendication crip &#187;, niant la possibilit&#233; d'une connexion profonde et constante aux identit&#233;s, aux corps, aux psychismes, ainsi qu'aux pratiques discut&#233;es ici. En m&#234;me temps, utiliser toujours la premi&#232;re personne serait r&#233;pondre en avance &#224; la question d'une communaut&#233; de personnes handicap&#233;es unifi&#233;e, pr&#233;sumer non seulement que nous partageons tou-tes les m&#234;mes positions mais aussi qu'une personne (et dans ce cas-l&#224;, moi) peut repr&#233;senter pr&#233;cis&#233;ment l'ensemble de la communaut&#233;. En d'autres mots, lorsque l'on arrivera &#224; la question f&#226;cheuse des pronoms personnels, j'utiliserai occasionnellement &#171; nous &#187; m&#234;me quand je ne suis pas un membre &#233;vident du groupe discut&#233;, et, de la m&#234;me fa&#231;on, j'utiliserai occasionnellement &#171; ils/elles/leur &#187; m&#234;me quand je suis &#233;videmment incluse dans la cat&#233;gorie. Je fais cela pour troubler la notion profonde d'identifications &#171; &#233;videntes &#187; aussi bien que les binarit&#233;s handicap&#233;-e/valide et handicap&#233;-e/non handicap&#233;-e. M&#234;me si je suis une personne handicap&#233;e, je n'existe pas en dehors des discours validistes circulant dans la soci&#233;t&#233; &#201;tats-Uniennes ; pour faire comme si mes incapacit&#233;s m'immunisaient contre la rh&#233;torique et l'id&#233;ologie validistes, ou me rendaient incapable de les utiliser, il faudrait nier l'effet insidieux des injonctions aux validit&#233;s physique et psychique. Comme nous le rappelle Sedgwick, le &#171; je &#187; peux &#234;tre un pouvoir heuristique, et le &#171; nous &#187;, le &#171; elles /ils &#187;, le &#171; tu &#187;, et le &#171; leur &#187; le peuvent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vue d'ensemble du livre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis aux gens que j'ai travaill&#233; sur un livre parlant du r&#244;le du handicap dans les futurs que l'on peut imaginer, la plupart d'entre eux/elles pensent toujours que j'&#233;cris de la science-fiction. Je comprends leur r&#233;ponse : la science-fiction est pleine de &#171; futurs imagin&#233;s, &#187; les personnages handicap&#233;s sont fr&#233;quents dans de telles histoires (m&#234;me s'ils ne sont pas r&#233;f&#233;renc&#233;s comme &#171; handicap&#233;s &#187; dans la narration elle-m&#234;me). Dans ce livre, je me focalise, en effet, sur ces histoires, mais davantage comme des histoires culturelles que nous nous racontons &#224; nous-m&#234;mes (le handicap est une trag&#233;die, les enfants sont notre futur) que comme des histoires litt&#233;raires ou cin&#233;matographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ce livre, j'examine les usages et repr&#233;sentations du handicap ainsi que de la validit&#233; physique et psychique &#224; travers une s&#233;rie d'espaces &#201;tats-Uniens contemporains. En me focalisant sur le futur, et les fa&#231;ons par lesquelles les figures de l'enfant servent souvent comme signe de ce futur, je pr&#234;te particuli&#232;rement attention aux questions de reproduction, m&#234;me quand je travaille &#224; d&#233;faire cette &#233;lision entre reproduction et futur. Les notions d'espace jouent aussi un r&#244;le cl&#233; ici ; les militant-es pour les droits des personnes handicap&#233;es ont longtemps travaill&#233; &#224; cr&#233;er de plus en plus d'espaces accessibles pour les personnes handicap&#233;es, d&#233;crivant &#224; la fois les escaliers et les pratiques d'embauche discriminatoires comme des barri&#232;res &#224; l'acc&#232;s. Cela devient clair dans les chapitres suivants que les espaces peuvent &#234;tre imagin&#233;s diff&#233;remment dans diff&#233;rents futurs ; cr&#233;er des futurs accessibles requi&#232;re de porter attention &#224; l'espace, &#224; la fois m&#233;taphorique et mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre, &#171; A l'heure des &#233;tudes sur le handicap et des futurs crip &#187;, est la grille de lecture th&#233;orique &#233;tablie dans l'introduction, se focalisant d'abord sur les notions de temps et de futur. Je commence &#224; sp&#233;cifier ce que j'entends par &#171; temps crip, &#187; positionnant le projet de F&#233;minist, Queer, Crip dans la lign&#233;e d'autres travaux sur la temporalit&#233; queer et la critique du futur. Bien que la rh&#233;torique concernant les futurs (allant d'avertissements par rapport &#224; des sujets glissants aux peurs de la difformit&#233;) r&#233;pande des discours courants sur le handicap, les &#233;tudes sur le handicap ont d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; les temporalit&#233;s et les futurs crip comme des espaces permettant de prolonger leurs analyses. Dans ce chapitre, donc, j'&#233;bauche l'enjeu qui se trouve dans ces grilles de lecture, distinguant le &#171; temps crip &#187; du &#171; temps curatif &#187; et travaillant sur la signification de la projection du handicap dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chapitres suivants se focalisent sur la question de l'intervention m&#233;dicale, montrant les fa&#231;ons par lesquelles le &#171; futur &#187; apparait comme un temps de traitements, de g&#233;n&#233;tique et autres. Les cas en discussion ici sont caract&#233;ris&#233;s par le d&#233;bat sur l'utilisation appropri&#233;e de la technologie : les attentes technologiques pour &#233;liminer le handicap rencontrent des &#233;loges et des supports larges parce qu'elles sont suppos&#233;es symboliser le progr&#232;s vers un futur meilleur, tandis que les refus d'utiliser une telle technologie &#171; diabolique &#187; sont condamn&#233;s comme arri&#233;r&#233;s et destructeurs d'utopies. En mettant au d&#233;fi la rh&#233;torique de la naturabilit&#233; et de l'in&#233;vitabilit&#233; qui sous-tend ces discours, j'argumente que les d&#233;cisions au sujet du futur du handicap et des personnes handicap&#233;es sont des d&#233;cisions politiques et devraient &#234;tre reconnues et trait&#233;es comme telles. Plut&#244;t que de pr&#233;tendre qu'un &#171; bon &#187; futur d&#233;pend naturellement et &#233;videmment de l'&#233;radication du handicap, nous devrions reconna&#238;tre que cette perspective est teint&#233;e des histoires du validisme et de l'oppression des personnes handicap&#233;es. La premi&#232;re partie de F&#233;minist, Queer, Crip se concentre sur l'id&#233;e que ce genre &#171; d'ailleurs &#187;, qui serait sans handicap, est celui que &#171; nous &#187; voulons tous. Chacun des chapitres de cette partie du livre situe les fa&#231;ons par lesquelles le handicap est exclu du d&#233;bat, pris seulement comme un fait donn&#233; &#233;vident ; ces chapitres d&#233;font la signification qui suppose que nous voulons tous les m&#234;mes choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me chapitre, j'analyse le cas d'Ashley X, une jeune fille handicap&#233;e &#171; fig&#233;e dans le temps &#187; par un traitement stoppant sa croissance, une hyst&#233;rectomie, et une mastectomie bilat&#233;rale. Ces proc&#233;dures, connues sous le nom de &#171; traitement Ashley, &#187; &#233;taient vues comme n&#233;cessaires par ses parents et les m&#233;decins pour prot&#233;ger Ashley de souffrances futures. Selon cette logique, le corps d'Ashley requ&#233;rait des interventions parce que son corps grandissait mais pas son esprit ; son corps se d&#233;veloppait physiquement de fa&#231;on rapide, mais mentalement, son esprit n'arrivait pas &#224; se d&#233;velopper du tout. Au final, elle incarnait l'asynchronisme, son esprit et son corps n'&#233;tait pas synchronis&#233;s. En arr&#234;tant la croissance du corps d'Ashley, le traitement pouvait stopper le foss&#233; entre son esprit et son corps et emp&#234;cher que ce foss&#233; s'amplifie. Pour justifier cet argument, les parents d'Ashley et les m&#233;decins ont d&#251; utiliser le futur de son corps (son corps imagin&#233; dans le futur) contre elle, l'utilisant comme une justification au traitement. En utilisant la grille de lecture du futur pour ce cas-l&#224;, les parents et les m&#233;decins ont &#233;galement pr&#233;sent&#233; le traitement comme un mod&#232;le pour d'autres enfants ; ils ont exprim&#233; l'espoir que le traitement serait, dans le futur, plus largement utilis&#233;. En d'autres mots, le cas d'Ashley entre en collision avec la grille de lecture temporelle du corps et de l'esprit, particuli&#232;rement celle des corps et des esprits handicap&#233;s, mais aussi avec la rh&#233;torique sur le futur. Comme cet exemple le clarifie nettement, aucun futur handicap&#233; n'est d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En utilisant un exemple populaire de la fiction utopique f&#233;ministe comme impulsion pour mon exploration suivante des attitudes culturelles par rapport au handicap, la technologie, et les traitements, le chapitre trois commence avec une description du roman de Marge Piercy &#233;crit en 1976, Woman on the Edge of Time, et son &#233;vocation d'une utopie f&#233;ministe. Tandis que le futur de Piercy est peupl&#233; de gens de toutes les couleurs, tous les genres, et toutes les sexualit&#233;s, il est pratiquement compl&#232;tement d&#233;nu&#233; de personnes handicap&#233;es : les avanc&#233;es m&#233;dicales ont permis d'&#233;liminer la plupart des maladies, et les &#171; aberrations &#187; g&#233;n&#233;tiques ont &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;es ou plus simplement corrig&#233;es. C'est une utopie rendue possible gr&#226;ce aux avanc&#233;es des technologies reproductives, et qui est fr&#233;quemment repr&#233;sent&#233;e dans les discours des &#233;tudes sur les femmes pour parler des futurs f&#233;ministes. Inspir&#233;e, troubl&#233;e, par le roman de Piercy, je sp&#233;cule sur la place du handicap dans le futur, questionnant si &#171; l'utopie, &#187; par d&#233;finition, exclut le handicap et la maladie. Je me focalise sur l'usage des technologies reproductives pour examiner le handicap, mettant en lumi&#232;re les fa&#231;ons par lesquelles l'expansion de tels tests pr&#233;sume d'un d&#233;sir de futurs sans handicap. Dans ce contexte, les parents qui refusent de tels tests ou ceux qui, justement, les utilisent pour s&#233;lectionner le handicap, sont d&#233;peints comme tirant la nation vers le bas. L'histoire, en 2002, de Sharon Duchesneau et Candace McCullough, un couple de lesbiennes sourdes qui a utilis&#233; le sperme d'un donneur sourd pour concevoir leur enfant, ancre ma r&#233;flexion dans ce que cela signifie de choisir des futurs o&#249; le handicap a sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre quatre continue de se focaliser sur la reproduction, mais vu plus largement comme la reproduction de &#171; valeurs communautaires &#187; et la place du handicap dans de telles constructions. Dans ce chapitre, je propose d'examiner de pr&#232;s la large campagne men&#233;e aux &#201;tats-Unis dans le service public, celle qui a atteint les panneaux d'affichage, les abris bus, les cin&#233;mas, et les postes de t&#233;l&#233;vision &#224; travers tout le pays. Dans les ann&#233;es qui ont suivi le 11 septembre, l'organisation philanthropique La Fondation pour une Vie Meilleure (FBL) a fond&#233; une campagne pour vanter les m&#233;rites des &#171; valeurs communautaires &#187; et du &#171; d&#233;veloppement des caract&#232;res individuels &#187;, argumentant que ces valeurs permettraient une &#171; meilleure vie &#187; future aux &#201;tats-Unis. Se positionnant elle-m&#234;me comme non partisane, la FBL se donne pour mission de favoriser un meilleur d&#233;veloppement des individus et des collectifs gr&#226;ce &#224; des valeurs &#233;ducatives et par l'engagement dont ils font preuve. C'est cette position que je souhaite examiner ici : ce d&#233;sir de d&#233;politiser les notions de communaut&#233;, ce d&#233;sir de valeurs partag&#233;es, et cette articulation de ce qu'entra&#238;ne une vie meilleure. En pr&#233;sentant ces concepts comme apolitiques, la FBL les fait accepter comme naturels, rentrer dans le sens commun, et donc les met hors de port&#233;e du d&#233;bat et de la discussion. Les repr&#233;sentations du handicap et de la maladie jouent un grand r&#244;le dans cette campagne, avec une majorit&#233; de panneaux d'affichage pr&#233;sentant des individus handicap&#233;s comme ayant un fort caract&#232;re pour avoir &#171; d&#233;pass&#233; &#187; leur handicap. La d&#233;politisation pr&#244;n&#233;e par ces panneaux d'affichage et l'existence de la FBL elle-m&#234;me sont rendues possibles gr&#226;ce aux r&#233;f&#233;rences aux corps handicap&#233;s. En effet, la pr&#233;sence du corps handicap&#233; est utilis&#233;e pour pr&#233;senter cette campagne, non comme une id&#233;ologie mais comme un sens commun. Les panneaux d'affichage semblent promettre un futur qui inclut le handicap (les personnes handicap&#233;es sont tr&#232;s pr&#233;sentes dans la campagne) mais le handicap appara&#238;t uniquement ici comme le lieu d'un triomphe personnel et d'un d&#233;passement de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la section suivante de ce livre, je me tourne vers deux grilles de lecture existantes pour penser les futurs porteurs de handicaps : la th&#233;orie cyborg et l'environnementalisme. Au c&#339;ur de ces deux th&#233;ories, a &#233;t&#233; explicitement imagin&#233; &#224; quoi ressemblerait un futur meilleur, et, de cette mani&#232;re, ces th&#233;ories ont utilis&#233; dans leurs constructions les tropes du handicap, de la maladie, et de l'hyper capacit&#233;. Apr&#232;s avoir rendu apparente cette figuration de la capacit&#233; et du handicap, j'explore les fa&#231;ons par lesquelles ces m&#234;mes th&#233;ories peuvent se r&#233;-imaginer &#224; partir des perspectives f&#233;ministes, queer et crip.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre cinq examine la figure du cyborg, se focalisant sur ses apparences dans les th&#233;ories f&#233;ministes du politique, une utilisation qui commence avec Donna Haraway et continue dans le travail de th&#233;oriciennes telles que Malini Johar Schueller, Anne Balsamo, et Jennifer Gonzalez. Dans son &#171; Manifeste cyborg, &#187; Haraway positionne la figure du cyborg comme une intervention dans les th&#233;ories et les politiques f&#233;ministes, l'utilisant pour critiquer les approches r&#233;ductionnistes de la technologie et les d&#233;finitions excluantes de la notion de &#171; femme &#187; r&#233;pandues dans le f&#233;minisme depuis les ann&#233;es 1970-1980. Elle argumente que le cyborg peut offrir un mod&#232;le sur la fa&#231;on de faire la politique f&#233;ministe, sugg&#233;rant que cette figure peut &#234;tre utilis&#233;e pour imaginer un &#171; ailleurs &#187; du f&#233;minisme. Mais quelle est la place du handicap dans sa proposition ? Est-ce que la figure du cyborg peut offrir un mod&#232;le effectif pour une th&#233;orie et une politique f&#233;ministe du handicap ? Est-ce qu'elle facilite l'articulation et la cr&#233;ation d'un &#171; ailleurs &#187; anti validiste ? Comme je l'argumente, les th&#233;ories cyborg, parce qu'elles se focalisent sur les cyber technologies et les interfaces entre humains et machines, tendent &#224; repr&#233;senter le handicap comme un probl&#232;me exclusivement individuel et m&#233;dical, une position qui d&#233;politise le handicap et les personnes handicap&#233;es. Cette compr&#233;hension contemporaine du handicap, &#233;vidente dans l'usage fr&#233;quent des corps handicap&#233;s comme illustrations de l'univers cyborg, pr&#233;sente une vision future de l'intervention technologique et m&#233;dicale (non une transformation sociale ou une action politique) comme la seule r&#233;ponse appropri&#233;e au handicap. Cependant, les pratiques et les identifications des militant-es handicap&#233;-es queer commencent &#224; faire allusion aux fa&#231;ons de rendre crip cet h&#233;ritage cyborg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une interview de 1991 parue dans Socialist Review, Donna Haraway note que son articulation de la figure du cyborg provient d'un engagement &#224; l'&#233;cof&#233;minisme, et que les th&#233;oriciennes allant de Stacy Alaim &#224; Catriona Sandilands la prennent au mot, incorporant cette figure dans leur propre th&#233;orisation &#233;cof&#233;ministe. Suivant cette piste cyborg, je me tourne, dans le chapitre six, vers les r&#244;les qu'ont le handicap et la validit&#233; dans les repr&#233;sentations de la nature et de l'environnement. Les visions &#233;cof&#233;ministes du futur ne peuvent pas &#234;tre r&#233;duites &#224; une histoire coh&#233;rente : il y a beaucoup de futurs &#233;cof&#233;ministes diff&#233;rents et peut-&#234;tre m&#234;me encore plus de fa&#231;ons diff&#233;rentes d'imaginer la politique &#233;cof&#233;ministe. Beaucoup de ces visions, cependant, prennent racines dans les id&#233;es validistes contemporaines sur ce &#224; quoi ressemblent les corps, comment ils bougent, ils sentent, ils communiquent, et ils pensent. Les conceptualisations environnementales de la nature tendent &#224; supposer que tout le monde a acc&#232;s &#224; la nature de la m&#234;me fa&#231;on, et c'est cette pr&#233;supposition qui colore les visions politiques environnementales. Les approches non normatives de la nature et des limitations du corps sont aplanies ; la validit&#233; devient un pr&#233;requis pour imaginer les futurs environnementaux. Si les personnes handicap&#233;es sont consid&#233;r&#233;es comme manquant de capacit&#233;s physiques et mentales &#224; acc&#233;der &#224; et exp&#233;rimenter la nature dans le pr&#233;sent, elles ne peuvent donc jouer aucun r&#244;le dans les compr&#233;hensions environnementales du futur de la nature. En me basant sur le travail d'artistes et d'&#233;crivain-es crip, j'argumente que l'exp&#233;rience incarn&#233;e de la maladie et du handicap repr&#233;sente des fa&#231;ons alternatives de nous comprendre nous-m&#234;mes en relation &#224; l'environnement, des compr&#233;hensions qui peuvent donc &#233;tendre les grilles de lecture &#233;cof&#233;ministes et les pratiques actuelles du militantisme environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces visions du futur (la th&#233;orie cyborg, l'environnementalisme, et l'utopie g&#233;n&#233;tique) est caract&#233;ris&#233;e par une impulsion normalisante, une impulsion que j'ai rendu apparente en regardant &#224; travers le prisme du handicap. En adh&#233;rant aux id&#233;ologies de la totalit&#233;, la th&#233;orie cyborg tente de normaliser le corps handicap&#233; par des proth&#232;ses et des interventions technologiques, s'effor&#231;ant de rendre les corps handicap&#233;s entiers (en apparence). Les environnementalistes tirent souvent leurs th&#233;ories des exp&#233;riences du corps non handicap&#233;s, normalisant le corps lui-m&#234;me ou marginalisant ses limitations, soutenant des id&#233;es d'hyper capacit&#233; et de validit&#233;, et effa&#231;ant les exp&#233;riences et les ressentis des personnes handicap&#233;es. Finalement, les discours g&#233;n&#233;tiques d&#233;fendent souvent les tests g&#233;n&#233;tiques et les avortements s&#233;lectifs, normalisant le corps et l'esprit pour chasser le handicap de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est possible, cependant, de th&#233;oriser un &#171; ailleurs, &#187; afin de fournir une grille de lecture politique pour un monde plus juste qui ne s'appuie pas sur une impulsion normalisante. Les th&#233;oricien-nes queer se sont engag&#233;-es &#224; forger une politique qui ne marginalise pas, ne normalise pas, ou ne criminalise pas les corps, les pratiques, o&#249; les d&#233;sirs queer ; les th&#233;oriciennes f&#233;ministes se sont engag&#233;es &#224; imaginer une politique ouverte qui n'essaye pas de normaliser toutes les femmes dans une cat&#233;gorie unifi&#233;e de &#171; la femme &#187;. En construisant ces grilles de lecture, les th&#233;oricien-nes du handicap sont activement en train d'imaginer des futurs anti validistes, th&#233;orisant ce que Robert McRuer et Abby Wilkerson appellent les mondes du &#171; handicap d&#233;sirable &#187; qui ne sont pas fond&#233;s sur la normalisation des personnes handicap&#233;es. Je positionne mon texte comme une partie de ce projet queer/f&#233;ministe/handicap&#233; d'imagination de mondes queer/f&#233;ministes/handicap&#233;s d&#233;sirables. En exposant les id&#233;es validistes ancr&#233;es dans les visions de la g&#233;n&#233;tique et de l'intervention biom&#233;dicale du futur, et en sugg&#233;rant simultan&#233;ment les fa&#231;ons par lesquelles ces id&#233;ologies validistes peuvent &#234;tre subverties, je rejette la large d&#233;politisation du handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce refus qui motive, au moins en partie, mon d&#233;sir d'offrir des visions politiques anti validiste d'un &#171; ailleurs &#187;. Le chapitre sept, &#171; Des Futurs Accessibles, des Futures Coalitions &#187;, repr&#233;sente mon d&#233;sir de contrer cette disparition du handicap de la politique, cette tendance &#224; marginaliser les personnes handicap&#233;es des visions politiques du futur. En le construisant &#224; partir des ressentis des th&#233;oriciennes f&#233;ministes et queer, des militant-es handicap&#233;-es queer, et des universitaires des &#233;tudes sur le handicap, j'esquisse encore dans ce chapitre les param&#232;tres d'une autre id&#233;e sur comment construire un &#171; ailleurs, &#187; mais qui serait accueillant, savoureux, et d&#233;sirant pour le handicap, qui reconna&#238;trait le handicap comme politique. Cette vision crip d'un ailleurs reste, par d&#233;finition et par dessin, incompl&#232;te. Dans le chapitre final, j'explore trois lieux potentiels pour une politique de coalition (celui concernant l'acc&#232;s trans et queer genr&#233;s aux toilettes, celui de la justice environnementale, et celui autour de la justice et des droits reproductifs) dans le but de d&#233;velopper un futur crip qui trouve de la valeur dans la dissidence et le d&#233;saccord, qui reconna&#238;t la perte, qui reste ouvert. En utilisant ces trois lieux de possibilit&#233;s, je sp&#233;cule sur la fa&#231;on dont nous pouvons &#233;tendre et mettre au d&#233;fi les param&#232;tres de la th&#233;orie et de la politique du handicap, une th&#233;orie et une politique qui s'engagent trop rarement dans un travail s&#233;rieux de coalition avec les autres mouvements, les autres communaut&#233;s, et les autres requ&#234;tes. Lire les discours et les mouvements comme crip, m&#234;me lorsqu'ils ne mentionnent pas explicitement le handicap, nous conduit tou-tes &#224; commencer &#224; penser le handicap, et les futurs porteurs de handicaps, autrement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pudenda</title>
		<link>https://algonautes.org/Pudenda</link>
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		<dc:date>2026-04-19T15:59:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacqueline B&#233;cel-Mottais</dc:creator>


		<dc:subject>douleur</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;shumanisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pudenda est un livre publi&#233; &#224; compte d'auteur par Jacqueline Mattais en 2010. Il d&#233;crit au jour le jour la douleur et la d&#233;shumanisation provoqu&#233;es par la n&#233;vralgie pudendale. Extrait.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/Ecrivez-votre-histoire" rel="directory"&gt;&#201;crivez votre histoire !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/douleur" rel="tag"&gt;douleur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/deshumanisation" rel="tag"&gt;d&#233;shumanisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L123xH150/pudenda-b80d6.jpg?1776710417' class='spip_logo spip_logo_right' width='123' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;27 octobre 2006 - Une journ&#233;e ordinaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 heures du matin : &lt;/strong&gt; r&#233;veil matinal malgr&#233; le Stilnox, lever vers les toilettes, rappel &#224; l'ordre imm&#233;diat de la br&#251;lure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lecture en attendant 7 heures, sur le c&#244;t&#233; gauche pour &#233;viter l'ankylose : la douleur domine, reprend ses droits, ses passe-droits, angoisse, t&#233;tanise, paralyse, installe cette trouille au ventre pour la journ&#233;e qui force &#224; l'absorption de Xanax.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit d&#233;jeuner : &lt;/strong&gt; seul repas assez bien support&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
8 heures 30 : Toilette : &#233;preuve quotidienne, travaux forc&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
NE PAS TOUCHER miction, d&#233;f&#233;cation, l'horreur s'il faut forcer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Meurtrie, marteau-piqueuris&#233;e, labour&#233;e, vrill&#233;e, motoculturis&#233;e, d&#233;vast&#233;e, p&#233;trifi&#233;e, dans son intime intimit&#233;, pudendalis&#233;e. M&#233;tamorphose kafka&#239;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Matin&#233;e :&lt;/strong&gt; errer dans la maison, &#233;viter la position assise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tentative de rangement, cuisine, pour l'autre, d&#233;boussol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Midi : &lt;/strong&gt; impossible nourriture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s-midi : &lt;/strong&gt; marcher, tourner, virer, pleurer, crier, de rage, de douleur, de col&#232;re, hurler &#224; l'aide, &#224; l'injustice, lire, &#224; haute voix, sortir dans le jardin fleuri, si beau, qu'elle n&#233;glige, qu'elle aime tant, tourner et d&#233;tourner l'attention vers un autre soi, mettre en place l'esp&#233;rance d'un lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soir&#233;e : &lt;/strong&gt; angoiss&#233;e, tels les enfants ou les vieillards &#224; l'approche de la nuit, de la mort, scotch&#233;e devant les inepties de la t&#233;l&#233;, couch&#233;e sur le c&#244;t&#233; telle Mme de R&#233;camier (souffrait-elle ? Appelez-moi Juliette !) puis le Stilnox qui emporte dans un oubli &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 heures le lendemain matin... r&#233;veil...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6 novembre 2006&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelques accalmies qui donnent quelque espoir, quelque repos.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;prime s'installe, r&#233;actionnelle. Il faut ajouter le Seroplex au Xanax pour ne plus trembler devant les actes simples et quotidiens de la journ&#233;e qui prennent des allures de tours de force el laissent exsangue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun antalgique n'agit, effets secondaires, surtout constipation, s'ajoutent. Douleurs encore plus insupportables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Infiltration de cortico&#239;des sous scanner au Centre antidouleur de Nantes. Il porte le nom de Catherine de Sienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 novembre 15 jours juste apr&#232;s l'infiltration&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Noctran permet de mieux dormir ; elle ne sait plus si elle est la douleur ou seulement la m&#233;moire de la douleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'ose croire &#224; l'&#233;loignement de la br&#251;lure perforatrice humiliante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prendre son mal en patience : justesse de l'expression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Attendre la fin de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10 novembre presque trois semaines apr&#232;s la piq&#251;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Douleur toujours l&#224;, sentie ou pens&#233;e. Elle est sculpt&#233;e, enfonc&#233;e, dans son corps d&#233;labr&#233;, en ruine, &#233;tay&#233; &#224; coup de neuroleptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;vralgie du nerf pudendal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nerf pudendal (ou nerf honteux interne dans l'ancienne nomenclature) est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, humiliation cuisante, engendre une immense souffrance morale r&#233;v&#233;lant l'impuissance qu'elle a d'elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se d&#233;teste, se prend en grippe, se hait, cherche &#224; se d&#233;barrasser de ce corps-d&#233;chet qui l'encombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voit les vaches de Tante Germaine dans le Pr&#233;-neuf peupl&#233; de pommiers en d&#233;licate floraison rose et blanche. Elle leur attachait, avec un lien, une corne &#224; une patte avant afin qu'elles n'atteignent pas les pommes dont les b&#234;tes &#233;taient friandes mais qui les rendaient malades. Les malheureux bovins ne pouvaient plus relever leur grosse t&#234;te bonasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il faut en-heuder les vaches, disait-elle, elles vont encore d'empommer ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est, comme les vaches de Tante Germaine, &#171; en-heud&#233;e &#187; [entrav&#233;e].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui a fait plaisir. L'a rassur&#233;e, a justifi&#233; de son bon &#233;tat mental.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu ne fais rien pour t'en sortir ! &#187; &#231;a r&#233;sonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne se battra plus pour qu'on l'&#233;coute, pour qu'on croit &#224; sa souffrance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas dans sa t&#234;te la souffrance !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;25 ao&#251;t 2007&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle regarde ses fesses dans le miroir de la chambre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se superposent au reflet des cicatrices, les lac&#233;rations laiss&#233;es par la flagellation aux tiges de poireaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;15 octobre 2007&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Science impuissante&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est revenue la coloc-sangsue, la bernique-ventouse, la charognarde qui s'accroche &#224; la proie qu'elle est devenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ind&#233;finiment, lentement, s&#251;rement elle sera d&#233;chiquet&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle entre en guerre contre son corps qui lui rend coup pour coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans tr&#234;ve. Sans repos. L'ennemie c'est elle. La bataille fait rage contre l'ind&#233;boulonnable douleur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jacqueline B&#233;cel-Mottais&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le nerf pudendal (ou nerf honteux interne dans l'ancienne nomenclature) est un nerf mixte (moteur et sensitif) qui innerve la r&#233;gion du p&#233;rin&#233;e situ&#233;e entre les organes g&#233;nitaux et l'anus. Il joue un r&#244;le dans la sensibilit&#233; de la zone p&#233;rin&#233;ale, dans l'&#233;rection et la continence urinaire et anale. Lorsqu'il est compress&#233;, on parle de n&#233;vralgie pudendale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La douleur impens&#233;e - la s&#233;rie podcast</title>
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		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


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		<dc:subject>genre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retrouvez les six &#233;pisodes de la s&#233;rie podcast &#171; La douleur impens&#233;e &#187; de Joelle Palmieri, en lecture audio et textuelle en trois langues, fran&#231;ais, anglais, espagnol.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/La-douleur-impensee-la-serie-podcast-et-le-livre" rel="directory"&gt;La douleur impens&#233;e - podcast et livre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/democratie-sanitaire" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie sanitaire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://algonautes.org/sante" rel="tag"&gt;sant&#233;&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L150xH150/1730219309931-f2688898-2c56-48c3-891d-a5bafef0d134-e850c.jpg?1770917940' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette s&#233;rie documentaire audio, je laisse t&#233;moigner trois patientes, trois soignant&#183;es, trois proches de patientes et trois universitaires. &#201;coutez les six &#233;pisodes de ce podcast et retrouvez leurs transcriptions en fran&#231;ais, anglais et espagnol.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article1&#034;&gt;&#201;pisode 1, &#171; Cr&#233;er un langage de la fibromyalgie &#187;, 33'&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fibromyalgie. Qui peut comprendre ce mot ? Est-ce une maladie ? Elle touche 2,4 millions de femmes en France. Elle se manifeste par de multiples sympt&#244;mes allant de la douleur, &#224; la fatigue en passant par des troubles cognitifs. Esther, Peggy et Corinne t&#233;moignent des difficult&#233;s &#224; nommer les bouleversements que la pathologie engendre. Josiane, David et Emmanuelle, proches de patientes, expliquent leur d&#233;sar&#173;roi face &#224; l'absence de codes pour aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article7&#034;&gt;&#201;pisode 2, &#171; G&#233;rer la douleur &#187;, 33'&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La pose du diagnostic de fibromyalgie est importante mais le chemin de soin est chaotique. Esther, Peggy et Corinne t&#233;moignent de ce parcours de combattante. St&#233;phanie Ranque-Garnier, algologue &#224; l'APHM &#224; Marseille, Nadine Chard'homme, infirmi&#232;re au centre de la douleur de Namur, et Pierre Amatore, praticien shiatsu &#224; Marseille, d&#233;crivent l'&#233;tat d&#233;sesp&#233;r&#233; et &#233;puis&#233; dans lequel iels accueillent leurs patientes. Un traitement allopathique ou alternatif peut toutefois commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article8&#034;&gt;&#201;pisode 3, &#171; Se battre contre la maladie &#187;, 31'&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Peggy et Corinne fustigent la violence qu'elles subissent lors des consultations m&#233;dicales. Avec Esther, elles discutent les diagnostics divergents qui ont &#233;t&#233; pos&#233;s et s'emportent con&#173;tre le tr&#232;s faible niveau d'&#233;coute accord&#233;. St&#233;phanie Ranque-Garnier, Nadine Chard'homme et Pierre Amatore d&#233;plorent les difficult&#233;s qu'iels rencontrent &#224; aider les patientes en raison du peu de moyens techniques allou&#233;s et de la hi&#233;rarchie des pathologies et des disciplines. De toutes leurs prescriptions (hors m&#233;dicamenteuses), aucune n'est prise en charge financi&#232;rement par le syst&#232;me de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article11&#034;&gt;&#201;pisode 4, &#171; Se confronter et s'adapter &#187;, 30'&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La maladie est paradoxale : elle demande du temps pour agir et emp&#234;che d'aller vite. Elle permet de lier comprendre et agir. Esther explique la d&#233;shuma&#173;ni&#173;sation qu'elle vit par son h&#233;ritage familial, ses deuils, ses traumatismes. Corinne insiste sur son besoin de ne pas r&#233;pondre aux injonctions. Peggy exprime son besoin de se sentir utile. Toutes r&#233;alisent que leurs corps et cerveau ont besoin d'&#234;tre &#171; dissoci&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article14&#034;&gt;&#201;pisode 5, &#171; Genrer la fibromyalgie &#187;, 39'&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les biais de genre du syst&#232;me de sant&#233; sont nombreux. Murielle Salle, historienne de la sant&#233;, explique en quoi la m&#233;decine diff&#233;rencie banalement les sexes selon l'&#171; essence &#187; f&#233;minine ou masculine. L'acc&#232;s des femmes et des hommes aux soins en est in&#233;gal et les repr&#233;sentations du corps des femmes tenaces : humeurs changeantes, troubles li&#233;s aux cycles, hyst&#233;rie, douleur normale. L'ensemble nourrit l'agnotologie de genre de la m&#233;decine. La prescription d'activit&#233;s physiques fait &#233;cho &#224; un deuxi&#232;me essentialisme, celui du sport, dont Christine Mennesson, sociologue du sport, d&#233;crit les contours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article17&#034;&gt;&#201;pisode 6, &#171; Valoriser les savoirs des patientes et imaginer des alternatives &#187;, 35'&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les savoirs acquis par le v&#233;cu de la maladie interrogent les rapports de domination et les impacts du validisme sur le quotidien. Corinne, Esther, Peggy en t&#233;moignent. Les proches et les praticien&#183;nes mentionnent les savoirs qu'ils ont acquis au contact des malades. Claire Llambrich, sociologue de l'&#233;ducation, &#233;voque l'&#233;ducation th&#233;rapeutique du patient et l'entretien d'explicitation qui transforment les malades en b&#226;tisseuses de nouveaux paradigmes de la sant&#233;. Corinne parle de l'urgence de sortir de l'invisibilit&#233;, de garder m&#233;moire de chaque patiente, de demander des comptes aux politiques, de participer d'une d&#233;mocratie sanitaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article48&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire le livre dont ces podcasts sont une d&#233;clinaison&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intention de la s&#233;rie documentaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certain&#183;es d'entre vous me connaissent, d'autres pas. Qui suis-je ? Je suis journaliste et politologue. J'habite en milieu rural dans le sud-est de la France depuis une quinzaine d'ann&#233;es. J'anime un &lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog f&#233;ministe.&lt;/a&gt; J'ai &#233;t&#233; diagnostiqu&#233;e fibromyalgique il y a plus de vingt ans. J'ai con&#231;u, cor&#233;alis&#233; avec Virginie Jortay et produit cette s&#233;rie de podcasts pour extraire les paroles des patientes (les femmes sont majoritaires) de la neige sous laquelle les syst&#232;mes de sant&#233; fran&#231;ais et belge les enfouissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en quoi ce podcast vous concerne-t-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre souffrez-vous de douleurs chroniques, de Covid long.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou alors vous soignez des personnes souffrant de douleurs chroniques, de Covid long.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou encore vous vous int&#233;ressez aux politiques publiques de sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou vous vous demandez pourquoi et comment les analyser et en parler sous un angle f&#233;ministe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous avez aussi besoin d'un exemple concret pour comprendre en quoi le syst&#232;me de sant&#233; r&#233;duit les femmes &#224; leur essence (les chromosomes, les hormones, les humeurs&#8230;) quand elles ressentent et se plaignent de douleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou bien vous interrogez l'obstination de ce syst&#232;me de sant&#233; &#224; ignorer les connaissances que les patientes ont acquises &#224; travers l'exp&#233;rience de la maladie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou bien vous ne vous sentez pas concern&#233;&#183;e et vous allez &#234;tre surpris&#183;e de l'&#234;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;coutant les six &#233;pisodes de cette s&#233;rie vous allez &#234;tre touch&#233;&#183;e. Peut-&#234;tre aurez-vous envie de t&#233;moigner &#224; votre tour, de raconter votre exp&#233;rience, selon des formes qui vous feront du bien. Pourquoi ne pas me faire un retour pour continuer &#224; nourrir les savoirs des patient&#183;es, soignant&#183;es, proches et universitaires, pour mieux nous comprendre, pour mieux d&#233;finir des communs ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retours d'auditeurices&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; ce qui s'est pass&#233; lors de la mise en ligne de cette s&#233;rie documentaire audio qui a commenc&#233; d&#233;but janvier 2025. De nombreuses personnes qui souffrent de douleurs chroniques, d'autres qui les connaissent, ont comment&#233; ce qu'elles ont entendu. Les termes &#171; &#233;motion &#187; et &#171; mieux comprendre &#187; sont revenus comme un boomerang.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Bien foutu et tr&#232;s touchant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est beau, c'est tr&#232;s &#233;mouvant, c'est &#233;pur&#233;, c'est tr&#232;s tr&#232;s sensible, cela laisse la place &#224; l'espace entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'aime particuli&#232;rement les t&#233;moignages du praticien shiatsu et de l'algologue. Ils ont int&#233;gr&#233; nos particularit&#233;s en tant que patientes actives et ont compl&#232;tement adapt&#233; leurs approches.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La progression est super, on rentre dans le mal si je puis dire. Le croisement de nos t&#233;moignages incertains, douloureux, cyniques, en col&#232;re mais d&#233;termin&#233;s &#224; se faire entendre avec ceux des soignant&#183;es soucieux&#183;ses certes mais tellement plus l&#233;ger&#183;es et certain&#183;es de leur intention, et le doigt mis sur l'&#233;cart qu'il y a encore entre le corps m&#233;dical et le n&#244;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est bouleversant : tant de souffrance exprim&#233;e mais tue, incomprise&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'accompagne ma copine de jeunesse dans sa maladie orpheline, quinze ans d'errance diagnostique et quarante ans de souffrances invalidantes et &#233;puisantes et souvent incomprises. Je lui transmets ton podcast&#8230; cela peut en aider d'autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des soignant&#183;es et des chercheureuses en m&#233;decine ou en sciences humaines, qui s'int&#233;ressent aux douleurs chroniques ou plus g&#233;n&#233;ralement &#224; la sant&#233; des femmes, ont &#233;chang&#233; avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; F&#233;licitations pour cette belle initiative. Les voix entendues ici sont essentielles dans la lutte contre l'invisibilit&#233; de la fibromyalgie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; On ne conna&#238;t pas tout des m&#233;canismes de la douleur. C'est valable pour la m&#233;decine et pour les accompagnements &#224; la sant&#233;. Chaque parcours est diff&#233;rent. La s&#233;rie met en &#233;vidence la singularit&#233; et la n&#233;cessit&#233; de prendre en charge sa maladie et les accompagnements qui conviennent &#224; chacun. Belle le&#231;on. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il y a du beau monde dans cette s&#233;rie consacr&#233;e &#224; la fibromyalgie. On revient sur la question de l'acc&#232;s des femmes &#224; la sant&#233;, et sur l'agnotologie (la science de l'ignorance) de genre en m&#233;decine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'accent mis sur l'ignorance de genre de la m&#233;decine m'aide &#224; consolider ma recherche sur les douleurs chroniques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des militantes f&#233;ministes ont appr&#233;ci&#233; ma volont&#233; d'&#233;largir le champ de la &#171; sant&#233; des femmes &#187; &#224; autre chose que la sant&#233; reproductive.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vos documentaires et votre livre sont tr&#232;s int&#233;ressants et il me semble essentiel de les porter &#224; la connaissance du plus grand nombre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Une forme de p&#233;dagogie bien adapt&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ensemble, nous nous sommes demand&#233;&#183;es pourquoi la douleur effraie au point d'en devenir taboue ? Pourquoi la prise en charge m&#233;dicale des malades est-elle aussi genr&#233;e ? Pourquoi les soignant&#183;es qui les prennent en charge rencontrent-iels autant de difficult&#233;s ? Nous avons &#233;voqu&#233; des pistes de changement des politiques sanitaires. Il y en a d&#233;j&#224;, ici et ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les agressions</title>
		<link>https://algonautes.org/Les-agressions</link>
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		<dc:date>2026-05-13T11:02:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H&#233;l&#232;ne Tilman</dc:creator>


		<dc:subject>violences</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'entends parler par une amie d'un ost&#233;opathe qui a pour sp&#233;cialit&#233; la discipline de &#171; microkin&#233; &#187;, je ne connais pas mais elle me dit que cela fait des miracles sur ses migraines. Elle me glisse aussi qu'il y a eu des plaintes contre lui mais que, de son point de vue, il s'agit d'affabulations car il est tr&#232;s respectueux, et tr&#232;s professionnel, etc. Je ne pr&#234;te pas assez attention &#224; ce &#171; d&#233;tail &#187;. Je fais plusieurs s&#233;ances avec lui, pour la premi&#232;re fois une th&#233;rapie manuelle me soulage (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'entends parler par une amie d'un ost&#233;opathe qui a pour sp&#233;cialit&#233; la discipline de &#171; microkin&#233; &#187;, je ne connais pas mais elle me dit que cela fait des miracles sur ses migraines. Elle me glisse aussi qu'il y a eu des plaintes contre lui mais que, de son point de vue, il s'agit d'affabulations car il est tr&#232;s respectueux, et tr&#232;s professionnel, etc. Je ne pr&#234;te pas assez attention &#224; ce &#171; d&#233;tail &#187;. Je fais plusieurs s&#233;ances avec lui, pour la premi&#232;re fois une th&#233;rapie manuelle me soulage r&#233;ellement, je sens la douleur dispara&#238;tre pendant les s&#233;ances. Mais les effets ne durent pas dans le temps et je ne peux m'y rendre plus souvent en raison du prix. Les s&#233;ances se d&#233;roulent toujours de la m&#234;me fa&#231;on, avec son assistante qui est l&#224; pendant presque tout le temps, elle prend parfois le relais ou apprend avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour elle n'est pas l&#224;. Pour la premi&#232;re fois la s&#233;ance se fait seuls tous les deux, et pour la premi&#232;re fois il me demande d'enlever mon soutien-gorge pour avoir mieux acc&#232;s aux muscles et autres &#171; fils qu'il tire &#187; (je n'ai jamais tr&#232;s bien compris ce qu'il faisait). Il proc&#232;de, me touche de fa&#231;on assez m&#233;dicale pour que le doute sur l'intentionnalit&#233; de ses actes soit floue. Je termine la s&#233;ance mal &#224; l'aise, me demandants s'il vient d'abuser de moi ou si je suis parano&#8230; Il n'y a pas de gestes sensuels, mais il reste sur ma poitrine trop longtemps, et je sais que je n'ai pas besoin d'&#234;tre en culotte pour ce qu'il fait. Je rentre chez moi, je n'y pense plus jusqu'au lendemain matin o&#249; cela me saute au cerveau, il n&#8216;y a aucun doute, ce monsieur r&#233;put&#233;, qui a pignon sur rue, qui a r&#233;ussi &#224; supprimer les avis Google qui d&#233;non&#231;ait ses d&#233;viances sexuelles sur les patientes, a bien abus&#233; de moi. J'en reste sid&#233;r&#233;e. Il me d&#233;go&#251;te mais je ne fais rien, simplement j'arr&#234;te d'aller le voir. Je ne vais pas porter plainte et ne lui signifie m&#234;me pas que je sais, je n'en parle pas &#224; mon amie. Je mets cela sur le dos de la douleur, et du fait que je suis en qu&#234;te d'aller mieux, que toute mon &#233;nergie est consacr&#233;e &#224; remonter la pente, mais en r&#233;alit&#233; c'est plus profond que &#231;a, j'ai honte. Maintenant je n'ai plus honte de ce qu'il a fait, j'ai honte de n'avoir rien fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rencontre via une boutique de produits naturels de mon quartier, un masseur shiatsu, chaudement recommand&#233; par la propri&#233;taire de la boutique. Il fait les s&#233;ances &#224; domicile, je ne sais pas si &#231;a me fait vraiment du bien mais je fais r&#233;guli&#232;rement appel &#224; lui pour essayer de d&#233;tendre mon corps de plus en plus crisp&#233;. &#199;a me parait &#234;tre du bon sens que de faire appel au massage pour m'accompagner. Un jour, il y a avait du monde dans mon appartement &#224; l'heure du rendez-vous. Il me propose de faire la s&#233;ance dans la boutique apr&#232;s la fermeture. La propri&#233;taire est ok, elle a l'habitude de proc&#233;der de cette fa&#231;on, moi &#231;a ne me d&#233;range pas. Tout se d&#233;roule comme d'habitude, puis je commence &#224; remarquer qu'il reste longtemps sur mes fesses, je m'interroge. Cela dure et dure. Encore une fois, je ne suis pas s&#251;re. Il n'y a pas un geste qui me fait r&#233;agir et qui pourrait provoquer une r&#233;action imm&#233;diate. C'est le longueur du &#171; soin &#187; et le fait de focaliser sur mes fesses qui me fait me dire &#224; la fin que, &#224; nouveau, un homme a profit&#233; de mon corps sans mon consentement. &#192; la fin de la s&#233;ance qui dure plus longtemps que d'habitude, il me dit devoir se d&#233;p&#234;cher et range tout avec h&#226;te et ce que je comprends comme &#234;tre de la g&#234;ne. Je pars, soulag&#233;e de passer la porte, un peu confuse mais je sais &#224; ce moment que &#231;a n'est pas normal. J'en parlerai quelques semaines plus tard &#224; la propri&#233;taire du magasin qui ne me croira pas &#171; Jean-Luc, ah non ce n'est pas possible &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces deux moments de ma vie j'ai plus de quarante ans. Je ne sais plus exactement quand &#231;a s'est produit, les ann&#233;es se ressemblent et je n'ai gard&#233; aucune trace de ces &#233;v&#233;nements. Mais je suis une femme adulte avec un bon bagage d'exp&#233;riences diverses, un bagage plein de &#171; petites &#187; agressions distill&#233;es le long de ma vie de jeune fille, puis de femme. Pourtant je n'ai pas su &#233;viter ce qui s'est produit, et si cela me r&#233;arrivait aujourd'hui, je ne sais pas comment je r&#233;agirais. J'ai l'impression d'avoir &#233;t&#233; l&#226;che, mais quand je pense &#224; leur l&#226;chet&#233; &#224; eux, ce n'est rien. Ils ont tous les deux agi en sachant qu'il me serait tr&#232;s difficile de tirer une ligne franche entre le soin et l'abus, que je serais au pire confuse, et au mieux que je ne me rendrais compte de rien. Ce qui r&#233;sulte de ces agissements c'est que plus jamais je ne laisserai des th&#233;rapeutes hommes toucher mon corps, si je dois &#234;tre accompagn&#233;e par des soins du toucher ce sera des femmes. Ce qui s'est pass&#233; &#224; abim&#233; fortement la relation d&#233;j&#224; difficile que j'avais avec mon propre corps d&#233;faillant, ainsi que la confiance que j'avais en moi-m&#234;me, car je n'ai pas pu agir, je n'ai rien dit, je n'ai rien fait, et je suis s&#251;re qu'il y a eu d'autre victimes depuis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne Tilman&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sexe et handicap</title>
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		<dc:date>2026-03-14T11:26:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Puiseux</dc:creator>


		<dc:subject>handicap</dc:subject>
		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sexe et handicap : le titre de ce livre unit deux termes qui sont certainement incongrus, si ce n'est antith&#233;tiques, dans l'imagination populaire. L'assertion que la validit&#233; est le si&#232;ge de la sexualit&#233; semble &#233;vidente. Apr&#232;s tout, les personnes les plus attirantes sexuellement sont en bonne sant&#233;, normales et actives : des mod&#232;les longilignes, des mordu-es d'athl&#233;tisme, des membres de salles de fitness d&#233;bordant d'&#233;nergie. Les personnes handicap&#233;es sont rarement regard&#233;es comme des sujets d&#233;sirants ou des objets de d&#233;sir.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L99xH150/m_9780822394877_cover-11ed4.jpg?1773487611' class='spip_logo spip_logo_right' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sexe et handicap : le titre de ce livre unit deux termes qui sont certainement incongrus, si ce n'est antith&#233;tiques, dans l'imagination populaire. L'assertion que la validit&#233; est le si&#232;ge de la sexualit&#233; semble &#233;vidente. Apr&#232;s tout, les personnes les plus attirantes sexuellement sont en bonne sant&#233;, normales et actives : des mod&#232;les longilignes, des mordu-es d'athl&#233;tisme, des membres de salles de fitness d&#233;bordant d'&#233;nergie. Les personnes handicap&#233;es sont rarement regard&#233;es comme des sujets d&#233;sirants ou des objets de d&#233;sir. Et quand sexe et handicap sont li&#233;s dans la culture am&#233;ricaine contemporaine, la conjonction est plus souvent l'occasion de marginalisation ou d'&#233;merveillement : la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es est typiquement d&#233;crite soit en termes de manque tragique soit en termes d'exc&#232;s bizarre. Piti&#233; ou peur, en d'autres mots, sont les sensations les plus souvent associ&#233;es au handicap ; les sensations sexuelles les plus agr&#233;ables sont g&#233;n&#233;ralement dissoci&#233;es des corps et des vies des personnes handicap&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais si le handicap &#233;tait sexy ? Et si les personnes handicap&#233;es &#233;taient vues &#224; la fois comme des sujets et des objets de multiples d&#233;sirs et pratiques &#233;rotiques ? De plus, si en examinant les fa&#231;ons dont ces d&#233;sirs et ces pratiques sont permis, articul&#233;s, et repr&#233;sent&#233;s dans diff&#233;rents contextes, contemporain et historique, local et global, public et priv&#233;, on rendait possible la reconceptualisation des cat&#233;gories &#224; la fois de sexe et de handicap ? Voici quelques questions parmi d'autres que pose Sexe and handicap. Les chapitres de ce livre, en partis focalis&#233;s sur l'acc&#232;s, les histoires, les espaces, les vies et les d&#233;sirs, d&#233;veloppent des analyses montrant une myriade de fa&#231;ons par lesquelles sexe et handicap peuvent en fait aller ensemble, et ce malgr&#233; leur s&#233;gr&#233;gation dans les repr&#233;sentations culturelles dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Acc&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Anne Finger &#233;crit en 1992 &#171; la sexualit&#233; est souvent la source de notre plus profonde oppression, c'est aussi souvent la source de notre plus grande souffrance. C'est plus facile pour nous de parler, et donc de formuler des strat&#233;gies de changement, au sujet de la discrimination &#224; l'emploi, de l'&#233;ducation, du logement, que de parler de notre exclusion de la sexualit&#233; et de la reproduction &#187;. En r&#233;fl&#233;chissant &#224; ces observations dix-sept ans plus tard, Finger nous sugg&#233;rait que la sexualit&#233; &#171; nous montrait notre besoin d'avoir plus que des droits, notre besoin de changements culturels, &#224; la fa&#231;on du changement culturel que nous avons vu ces derni&#232;res ann&#233;es dans le travail (d'&#233;criture, de peinture, de performance, de danse) d'Eli Clare, de Terry Galloway, de Riva Lehrer, de Sins Invalid, d'Axis Dance Company, etc &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le changement culturel que note Finger qui prend place dans la m&#233;moire, la performance, l'art visuel et la danse a aussi &#233;t&#233; suivi par certains textes populaires et acad&#233;miques qui r&#233;fl&#233;chissaient explicitement soit aux sens complexes de l'identit&#233; sexuelle pour les personnes handicap&#233;es, soit plus directement, comme dans Le guide ultime des liens entre sexe et handicap (Ultimate Guide to Sex and Disability), aux nombreuses fa&#231;ons diff&#233;rentes dont les personnes handicap&#233;es pouvaient avoir une sexualit&#233; ou en avaient d&#233;j&#224; une (Kaufman et al.). Le journal Sexe et handicap (Sexuality and Disability) a &#233;t&#233; un travail important de publications de militant-es, de sociologues, d'anthropologues et d'autres pendant de nombreuses ann&#233;es (incluant le travail fondamental de Corbett Joan O'Toole, Barbara Faye Waxman-Fiduccia et Russell Shuttleworth). En 1996, Tom Shakespeare, Kath Gillespie-Sells et Dominic Davies publient Les politiques sociales du handicap (The Sexual Politics of Disability) qui, comme le sugg&#232;re le sous-titre du livre, met en lumi&#232;re beaucoup de d&#233;sirs jusqu'ici non-dits de personnes handicap&#233;es. Quelques anthologies se sont particuli&#232;rement focalis&#233;es sur les exp&#233;riences de personnes handicap&#233;es queer qui sont apparues durant ces deux derni&#232;res d&#233;cennies, incluant le texte de Raymond Luczak, Les yeux du d&#233;sir : des lecteur-rices gays et lesbiennes sourd-es (Eye of Desire : A Deaf Gay and Lesbian Reader), celui de Victoria A. Brownworth et Susan Raffo, Restricted Accessibilit&#233; : Lesbiennes en situation de handicap (Access : Lesbians on Disability), et celui de Bob Guter et John R. Killacky, Crips Queer : des hommes gays handicap&#233;s et leur histoire (Queer Crips : Disabled Gay Men and Their Stories). Des figures telle que celle de Bethany Stevens, &#171; l'imp&#233;tueuse universitaire et militante crip, mais aussi sexologue &#187;, ont commenc&#233; &#224; utiliser Internet comme forum pour diss&#233;miner leurs id&#233;es au sujet du sexe et du handicap. Selon Stevens, &#171; beaucoup se prot&#232;gent &#187; de ces sujets. Son blog, &#171; Confessions crip &#187; (Crip Confessions), centralise les questions autour de ce th&#232;me, mais nous sommes avides d'espaces pour permettre des &#171; discours empathiques au sujet du handicap, des corps politiques, de la capacit&#233; &#224; construire un mouvement social, de la repr&#233;sentation m&#233;diatique, des modifications corporelles, de la sexualit&#233;, de l'amour, etc &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout de m&#234;me, les textes majeurs des &#233;tudes sur le handicap, ceux devenus canoniques dans le domaine, ne discutent pas de sexe tr&#232;s en d&#233;tails. Celui de Lennard Davis, La mise en application de la normalit&#233; : handicap, surdit&#233; et corps (Enforcing Normalcy : Disability, Deafness, and the Body), parle tr&#232;s bri&#232;vement de la d&#233;-&#233;roticisation des personnes handicap&#233;es. Celui de Rosemarie Garland-Thomson, Corps extraordinaires : repr&#233;senter le handicap physique dans la culture am&#233;ricaine et la litt&#233;rature (Extraordinary Bodies : Figuring Physical Disablitiy in American Culture and Literature) parle de la m&#234;me chose, faisant une distinction entre le &#171; regard fixe &#187; &#233;rotique et &#171; celui qui regarde fixement &#187; les corps des personnes handicap&#233;es tel que cela se fait fr&#233;quemment. Des textes importants tels que celui de Simi Linton, Revendiquer le handicap : connaissance et identit&#233; (Claiming Disability : Knowledge and Identity), et celui de David T. Mitchell et Sharon L. Snyder, Proth&#232;ses narratives : handicap et d&#233;pendance aux discours (Narrative Prosthesis : Disability and the Dependencies of Discourses), posent d'abord des questions sur les cultures handicap&#233;es, les identit&#233;s, les &#233;pist&#233;mologies et les discours, non les actes et les pratiques sexuel-les. Et beaucoup des anthologies majeures des &#233;tudes sur le handicap, Les &#233;tudes sur le handicap : se permettre de faire partie des humanit&#233;s (Disability Studies : Enabling the Humanities), Le corps et la diff&#233;rence physique : les discours sur le handicap (The Body and Physical Difference : Discourses of Disability), La nouvelle histoire du handicap : des perspectives am&#233;ricaines (The New Disability History : American Perspectives), n'incluent pas un seul essai universitaire sur la conjonction entre sexe et handicap. La seule r&#233;elle conjonction qui est faite, c'est dans une section sp&#233;ciale incluant la fiction et la po&#233;sie, comme dans Le/a lecteur-rice des &#233;tudes sur le handicap (The Disability Studies Reader).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les textes majeurs dans de nombreux champs tournant largement autour des &#233;tudes sur la sexualit&#233;, incluant ceux de la th&#233;orie queer, mentionnent rarement le handicap. Certains de ces &#233;crits semblent &#234;tre &#224; l'aube d'un engagement dans les &#233;tudes sur le handicap, et beaucoup d'universitaires travaillant sur le handicap sont efficacement avanc&#233;-es sur le travail de Judith Butler, tel-les qu'Eve Kosofsky Sedgwick, Michael Warner, et d'autres. Mais le handicap comme cat&#233;gorie d'analyse, o&#249; les &#233;tudes sur le handicap comme champ &#233;pist&#233;mologique, commencent seulement &#224; avoir un impact sur les universitaires queer. Le seul espace dans lequel les &#233;tudes sur la sexualit&#233; de fa&#231;on tr&#232;s g&#233;n&#233;rale ont consid&#233;r&#233; la convergence entre sexe et handicap est la th&#233;orie culturelle traitant du VIH et du sida. D&#232;s le d&#233;but de l'&#233;pid&#233;mie, les hommes gays et leurs alli&#233;-es savaient que th&#233;oriser la sexualit&#233;, le handicap physique, et la maladie &#233;tait imp&#233;ratif, comme l'illustre l'intervention militante de Michael Callen et Richard Berkowitz, &#171; Comment avoir une sexualit&#233; en p&#233;riode d'&#233;pid&#233;mie &#187; (How to Have Sex in an Epidemic), et l'essai universitaire de Douglas Crimp, &#171; Comment avoir de l'intimit&#233; en p&#233;riode d'&#233;pid&#233;mie &#187; (How to Have Promiscuity in an Epidemic). Pourtant, malgr&#233; la dette que les militant-es contre le sida ont par rapport au mouvement des droits civiques des personnes handicap&#233;es, ces travaux tendent actuellement &#224; rester &#224; une distance g&#234;n&#233;e des universitaires travaillant sur le handicap.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous pointons ici n'est pas que les th&#233;oricien-nes de la sexualit&#233; devraient penser sans cesse au handicap, ou que les th&#233;oricien-nes du handicap devraient penser tout le temps &#224; la sexualit&#233; (bien que nous ne voulons pas que ces liens ne soient pas faits). Nous voulons plut&#244;t demander : que se passe-t-il pour nos mod&#232;les, nos arguments principaux, nos r&#233;clamations centrales quand nous politisons la sexualit&#233; et le handicap ensemble ? Pour poser cette question, nous commen&#231;ons par consid&#233;rer la notion d'acc&#232;s, un concept politique et th&#233;orique au c&#339;ur des &#233;tudes sur le handicap et du mouvement pour les droits civiques des personnes handicap&#233;es. Le terme d'acc&#232;s est plus souvent invoqu&#233; en r&#233;f&#233;rence aux espaces publics : cin&#233;mas, restaurants, immeubles de bureaux. Qu'est-ce que cela voudrait dire d'appliquer ce concept &#224; la sph&#232;re priv&#233;e ? Est-ce que les personnes handicap&#233;es peuvent demander l'acc&#232;s aux exp&#233;riences sexuelles avec les autres ? A la masturbation ? La reproduction ? Les trois chapitres sur l'acc&#232;s, qui forment la premi&#232;re partie de ce livre, posent ces questions. Dans le premier chapitre, &#171; Une culture sexuelle pour les personnes handicap&#233;es &#187; (A Sexual Culture for Disabled People), Tobin Siebers, port&#233; par le travail de Waxman-Fiduccia, O'Toole, et autres, propose que les personnes handicap&#233;es soient consid&#233;r&#233;es comme membres d'une minorit&#233; sexuelle. Siebers indique que, comme les autres minorit&#233;s sexuelles, les personnes handicap&#233;es sont souvent regard&#233;es comme &#171; perverties &#187; et l'acc&#232;s &#224; des exp&#233;riences sexuelles et au contr&#244;le de leur propre corps leur est souvent refus&#233;. Comme l'observe Siebers, &#171; beaucoup de personnes handicap&#233;es sont confin&#233;es, sans leur volont&#233;, dans des institutions &#187; ou &#171; les autorit&#233;s m&#233;dicales prennent des d&#233;cisions en ce qui concerne l'acc&#232;s &#224; la litt&#233;rature &#233;rotique, la masturbation, et les partenaires sexuel-les. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'acc&#232;s des personnes handicap&#233;es &#224; des partenaires sexuel-les est encore plus limit&#233; par une culture p&#233;n&#233;trante de la d&#233;s&#233;rotisation des personnes handicap&#233;es. Dans le second chapitre de Sexe et handicap, &#171; Rapprocher la th&#233;orie de l'exp&#233;rience : une ethnographie critique et interpr&#233;tative de la sexualit&#233; des personnes handicap&#233;es &#187; (Bridging Theory and Experience : A Critical-Interpretative Ethnographie of Sexuality and Disability), Russell Shuttleworth, qui a d&#233;velopp&#233; le concept de &#171; acc&#232;s sexuel &#187; dans ses travaux pr&#233;c&#233;dents, montre ici que ce terme, en effa&#231;ant les distinctions entre activit&#233;s publiques et activit&#233;s ostensiblement priv&#233;es, facilite la politisation de ces derni&#232;res. En expliquant la m&#233;thodologie qu'il a utilis&#233;e au milieu des ann&#233;es 1990 pour interviewer quatorze hommes dans la zone de la baie de San Francisco qui avaient des paralysies c&#233;r&#233;brales, Shuttleworth met en lumi&#232;re les barri&#232;res massives, parfois presque infranchissables, qu'ils rencontraient lorsqu'ils tentaient d'avoir acc&#232;s &#224; des exp&#233;riences sexuelles. Comme le disait l'un des participants, les femmes semblaient &#234;tre en train de lui dire : &#171; tu peux venir chez moi, mais laisse ton p&#233;nis dehors ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que moins tangible qu'un ensemble de marches &#224; l'entr&#233;e d'un immeuble ou l'absence de sous-titrage d'un film &#224; l'&#233;cran, des barri&#232;res telles que celles &#233;voqu&#233;es dans les chapitres de ce livre sont tout aussi envahissantes est &#233;galement intimidantes. Le chapitre de Michel Desjardins, &#171; Le corps sexualis&#233; des enfants : les parents et les politiques de st&#233;rilisation &#8216;volontaire' des personnes d&#233;sign&#233;es comme handicap&#233;es mentales &#187; (The Sexualized Body of the Child : Parents and the Politics of 'Voluntary' Sterilization of People Labeled Intellectually Disabled), examine les barri&#232;res insidieuses auxquelles sont confront&#233;-es les jeunes adultes ayant des handicaps d&#233;veloppementaux. M&#234;me si ces hommes et ces femmes ont acc&#232;s &#224; l'intimit&#233; sexuelle et &#224; l'amour romantique, ils/elles subissent souvent une st&#233;rilisation &#171; volontaire &#187; qui assure que &#171; leur intimit&#233; et leur amour &#187; ne finira pas par une grossesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
De fa&#231;on diff&#233;rente, chacun de ces trois chapitres nous invite &#224; nous demander : qu'est-ce que cela signifie d'utiliser le concept d'acc&#232;s lorsque l'on parle de sujets apparemment priv&#233;s comme la sexualit&#233; ou la parentalit&#233; ? C'est possible, bien s&#251;r, d'argumenter que le terme d'acc&#232;s s'applique mieux &#224; seulement quelques formes d'oppressions li&#233;es au handicap. Apr&#232;s tout, on peut demander directement certains types d'acc&#232;s aux institutions publiques tels qu'une rampe &#224; l'entr&#233;e d'un restaurant ou un ascenseur dans un h&#244;tel, ce qu'on ne ferait &#233;videmment pas en ce qui concerne les corps et les choix des partenaires sexuel-les potentiel-les. En suivant cette ligne de pens&#233;e, il semble raisonnable de dire qu'un film sans sous-titrage est inaccessible aux spectateur-rices sourd-es, tandis qu'un film qui a des sous-titres mais qui d&#233;peint des personnages sourd-es, ou Sourd-es, comme asexuel-les, sexuellement peu attrayant-es n'est pas inaccessible mais plut&#244;t autre chose comme controvers&#233;, offensant, validiste, ou provocateur, cela d&#233;pend de notre point de vue. Le probl&#232;me, cependant, avec cette distinction raisonnable c'est qu'elle cr&#233;e presque in&#233;vitablement une hi&#233;rarchie : sur la base de cette r&#233;alit&#233; concr&#232;te, indiscutable, nous tendons &#224; accorder plus d'importance &#224; ces formes d'oppressions que nous appelons &#171; barri&#232;res d'acc&#232;s &#187; qu'&#224; celles plus subtiles qui gouvernent nos rencontres sociales et sexuelles. Les chapitres de ce livre interrogent sur ce que cela voudrait dire que de renverser cet ensemble de priorit&#233;s. Qu'est-ce que cela ferait si les universitaires travaillant sur le handicap faisaient de la sexualit&#233; un sujet essentiel, lui accordant toute l'importance que la question de l'acc&#232;s a eu devant la Cour Supr&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1988, l'universitaire handicap&#233;, historien et militant Paul Longmore br&#251;le son livre sur l'avenue George Washington devant les bureaux de la s&#233;curit&#233; sociale de Los Angeles. Il fit cela dans le but de protester contre &#171; les obstacles mis au travail de la s&#233;curit&#233; sociale &#187;. Si Longmore gagnait des royalties sur son livre, ou un salaire de professeur d'universit&#233;, il avait perdu son &#233;quipement et ses services financ&#233;s par la s&#233;curit&#233; sociale (incluant une aide respiratoire et des auxiliaires de vie) dont il d&#233;pendait totalement pour survivre. Sa protestation montrait de quelles fa&#231;ons cela allait bien au-del&#224; de sa situation personnelle, malgr&#233; ce que certain-es ont pu comprendre et continue de croire. Longmore a d&#233;montr&#233; symboliquement que la question putative priv&#233;e du handicap est en fait profond&#233;ment politique, port&#233;e par des histoires longues et complexes d'oppressions, d'exploitation et de r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Pourquoi j'ai brul&#233; mon livre et autres essais sur le handicap (Why I Burned My Book and Other Essays on Disability), Longmore situe ce moment particulier du militantisme handicap&#233; dans l'histoire du mouvement pour les droits civiques des personnes handicap&#233;es. Tel que Longmore l'interpr&#232;te, le militantisme handicap&#233; depuis les ann&#233;es 1970 &#224; quatre caract&#233;ristiques cl&#233;s. La premi&#232;re, un tel militantisme &#171; a red&#233;fini les probl&#232;mes auxquels faisaient face les personnes handicap&#233;es. Il les a d&#233;finis principalement comme sociaux, non m&#233;dicaux. Il montra que l'obstacle le plus s&#233;rieux &#233;tait les pr&#233;jug&#233;s profond&#233;ment ancr&#233;s et la discrimination. Il pr&#233;senta comme solution appropri&#233;e la protection par des droits civiques &#187;. La seconde, le militantisme handicap&#233; &#224; former des coalitions avec d'autres nouveaux mouvements sociaux progressistes. La troisi&#232;me, il &#171; a cr&#233;&#233; des liens au travers les diff&#233;rentes visions du handicap &#187;. Finalement, et sans doute le plus important, le militantisme handicap&#233; &#171; a produit des politiques identitaires non envisag&#233;es &#187;, une &#171; identit&#233; handicap&#233;e positive &#187; qui &#171; a montr&#233; &#224; la soci&#233;t&#233;, et aux militant-es eux/elles-m&#234;mes, que les personnes handicap&#233;es n'&#233;taient pas faibles mais fortes, non incomp&#233;tentes mais pleine d'habilit&#233;s, non en d&#233;tresse mais puissantes &#187;. Selon une historiographie que les &#233;tudes sur le handicap et le mouvement pour les droits civiques des personnes handicap&#233;es ont rendu famili&#232;re, l'identit&#233; handicap&#233;e, forg&#233;e dans le contexte d'autres nouveaux mouvements sociaux et &#233;mergent d'un mouvement handicap&#233; explicitement focalis&#233; sur les droits civiques, ouvre la voie &#224; la loi pour les personnes handicap&#233;es am&#233;ricaines (ADA), qui fut sign&#233;e par le pr&#233;sident George H. W. Bush en 1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis, des politiques identitaires particuli&#232;res, tout aussi r&#233;solument &#171; non envisag&#233;es &#187;, ont suivi l'ADA et la l&#233;gislation similaire aux droits civiques. Les personnes handicap&#233;es et leurs alli&#233;-es ont &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;es par le fait d'&#234;tre t&#233;moins d'interpr&#233;tations extr&#234;mement &#233;troites et rigides de l'ADA par les tribunaux, ce qui a drastiquement limit&#233; la port&#233;e et l'efficacit&#233; de la loi. En 1999, Ruth Colker analysait le corpus des cas couverts par l'ADA qui &#233;taient venus devant les tribunaux. Ses donn&#233;es co&#239;ncidaient avec celles que l'association am&#233;ricaine du barreau avait recueillies moins d'un an auparavant : dans 94 % des cas des d&#233;cisions f&#233;d&#233;rales sur l'ADA, les employeur-ses gagnaient. Les plaignant-es handicap&#233;-es perdaient le plus souvent leur affaire non parce que les am&#233;nagements qu'ils/elles demandaient &#233;taient qualifi&#233;s de &#171; non raisonnables &#187; ou imposaient une &#171; privation excessive &#187; aux employeur-ses, mais parce que les tribunaux d&#233;cidaient que les plaignant-es ne pouvaient &#234;tre qualifi&#233;-es &#171; d'handicap&#233;-es &#187;. Par exemple, dans la d&#233;cision de 2002 pour l'affaire qui opposait l'entreprise Toyota Motor aux Williams, la cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis jugea qu'une travailleuse &#224; la cha&#238;ne de montage ayant le syndrome du nerf carpien et d'autres handicaps musculosquelettiques douloureux, qui limitaient ses habilit&#233;s au travail, &#224; faire les courses, s'occuper de sa maison, et jouer avec ses enfants, n'&#233;tait pas une personne &#171; handicap&#233;e &#187;. Comme de nombreux-ses observateur-rices l'ont remarqu&#233;, la d&#233;finition extr&#234;mement &#233;troite du handicap par les tribunaux a cr&#233;&#233; une double contrainte pour quiconque recherchant une protection par l'ADA : un-e plaignant-e qui n'arrive pas &#224; convaincre le tribunal qu'il ou elle est une personne &#171; handicap&#233;e &#187; aura probablement de grandes difficult&#233;s &#224; faire respecter le contenu de la loi et montrer qu'il ou elle est aussi un-e individu-e &#171; autrement qualifi&#233;-e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Linda Hamilton Krieger observe que &#171; le congr&#232;s a inscrit le mod&#232;le du groupe minoritaire bas&#233; sur le handicap dans le pr&#233;ambule de l'ADA &#187;. Ce pr&#233;ambule statut que les personnes handicap&#233;es constituent &#171; une minorit&#233; discr&#232;te et d&#233;finie &#187; historiquement sujette &#224; &#171; un traitement in&#233;gal constant &#187;. Comme nous pouvons encore le voir dans l'affaire opposant les administrateur-rices de l'universit&#233; d'Alabama aux Garrett, la Cour Supr&#234;me jugea que les personnes handicap&#233;es ne constituaient pas une classe prot&#233;g&#233;e par le quatorzi&#232;me amendement de la clause sur l'&#233;galit&#233; de protection. Krieger conclut donc que l'affaire Garrett repr&#233;sente une &#171; r&#233;percussion judiciaire contre le mod&#232;le du groupe minoritaire de l'ADA &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument de Krieger et les analyses historiques de Longmore sur l'&#233;mergence d'une identit&#233; handicap&#233;e posent certaines contraintes mais sont importants. Nous souhaitons, cependant, complexifier ici la grille d'analyses que Krieger nomme convenablement les &#171; r&#233;percussions contre l'ADA. &#187; En suivant Longmore, nous serons attentif-ves aux mani&#232;res par lesquelles l'identit&#233; handicap&#233;e est toujours historique. L'identit&#233; handicap&#233;e, en d'autres mots, n'est jamais un simple fait naturel ; elle est plut&#244;t construite et reconstruite par les circonstances historiques et les agents historiques. Ainsi, comme Krieger, nous localisons les exemples de jugements de la cour supr&#234;me contre les plaignant-es handicap&#233;-es dans une histoire en cours de luttes autour de l'identit&#233; handicap&#233;e. Notre analyse diff&#232;re cependant de celle de Krieger dans le fait que nous voyons davantage les r&#233;percussions contre l'ADA comme le surgissement d'un soutien excessif, par une application extr&#234;me et m&#234;me punitive, envers les constructions des personnes handicap&#233;es comme membres d'un groupe minoritaire &#171; discret, d&#233;fini &#187;, plut&#244;t que comme le surgissement d'un rejet th&#233;orique d'un &#171; mod&#232;le de groupe minoritaire &#187;. Apr&#232;s tout, dans l'affaire Toyota contre Williams et dans beaucoup d'affaires similaires les tribunaux ont, en fait, d&#233;finit les personnes handicap&#233;es comme appartenant &#224; un groupe minoritaire discret, auquel les plaignant-es sp&#233;cifiques n'appartiennent pas. En fait, les tribunaux n'admettent pas que les personnes handicap&#233;es soient des minorit&#233;s politiques, comme les l&#233;gislateur-rices de l'ADA en avaient l'intention. Pourtant un mod&#232;le minoritaire du handicap est n&#233;anmoins clairement &#224; l'&#339;uvre dans les affaires judiciaires li&#233;es &#224; l'ADA ; cela donne des fondations explicites &#224; beaucoup de r&#233;percussions judiciaires contre l'ADA. Ce point est crucial : nous pensons qu'il doit nous presser &#224; nous interroger sur les questions difficiles li&#233;es au mod&#232;le du groupe minoritaire et aux fa&#231;ons dont ce mod&#232;le bouge &#224; travers l'histoire et &#224; travers les institutions autoritaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En posant de telles questions, comme nous allons le faire &#224; travers cette introduction, nous serons aux prises avec la relation souvent conflictuelle entre exp&#233;rience personnelle et analyses politiques. Le moment o&#249; Longmore a br&#251;l&#233; son livre est un de ces nombreux moments o&#249; les universitaires handicap&#233;s et les militant-es, semblant s'inspirer de la seconde vague f&#233;ministe qui insistait sur le fait que le personnel &#233;tait politique, ont d&#233;montr&#233; que le blocage autour de certaines cat&#233;gories d'exp&#233;riences (telles que &#171; la sexualit&#233; &#187; et &#171; le handicap &#187;) comme &#171; affaire priv&#233;e &#187; est en lui-m&#234;me un acte profond&#233;ment politique, avec des effets souvent insidieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous engageons cette id&#233;e cruciale ici, au m&#234;me moment o&#249; nous engageons aussi des approches politiques et th&#233;oriques qui troublent le concept d'identit&#233;, et donc, peut-&#234;tre aussi, de l'exp&#233;rience personnelle. Dans beaucoup de contextes, la revendication que &#171; le personnel est politique &#187; a eu l'effet de placer &#171; l'exp&#233;rience des femmes &#187; au centre des analyses politiques f&#233;ministes ; mais dans d'autres, comme le f&#233;minisme des femmes racis&#233;es, la construction de la notion de &#171; femmes &#187; comme une identit&#233; primaire ou fondamentale a &#233;t&#233; remise en question de mani&#232;re persuasive, bien avant le moment, en 1990, o&#249; Butler affirmait que &#171; ce n'est plus aussi &#233;vident que la th&#233;orie f&#233;ministe doive essayer d'installer la question de l'identit&#233; primaire dans le but d'asseoir son r&#244;le politique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet h&#233;ritage f&#233;ministe complexe nous pousse &#224; nous demander, comme nous avons commenc&#233; &#224; le faire en &#233;crivant l'introduction de ce volume &#224; l'&#233;t&#233; 2007, si le mat&#233;riel de nos propres &#171; histoires &#187; devait y avoir une place. Dans un mail &#224; Anna, au regard de cette possibilit&#233;, Robert &#233;crivait :&lt;br class='autobr' /&gt;
Je comprends ce que tu es entrain de dire au sujet de l'exp&#233;rience personnelle, bien que cela me fasse aussi me sentir circonspect, &#233;tant donn&#233; la culture confessionnelle dans laquelle nous vivons et comment cette culture de la confession est li&#233;e &#224; la v&#233;rit&#233; (sp&#233;cialement en ce qui concerne la sexualit&#233;) et l'authenticit&#233; (sp&#233;cialement en ce qui concerne le handicap). J'ai, cependant, trouv&#233; cela intrigant que, comme &#233;diteur-rices, nous occupions, d'une certaine fa&#231;on, des positions miroirs (je laisse cela flou momentan&#233;ment, mais pour l'instant soit indulgente avec moi) : dans les th&#233;ories sur la sexualit&#233;, c'est difficile de nier que la th&#233;orie queer &#224; une certaine place privil&#233;gi&#233;e, et c'est dur de nier, malgr&#233; les replis anti identitaires de la th&#233;orie queer, que les &#171; v&#233;ritables &#187; lesbiennes et gays, qui revendiquent leurs identit&#233;s lesbiennes et gays, on fait un &#233;norme travail durant les derni&#232;res d&#233;cennies pass&#233;es. En th&#233;orisant le handicap (ou m&#234;me le corps plus g&#233;n&#233;ralement), il est difficile de nier une certaine place privil&#233;gi&#233;e des &#233;tudes sur le handicap, et il est dur de nier, sp&#233;cifiquement avec l'emphase sur l'identit&#233; et l'exp&#233;rience qui est faite dans ce champ, que les &#171; v&#233;ritables &#187; personnes handicap&#233;es, avec leurs exp&#233;riences vari&#233;es du handicap et des identit&#233;s handicap&#233;es, on fait un &#233;norme travail durant ces derni&#232;res d&#233;cennies pass&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, pour le dire de fa&#231;on brute, le sens r&#233;ductionniste, qui est plus important que notre vision des choses &#224; tou-tes les deux, nous fait aboutir &#224; deux aspects rivalisant dans notre titre, &#171; sexe et handicap &#187;. Dans une vision en deux dimensions, chacun-e de nous deux peut &#234;tre consid&#233;r&#233;-e par celles et ceux qui ne nous connaissent pas bien comme la repr&#233;sentation principale d'un des c&#244;t&#233;s de la binarit&#233;. Mais je dirais, bien s&#251;r, que cette &#233;valuation suscite imm&#233;diatement de notre part un &#171; oui, mais &#187; en ce qui concerne les deux c&#244;t&#233;s de cette suppos&#233;e binarit&#233;. &#201;tant donn&#233; que tu es lesbienne et &#233;tant donn&#233; les aspects d&#233;sint&#233;gratifs de l'identit&#233; sexuelle et queer de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, c'est facile de te sortir de la repr&#233;sentativit&#233; de la &#171; sexualit&#233; &#187;. Mais je suis prudent en te conc&#233;dant enti&#232;rement la repr&#233;sentation du &#171; handicap &#187;, en m&#234;me temps que je suis prudent de ne pas te la conc&#233;der, pour toutes sortes de raisons s&#233;diment&#233;es de l'histoire du handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut revendiquer Robert qui fait qu'il s'autorise &#224; d&#233;loger Anna de sa position apparente de repr&#233;sentante du &#171; handicap &#187; ? &#171; Je ne suis pas handicap&#233;, &#187; &#233;crit-il &#224; Anna, &#171; et je ne revendiquerais jamais de fa&#231;on cavali&#232;re cela comme une identit&#233;, en partie &#224; cause du respect pour les histoires d'oppressions qui ne sont pas les miennes &#187;. Et encore, continua-t-il, &#171; je veux &#234;tre clair : je pourrais la revendiquer &#187;, Robert continua en &#171; citant certaines preuves (&#171; preuves &#187; de &#171; l'exp&#233;rience &#187;) qui soutiendraient que le &#8216;'je'' revendique une relation au handicap que je ne comptais pas faire sur le moment &#187;. Quelques points extraits de la liste de Robert qui en contient neuf :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Un professionnel de sant&#233; mentale m'a au moins une fois propos&#233; des m&#233;dicaments pour des troubles obsessionnels compulsifs, dans le cadre d'une relation th&#233;rapeutique longue de deux ans&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
3. J'ai parfois r&#233;ellement embarqu&#233; en avance &#224; bord d'un avion pour cause de &#171; handicap &#187; dans le but de pouvoir voyager confortablement (et je vois cela comme une adaptation due probablement &#224; mon travail dans les &#233;tudes sur le handicap).&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Souvent quand je suis en vol, je peux te dire exactement le nombre de segments de cinq minutes qu'il nous reste avant que l'avion atterrisse, aussi bien que ce qui s'est pass&#233; dans le m&#234;me nombre de segments de cinq minutes en arri&#232;re. Cela n'a probablement aucun sens, mais je le fais : &#224; un certain moment, je peux te dire, &#171; il nous reste 37 segments de cinq minutes &#187; et je peux te dire de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale ce qui s'est pass&#233; dans les derniers 37 segments de cinq minutes. Bien s&#251;r cela est en partie contingent de si nous &#233;tions dans une p&#233;riode, durant le vol, o&#249; je m'&#233;tais autoris&#233; moi-m&#234;me &#224; regarder ma montre (les r&#232;gles pour tout cela sont tr&#232;s compliqu&#233;es).&lt;br class='autobr' /&gt;
Par l'ensemble de ces preuves, Robert s'est pr&#233;sent&#233; comme support d'une revendication identitaire qu'il pourrait faire. Il a r&#233;sist&#233; n&#233;anmoins &#224; la faire, non seulement parce que, comme il a pu le dire, &#171; je respecte vraiment le fait de ne pas &#234;tre handicap&#233; et que j'ai toutes sortes de privil&#232;ges validistes &#187;, mais aussi &#171; parce qu'avoir le sentiment d'une telle revendication est insuffisant (peut-&#234;tre n&#233;cessaire mais insuffisant) pour avoir une certaine fa&#231;on de penser le corps, l'esprit, et le comportement. Pour signifier de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais aussi sp&#233;cifiquement, mon corps, mon esprit, mon comportement &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du point de vue de &#171; la sexualit&#233;, &#187; Anna occupe une position qui refl&#232;te la relation de Robert au &#171; handicap. &#187; Elle a &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dirais que je suis quelque part entre h&#233;t&#233;rosexuelle et bisexuelle, mais je ne me sens pas &#224; l'aise avec ces termes. Dire &#171; je suis bisexuelle &#187; semble avoir quelque chose de lointain avec les personnes LGBT qui sont opprim&#233;es de mani&#232;res dont je ne le suis pas. Ce n'est pas non plus exact de dire &#171; je suis h&#233;t&#233;rosexuelle &#187;, et de faire ainsi passer le fait que je ne sois pas &#224; l'aise avec ce mot, &#224; la fois parce que cela conf&#232;re un privil&#232;ge h&#233;t&#233;rosexuel et parce qu'il risque de limiter de bien des fa&#231;ons ma propre signification de ce qui est possible, de ce que je peux d&#233;sirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son inconfort &#224; revendiquer une identit&#233; sexuelle minoritaire que certain-es pourraient voir comme effil&#233;e, Anna se retrouve n&#233;anmoins &#224; se demander, apr&#232;s qu'elle ait lu la liste de &#171; preuves &#187; de Robert en soutien &#224; sa revendication qu'il ne souhaite pas faire d'une identit&#233; minoritaire handicap&#233;e, &#171; Robert, pourquoi tu ne te revendiques pas comme tel ? &#187; Alors que la r&#233;duction de sa question &#233;tait ironique (ayant &#233;t&#233; elle-m&#234;me au bout de sa question, elle savait comment celle-ci serait embarrassante), Anna &#233;tait s&#233;rieuse en demandant pourquoi il ne s'identifiait pas comme handicap&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons commenc&#233; &#224; nous poser cette question ici : celle de l'agitation autour de la mise en doute des revendications des histoires d'oppressions, aussi bien qu'une r&#233;pugnance &#224; simplifier les fa&#231;ons complexes de penser, de ressentir, et de se comporter. &#192; cela nous ajouterions un autre danger, qui commence &#224; nous tirer en arri&#232;re en direction des discours et des institutions autoritaires ainsi qu'aux impasses &#224; la fois l&#233;gislatives et judiciaires avec lesquelles nous avons ouvert cette partie : le risque de r&#233;ifier les cat&#233;gories identitaires pourrait &#234;tre mieux contest&#233;. Comme Robert l'a remarqu&#233; au sujet des exp&#233;riences qu'il a list&#233;es pour justifier une hypoth&#233;tique revendication identitaire : &#171; revenons &#224; cette liste que je viens juste de te donner : je d&#233;sirais revendiquer quelque sorte d'authenticit&#233; (et si je me souviens bien, je ne le suis pas), le m&#233;decin (et m&#234;me l'ancien amant dont je t'ai parl&#233; qui est docteur) est le seul &#224; donner du cr&#233;dit &#224; cette revendication ! Troublant, de quelques fa&#231;ons, non ? &#187; Troublant parce que, &#224; cet instant, une revendication identitaire telle que &#171; je suis handicap&#233; ; j'ai des troubles obsessionnels compulsifs &#187; serait li&#233;e, inextricablement, aux discours m&#233;dicaux (et aux diagnostics) et nous serions tou-tes deux per&#231;u-es comme sp&#233;cieux-se. Un effet probable d'un tel statut, &#224; cet instant, serait de renforcer le pouvoir et l'autorit&#233; des institutions, la m&#233;decine et la psychiatrie modernes occidentales, qui ont g&#233;n&#233;r&#233; et maintenu en ordre la binarit&#233; normale/anormale qui a &#233;t&#233; fondamentale dans l'oppression des personnes handicap&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anna revendique l'identit&#233; &#171; handicap&#233;e &#187;, et cette revendication a &#233;t&#233; un processus conflictuel et compliqu&#233;. Elle est handicap&#233;e depuis 1994 et &#224; divers handicaps interreli&#233;s, une maladie environnementale, des douleurs au dos qui montent et qui descendent, et des chutes de tension r&#233;p&#233;titives, dont les intensit&#233;s ont vari&#233; au cours des ann&#233;es. En mars 2006, apr&#232;s avoir apparemment disparu pendant six ans, la maladie environnementale d'Anna est r&#233;apparue, la for&#231;ant &#224; abandonner ses &#233;tudes universitaires &#224; l'universit&#233; de Berkeley en Californie. Cette maladie environnementale (qui est aussi appel&#233;e sensibilit&#233; chimique multiple, ou MCS) veut dire qu'une centaine de substances pr&#233;sentes dans la vie quotidienne d'Anna la rendent malade : les produits chimiques dans les savons, la lessive, les parfums, la fum&#233;e de cigarette, les &#233;chappements de voitures, le papier journal, les magazines, le papier, l'encre, la peinture, les tapis, les nouveaux v&#234;tements, les gaz naturels utilis&#233;s dans les fours et fourneaux, les plastiques, les tissus d'ameublement, les produits pour pelouses, les produits d'entretien. En cherchant un air plus pur et un lieu sain pour vivre, elle emm&#233;nagea &#224; Santa Rosa, o&#249; elle continue de vivre avec sa compagne Jane, qu'elle a rencontr&#233;e sur une liste mails de personnes ayant des maladies environnementales. Comme beaucoup de gens ayant des maladies environnementales, Anna est aussi sensible aux champs &#233;lectromagn&#233;tiques, ou EMFS, que les appareils &#233;lectroniques &#233;mettent ; elle est donc incapable d'utiliser un ordinateur. Ce handicap, combin&#233; &#224; des chutes de tension r&#233;p&#233;titives, a rendu la poursuite de ses &#233;tudes universitaires impossibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son chapitre &#171; mon corps, ma prison : le handicap invisible et les limites du discours revendicatif &#187;, Ellen Samuels observe que les gens ayant des handicaps invisibles, bien que souvent critiqu&#233;-es pour &#171; le cacher &#187; ou refuser de &#171; le revendiquer &#187;, sont en fait oblig&#233;-es de le revendiquer de fa&#231;ons r&#233;p&#233;titives. Parce que les autres pr&#233;sument qu'ils/elles ne sont pas handicap&#233;-es, ils/elles doivent r&#233;guli&#232;rement identifier leurs handicaps non visibles et expliquer leurs effets. En le revendiquant dans le contexte de cette introduction, Anna esp&#232;re, et attend, que sa revendication fonctionne diff&#233;remment de celle de Robert qui revendique en s'abstenant de revendiquer. Si dire &#171; j'ai un trouble obsessionnel compulsif &#187; pourrait &#224; cet instant faire appel &#224; l'autorit&#233; des institutions m&#233;dicales, dire &#171; j'ai une maladie environnementale &#187; &#224; la potentialit&#233; de contester cette autorit&#233;. Cela parce que, pour la plus grande partie, la m&#233;decine occidentale g&#233;n&#233;rale ne reconna&#238;t pas comme handicaps l&#233;gitimes ce qui ne peut pas &#234;tre diagnostiqu&#233; avec des tests m&#233;dicaux conventionnels. Les gens qui ont une maladie environnementale (ou des handicaps similairement &#171; controvers&#233;s &#187;, tels que la fibromyalgie, des sympt&#244;mes de fatigue chronique, ou de douleur chronique) sont donc souvent consid&#233;r&#233;-es comme des simulateur-rices ou des hypocondriaques. La retenue des diagnostics m&#233;dicaux l&#233;gitimes &#224; des cons&#233;quences qui vont plus loin que le bureau du docteur qui dit, &#171; tous vos tests sont normaux ; vous &#234;tes en parfaite sant&#233; &#187;. Pour beaucoup de personnes handicap&#233;es cela se manifeste par aucune diff&#233;rence corporelle visible ou r&#233;sultats de tests anormaux, et s'en suit une lutte pour obtenir les allocations pour personnes handicap&#233;es, les am&#233;nagements d'acc&#232;s &#224; l'emploi, ou pour persuader les membres de leur famille et leurs ami-es qu'ils/elles sont r&#233;ellement handicap&#233;-es.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#171; revendiquant &#187; ici, Anna risque que toi, lecteur-rice, comme beaucoup de praticien-nes de sant&#233; et de soins, de cour de justice, et d'autres qui ont l'autorit&#233; de conf&#233;rer ou de renier le statut d'handicap&#233;-e, tu la consid&#232;res comme n'&#233;tant pas une authentique &#171; personne handicap&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette possibilit&#233; pointe un autre probl&#232;me avec les revendications identitaires : les exclusions in&#233;vitables, malgr&#233; les intentions de celles et ceux qui forgent ces identit&#233;s. Pris ensemble, beaucoup de textes influents dans le champ des &#233;tudes sur le handicap peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme ayant codifi&#233; un mod&#232;le d'identit&#233; de personne handicap&#233;e qui a certaines caract&#233;ristiques cruciales : son corps manifeste une diff&#233;rence visible, la souffrance physique n'est pas un aspect primaire de son exp&#233;rience, et il ou elle ne cherche pas de rem&#232;de ou de r&#233;tablissement. De cette fa&#231;on, ce qui peut &#234;tre vu comme la construction d'une personne handicap&#233;e &#171; paradigmatique &#187; par les &#233;tudes sur le handicap diff&#232;re de la propre compr&#233;hension de beaucoup de personnes ayant des douleurs et des maladies chroniques. Ainsi, Samuels &#233;crit que les &#233;tudes sur le handicap &#171; se focalisent sur la visibilit&#233; et ce &#171; regard fixe &#187; me m&#232;ne parfois &#224; me questionner si mon &#233;tat de sant&#233; extr&#234;mement limit&#233; et changeant correspond vraiment &#224; un handicap selon le mod&#232;le social &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La marginalisation discursive des personnes ayant une maladie invisible peut avoir des effets mat&#233;riels. Par exemple, tandis que le mouvement pour les droits civiques des personnes handicap&#233;es r&#233;ussissait &#224; faire les requ&#234;tes de rampes pour fauteuils roulants et d'interpr&#233;tations en langue des signes am&#233;ricaines qui semblent, au moins dans certains contextes, &#171; raisonnable &#187;, les am&#233;nagements qu'une personne ayant une maladie environnementale pouvait avoir besoin de demander sont la plupart du temps consid&#233;r&#233;s comme non raisonnables, &#224; la fois dans le sens de &#171; tu demandes trop &#187; mais aussi &#171; je ne comprends pas pourquoi tu aurais besoin de cela &#187;. Dans le but que les lieux de travail et autres espaces publics (incluant les organisations de personnes handicap&#233;es) soient accessibles &#224; une personne ayant une maladie environnementale, il ou elle doit faire la requ&#234;te apparemment impossible que ces environnements soient sans produit nettoyant toxique ; sans mat&#233;riel, mobilier, tapis, et peinture dans les b&#226;timents neufs ; sans d&#233;sodorisant ; sans parfum ; sans nettoyant &#224; sec de v&#234;tements ; sans lotion parfum&#233;e pour la peau, produits pour cheveux, et d&#233;odorants ; et beaucoup d'autres substances chimiques quotidiennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je dois dire, je ressens un peu d'amertume en ce qui concerne ma carri&#232;re &#187;, confesse Anna &#224; Robert en 2007 alors qu'il et elle sont assi-es dans son arri&#232;re-cour, discutant de leur vie personnelle avant de se pr&#233;parer &#224; &#233;crire cette introduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu sais, c'est de la sexualit&#233;, aussi bien que du handicap, &#187; remarqua Robert.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi est-ce de la sexualit&#233; ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Parce que, ce qui te manque c'est une s&#233;rie de connexions &#233;rotiques. Elles ne sont peut-&#234;tre pas des connexions sexuelles, mais il y a de la sexualit&#233; dans le m&#233;lange des esprits et des corps pendant une conf&#233;rence (et je ne parle pas juste des conf&#233;rences sur la sexualit&#233; !), Le frisson de l'&#233;nergie et du savoir g&#233;n&#233;r&#233; ; il y a un investissement libidinal dans tout &#231;a &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Robert, comme avec Anna, les lignes qui s&#233;parent les cat&#233;gories de &#171; handicap &#187; et &#171; sexualit&#233; &#187; sont parfois floues. Au moment de l'&#233;dition de ce livre, il &#233;crivit &#224; Anna au sujet d'un homme qu'il avait r&#233;cemment rencontr&#233; : &#171; je le revois dans 15 jours. Je me l&#232;verai demain et il ne restera plus que 14 jours, et jeudi il n'y aura plus que 13 jours, cela veut dire qu'&#224; partir de jeudi, je n'aurais plus qu'un seul mercredi &#224; dormir sans lui. Et puis vendredi&#8230; bien, tu as une id&#233;e &#187;. Est-ce que cela est simplement un cas normatif de maladie d'amour ? Ou, au regard des autres excentricit&#233;s mentales de Robert, cela ne peut pas &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme un &#171; handicap &#187;, une forme d'obsession sexuelle ou de troubles obsessionnels compulsifs ? Au lieu de choisir un aspect de la division binaire entre normalit&#233; et handicap, nous appuyons plut&#244;t ici sur la valeur de garder ces termes fluides et contestables. Tout au long des politiques identitaires qui ont successivement fa&#231;onn&#233; les communaut&#233;s minoritaires et les strat&#233;gies des droits civiques, une politique post-identitaire du handicap, dans laquelle ce qui est interpr&#233;t&#233; comme handicap&#233; n'a pas besoin d'&#234;tre rattach&#233; &#224; une identit&#233; handicap&#233;e, permet d'asseoir le handicap dans des lieux multiples, souvent inattendus, plut&#244;t que seulement dans les corps et les esprits de quelques individus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Embrasser une politique post-identitaire du handicap veut dire concevoir les maladies environnementales (pour prendre un exemple) comme &#233;tant davantage que la base de l'identit&#233; handicap&#233;e de quelques individus nord-am&#233;ricain-nes. Dans son essai &#171; Anim&#233;it&#233;s toxiques, affections inanim&#233;es &#187; (Toxic Animacies, Inanimate Affections), Mel Chen entreprend ce travail. Chen pars&#232;me sa narration personnelle de ces n&#233;gociations difficiles dans les espaces publics, ces essais pour &#233;viter d'inhaler la fum&#233;e de cigarette et les pots d'&#233;chappement quand elle marche dans la rue ou de &#171; faire un sourire &#187; par-dessus le masque qu'elle doit porter parfois pour faire les courses, avec une analyse des fa&#231;ons dont circule la notion de &#171; toxicit&#233; &#187; dans les contextes globaux. Pour Chen, raconter sa propre histoire est n&#233;cessaire dans le but de contrer les pr&#233;somptions probables des lecteur-rices que les corps qu'elle d&#233;crit jouissent d'un &#233;tat de sant&#233; &#171; mythique &#187;, inalt&#233;r&#233;s par les toxiques et clairs cognitivement. Elle veut montrer de quelles fa&#231;ons, &#233;crit-elle, elle consid&#232;re que &#171; la toxicit&#233; a profond&#233;ment affect&#233; ma propre sant&#233;, ma propre vision queer, et ma propre habilit&#233; &#224; forger des liens &#187;. Encore m&#234;me que son histoire personnelle du handicap autorise en partie les questions au sujet de la toxicit&#233; globale et le &#171; nous &#187; qu'elle interroge (&#171; comment cela se fait-il que le monde soit si toxique&#8230; charg&#233; de tous ces produits chimiques nuisibles&#8230; consid&#233;r&#233;s par tant d'entre nous comme b&#233;nins et sources de plaisir ? Et pourquoi est-ce que nous faisons cela, tout cela, &#224; nous m&#234;me ? &#187;), Chen note aussi imm&#233;diatement que &#171; un tel &#8216;'nous'' est une fausse unit&#233; &#187;. Chen n'est pas, elle insiste, parmi &#171; celles et ceux qui se trouvent dans des pays industriellement &#8216;'sous-d&#233;velopp&#233;s'', comme ces femmes qui vaporisent &#224; la main de la peinture sur des jouets des centaines de fois par jour sans protection ; ces travailleur-ses agricoles avec peu d'acc&#232;s aux soins de sant&#233; r&#233;coltant les fruits dans les vapeurs des pesticides, m&#233;thane, et fertilisants qui sont respirables seulement dans un sens strictement m&#233;canique ; ces gens qui vivent &#224; c&#244;t&#233; des usines vomissantes install&#233;es &#224; distance des m&#233;tropoles n&#233;o coloniales, ou qui b&#233;n&#233;ficient des vents venant de raffineries&#8230; qui vont dans les p&#233;riph&#233;ries abjectes des &#8216;'centres'' urbains gentrifi&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les consid&#233;rations nuanc&#233;es de Chen sur la relation entre son propre handicap et le contexte social large dans lequel ce handicap prend place &#224; plus en commun avec ce que Roderick A. Ferguson d&#233;finit comme un mode &#171; gestuel &#187; de conception de l'identit&#233;. Ferguson argumente qu'une conception gestuelle de l'identit&#233; animait le f&#233;minisme des femmes racis&#233;es dans les ann&#233;es 1970, dans lequel la politique identitaire &#233;tait de se positionner loin du tableau complexe des relations que constituait le social. La politique identitaire telle qu'elle a &#233;volu&#233;e durant les quelques d&#233;cennies suivantes est devenue plus &#171; &#233;mulative &#187;, anim&#233;e, en somme, par une position non ext&#233;rieure au monde social dans lequel les identit&#233;s sont sans cesse form&#233;es et reform&#233;es, plut&#244;t qu'int&#233;rieures, tourn&#233;es vers le soi ou, comme nous le sugg&#233;rions au-dessus, vers les identit&#233;s &#171; repr&#233;sentatives &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument de Ferguson au sujet de la complexit&#233; des politiques identitaires maintenant tr&#232;s diffam&#233;es des ann&#233;es 1970 nous pousse &#224; lier, plut&#244;t que d'opposer, le travail d'universitaires comme Longmore ou Chen. Longmore approche l'identit&#233; handicap&#233;e historiquement ; puisqu'en &#233;crivant et en br&#251;lant son livre, il s'est engag&#233; dans &#171; un examen des valeurs culturelles li&#233;es au &#8216;'handicap'' et &#224; leurs relations aux am&#233;nagements sociaux, aux politiques publiques, et aux pratiques professionnelles &#187;. De tels examens textuels, examens du mouvement du &#171; handicap &#187; &#224; travers l'histoire, ont &#233;t&#233; parmi les premi&#232;res conditions de possibilit&#233;s pour des analyses post-identitaires telles que celles de Chen ou les n&#244;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun des chapitres de &#171; Histoires &#187; engage donc &#224; la fois le fait de faire est celui de d&#233;faire le handicap, la sexualit&#233;, et l'identit&#233;. Le chapitre de Michelle Jarman, &#171; D&#233;membrer les lyncheurs : narrations intersectionnelles du handicap, de la race et de la menace sexuelle &#187; (Dismembering the Lynch Mob : Intersecting Narratives of Disability, Race, and Sexual Menace), investi (comme le fait le travail de Chen) les fa&#231;ons par lesquelles les identifications racialis&#233;es et handicap&#233;es se sont crois&#233;es et se sont chang&#233;es l'une l'autre. En se focalisant sur les &#201;tats-Unis du Sud dans la derni&#232;re partie du 19e et au d&#233;but du 20e si&#232;cle, Jarman nous encourage &#224; comprendre les fa&#231;ons par lesquelles ce qu'elle nomme &#171; les masculinit&#233;s mena&#231;antes &#187; &#233;taient constitutives &#224; la fois des r&#233;cits de lynchages raciaux et des r&#233;cits mettant en lumi&#232;re le traitement eug&#233;nique des hommes &#171; faibles d'esprit &#187;. Bien que ces discours soient g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;s comme sans rapport, Jarman expose les fa&#231;ons par lesquelles ces r&#233;cits qui utilisaient &#171; la justification et la normalisation d'une torture brutale, du meurtre, et de la destruction corporelle qui venaient d&#233;finir le lynchage des noir-es par les blanc-hes &#187; sont historiquement entrelac&#233;s avec la construction eug&#233;nique des hommes handicap&#233;s cognitifs identifi&#233;s comme &#171; des menaces sociales au sens large, mais encore plus mena&#231;ants comme pr&#233;dateurs sexuels &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En soulignant que ni &#171; la sexualit&#233; &#187; ni &#171; le handicap &#187; n'ont de significations statiques et trans-historiques, Rachel O'Connell, dans &#171; Quel spectacle cruel : le corps extraordinaire &#233;rotissis&#233; dans l'histoire de sir Richard Calmady de Lucas Malet &#187; (That Cruel Spectacle' : The Extraordinary Body Eroticized in Lucas Malet's The History of Sir Richard Calmady), analyse un roman victorien d&#233;taillant scrupuleusement les exp&#233;riences sexuelles de ses protagonistes ayant des handicaps visibles. En investissant les divergences entre compr&#233;hension historique et contemporaine de la sexualit&#233; et du handicap, O'Connell interroge sur comment les conceptions nouvelles port&#233;es par les termes de &#171; corps extraordinaires &#187; de Garland-Thomson ont contribu&#233; &#224; faire d&#233;cliner les fortunes du roman. Le roman de Malet, qui fut publi&#233; en 1901, fut un best-seller &#224; son &#233;poque ; il est totalement oubli&#233; aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allant trente ans en avant, Michael Davidson, dans &#171; Des hommes enceints : modernisme, handicap et biofutur &#187; (Pregnant Men : Modernism, Disablity, and Biofuturity), se focalise sur un autre roman, un de ceux qui n'est pas du tout oubli&#233; mais qui n'a pas &#233;t&#233; jusqu'ici lu &#224; travers la lentille des &#233;tudes sur le handicap. Examinant Nightwood, de Djuna Barne, Davidson se focalise sur la figure de &#171; l'homme enceint &#187;, sp&#233;cifiquement sur la figure excentrique du Docteur Matthew O'Connor. Davidson lie Nightwood &#171; non pas comme une anomalie baroque dans le courant des narrations conscientes de Woolf, Stein, ou Faulkner, mais comme sans doute le roman moderne repr&#233;sentatif dans la mesure o&#249; il offre une narration int&#233;rieure d'individus interpell&#233;s par la science biologique et raciale. Les figures du m&#226;le enceint ont un temps &#233;t&#233; lues comme simple relocalisations (ou, dans le cas des auteurs m&#226;les, appropriation) de la gestation. En historicisant les logiques eug&#233;nistes en circulation &#224; l'&#233;poque de la publication de Nightwood, Davidson, relie la grossesse moderne des hommes au handicap en la comprenant comme marquant pour Barnes ce qu'il nomme &#171; une diaspora des possibilit&#233;s sexuelles et genr&#233;es parmi les corps et les esprits ayant des habilit&#233;s et des registres cognitifs vari&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la continuit&#233; du si&#232;cle, les orientations et les identit&#233;s sexuelles, aussi bien que les identit&#233;s li&#233;es &#224; l'incapacit&#233; ou au &#171; handicap &#187;, ont continu&#233; &#224; se crisper, mais souvent de fa&#231;on contradictoire. Dans &#171; Des histoires touchantes : personnalit&#233;, handicap et sexualit&#233; dans les ann&#233;es trente &#187; (Touching histories : Personality, Disability, and Sex in 1930's), David Serlin examine une &#171; &#233;tude de personnalit&#233;s &#187; du d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#171; La personnalit&#233; et la sexualit&#233; des femmes handicap&#233;es physiques &#187; (The Personality and Sexuality of the Physically Handicapped Woman). En situant cette &#233;tude peu connue dans deux histoires qui peuvent &#234;tre comprises comme oppos&#233;es, l'histoire de l'obsession, &#224; la moiti&#233; du si&#232;cle, d'identifier et de cat&#233;goriser les &#171; types &#187; de personnalit&#233;s et l'histoire plus anti identitaire et affective du contact, Serlin fournit une preuve riche que les femmes handicap&#233;es &#233;taient intimement famili&#232;res de dimensions somatiques de d&#233;sir et de plaisir. Les subjectivit&#233;s discern&#233;es dans &#171; La personnalit&#233; et la sexualit&#233; des femmes handicap&#233;es physiques &#187; (The Personality and Sexuality of the Physically Handicapped Woman), &#171; subjectivit&#233;s consum&#233;es au travers d'actes inquantifiables de toucher &#187;, sont, dans l'analyse de Serlin, irr&#233;sistiblement &#171; confondantes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Espaces&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les chapitres de la troisi&#232;me partie de ce livre consid&#232;rent les espaces (g&#233;ographiques et discursifs) dans lesquels le handicap et la sexualit&#233; se mat&#233;rialisent, les fronti&#232;res qui d&#233;marquent ces espaces, et les punitions qui s'en suivent quand ces fronti&#232;res sont transgress&#233;es. Cette partie commence avec &#171; Diriger avec sa t&#234;te : aux fronti&#232;res du handicap, de la sexualit&#233; et de la nation &#187; (Leading with Your Head : On the Borders of Disability, Sexuality, and the Nation), de Nicole Markotic et Robert McRuer, qui investissent les usages des discours nationalistes dans Murderball, un film r&#233;alis&#233; en 2005 au sujet d'une rivalit&#233; en cours entre des &#233;quipes am&#233;ricaines et canadiennes de rugbymans quadrapl&#233;giques. Markotic et McRuer examinent les fa&#231;ons par lesquelles la discussion explicite sur la sexualit&#233; dans Murderball, la sexualit&#233; qui est en quelques sortes lisible comme non normative, perturbe potentiellement (mais seulement potentiellement) l'orientation la plus franche de la narration, qui se dirige vers une incorporation masculiniste (&#224; l'int&#233;rieur de la narration) du sujet-citoyen handicap&#233; appropri&#233;. Markotic et McRuer contrastent la repr&#233;sentation spectaculaire du sujet-citoyen dans l'espace ludique du film (particuli&#232;rement sa capacit&#233; flexible &#224; traverser les fronti&#232;res nationales) pour vivre des exp&#233;riences de vie nomade, queer, de sujets handicap&#233;-es confront&#233;-es au maintien de l'ordre et &#224; la surveillance tout autour des fronti&#232;res nationales, en particulier en relation avec les ressources (incluant les soins de sant&#233;) per&#231;ues comme des propri&#233;t&#233;s nationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; Les d&#233;sillusions de la sexualit&#233; normative &#187; (Normate Sex and Its Discontents), Abby L. Wilkerson consid&#232;re les connexions parmi les identit&#233;s et les mouvements politiques globaux de personnes transgenres, intersexes, et handicap&#233;es. En d&#233;veloppant une notion de ce qu'elle nomme &#171; sexualit&#233; norm&#233;e &#187;, Wilkerson consid&#232;re que la transidentit&#233;, le transsexualisme, et l'intersexualit&#233; partent &#224; la fois d'une sexualit&#233; norm&#233;e et de lieux o&#249; un sens plus critique des interd&#233;pendances de la sexualit&#233; peut &#234;tre forg&#233;. Dans son analyse des fa&#231;ons par lesquelles l'autorit&#233; m&#233;dicale occidentale voyage (souvent de mani&#232;res coercitives), Wilkerson argumente que les &#233;tudes de la m&#233;dicalisation dans des contextes internationaux devraient reconna&#238;tre et favoriser le potentiel des agents dans les &#233;changes culturels. En consid&#233;rant, par exemple, la liminalit&#233; de genre des polyn&#233;siens qui s'identifient comme fa'afafine (&#171; comme femme &#187;), Wilkerson pr&#233;sente les fa&#231;ons par lesquelles nombre de groupes articulent leurs propres exp&#233;riences et forgent des alternatives &#224; la sexualit&#233; norm&#233;e. Elle sugg&#232;re que la notion de fa'afafine puisse permettre de &#171; d&#233;velopper leurs propres alternatives &#224; la fois aux normes m&#233;dicales et politiques occidentales ainsi que leurs propres cat&#233;gories traditionnelles de genre &#187;. En effet, comme le d&#233;montre Wilkerson, un large rang d'activit&#233;s &#171; &#233;rotiques &#187; trans et intersexes interd&#233;pendantes r&#233;sistent aux formes vari&#233;es d'oppressions g&#233;n&#233;r&#233;es par la sexualit&#233; norm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; Je ne suis plus l'homme que j'ai &#233;t&#233; : sexualit&#233;, s&#233;ropositivit&#233; et &#8216;'responsabilit&#233;'' culturelle &#187; (I'm Not the Man I Used to Be : Sex, HIV, and Cultural 'Responsability'), le regrett&#233; Chris Bell consid&#232;re les effets de deux cas judiciaires d'Atlanta qui lui ont permis de se comprendre comme un sujet sexuel &#233;tant s&#233;ropositif. Dans le premier cas, en septembre 2003, Gary Cox, le d&#233;put&#233; assistant la maire Shirley Franklin fut reconnu coupable d'avoir sollicit&#233; des actes sexuels tarif&#233;s &#224; un mineur (Cox soutenu son innocence m&#234;me quand il fut envoy&#233; en prison). Cox &#233;tait s&#233;ropositif, mais son statut de s&#233;ropositif ne jouera pas un r&#244;le majeur dans l'arbitrage ou la repr&#233;sentation de son affaire. Dans le second cas judiciaire discut&#233; par Bell, Gary Wayne Carriker, un &#233;tudiant en m&#233;decine d'Emory, fut reconnu coupable en mars 2005 pour crime involontaire en ayant eu des relations sexuelles avec un autre homme sans lui avoir d&#233;voil&#233; son statut s&#233;ropositif. Bell analyse les raisons pour lesquelles le statut de s&#233;ropositif fut central dans l'affaire Carriker mais insignifiant dans celle de Cox. Il conduit ainsi cette consid&#233;ration d'espaces &#224; risques sexuels et de surveillance &#224; Atlanta jusqu'&#224; une r&#233;flexion sur son propre statut d'homme afro-am&#233;ricain s&#233;ropositif n&#233;gociant des espaces similaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;crivant dans un livre universitaire au sujet des intersections entre sexualit&#233; et handicap dans sa propre vie, Bell a pris des risques consid&#233;rables. Car bien que des termes comme &#171; libidinal &#187;, &#171; &#233;rotiques &#187;, &#171; sexualit&#233; &#187;, &#171; sexuel &#187;, et &#171; d&#233;sir &#187; circulent largement dans des discours acad&#233;miques, ces termes ne se r&#233;f&#232;rent pas habituellement de fa&#231;on directe &#224; la propre exp&#233;rience de quelques auteur-es acad&#233;miques particulier-&#232;res. En effet, une discussion personnelle ou explicite sur la sexualit&#233;, ou, dans une certaine mesure, sur le handicap, marque sans doute une &#233;criture qui place ces sujets en dehors de la sph&#232;re acad&#233;mique. Les &#233;crits graphiques et les performances de Bob Flanagan sur le sadomasochisme et la mucoviscidose, par exemple, on fait de lui une figure populaire pour les universitaires travaillant sur le handicap qui analysent mais &#233;cartent l'interpr&#233;tation de son travail comme &#233;tant lui-m&#234;me un exemple des travaux universitaires ou des th&#233;ories sur le handicap. Et tandis que plusieurs universitaires important-es travaillant sur le handicap ont &#233;crit (souvent sous forme de m&#233;moires ou autres formats non reconnus comme universitaires ou acad&#233;miques) au sujet des effets du handicap sur leur mariage ou leur vie de famille, la plupart de ces &#233;crits personnels font souvent peu mention de la sexualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel espace pourrait, ou devrait, avoir les &#233;crits personnels parlant de sexualit&#233; dans les &#233;tudes sur le handicap ? Comme nous l'avons rumin&#233; ensemble au sujet de cette introduction, la question est venue nous pr&#233;occuper : qu'est-ce que cela voudrait dire d'ouvrir, dans cet espace, des informations personnelles au sujet de la sexualit&#233; et du handicap ? Plus t&#244;t dans notre discussion l'un avec l'autre, nous avons commenc&#233; &#224; &#233;changer des e-mails au sujet de nos propres exp&#233;riences du handicap et de la sexualit&#233;, en esp&#233;rant qu'elles nous en donnent un aper&#231;u et que nous pourrions les incorporer. Nous avons rapidement g&#233;n&#233;r&#233; un gros volume de mat&#233;riel qui &#233;tait, du moins pour nous, provocateur et hautement stimulant. Mais nous avons imm&#233;diatement compris que beaucoup de ces &#233;crits seraient inappropri&#233;s &#224; inclure ici, ou dans tout autre livre ou essai universitaire. &#171; Inappropri&#233; &#187; est pr&#233;cis&#233;ment le terme que nous voulons utiliser : la notion d'appartenance &#224; la sph&#232;re professionnelle eu beaucoup d'importance dans notre d&#233;cision d'exclure de cette introduction la plupart de nos &#233;crits personnels sur la sexualit&#233;, &#233;crits que nous avons &#233;valu&#233;s en partie &#224; cause de leur inconvenance, ce qui fut frustrant. Nous avons senti que cette inconvenance avait le potentiel de perturber la conception lib&#233;rale du handicap vu comme &#233;tant propre et respectable ; le sujet handicap&#233; devant &#234;tre &#233;ligible au mariage et &#224; la parentalit&#233;, et donc, on peut le pr&#233;sumer, &#224; la sexualit&#233;, mais une sexualit&#233; discr&#232;te, priv&#233;e, appropri&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous avons consid&#233;r&#233; le statut du personnel dans les analyses universitaires de la sexualit&#233; et du handicap, nous avons divis&#233; ces r&#233;v&#233;lations potentielles en trois cat&#233;gories heuristiques ou espaces : l'appropri&#233;, le permis, et le punissable. Le mat&#233;riel personnel que nous avons inclus, &#224; la fin, dans cette introduction correspond (nous l'esp&#233;rons) &#224; la rubrique du permis. Qu'est-ce qui s&#233;pare le permis du punissable ? Nous sommes, c'est s&#251;r, dans une culture de la confession ; dans beaucoup d'espaces et de genres (des m&#233;moires, un bout de performance, un journal, une rencontre th&#233;rapeutique), les r&#233;v&#233;lations personnelles au sujet de la sexualit&#233; sont loin d'&#234;tre punissables, elles semblent m&#234;me presque obligatoires. Pourquoi donc les m&#234;mes r&#233;v&#233;lations seraient clairement &#171; punissables &#187; dans un contexte acad&#233;mique ? Comme nous l'avons dit, une partie de la r&#233;ponse se trouve dans les notions bourgeoises de propri&#233;t&#233; qui se diffusent dans tous les espaces professionnels, incluant l'universit&#233;. Une valeur bourgeoise connexe, ou un imp&#233;ratif, celui du travail, &#171; commercialisant le corps comme un instrument de travail &#187; plut&#244;t que &#171; un instrument de plaisir, &#187; est aussi significatif. C'est pourquoi, tandis qu'une histoire au sujet de notre propre vie sexuelle aurait tout &#224; fait sa place dans un essai personnel, il serait difficile d'identifier quelques fonctions ou buts d'un acte similaire de publication pour un &#233;crit universitaire. &#171; Ce que tu fais dans ta vie personnelle est ton affaire &#187;, pourrait dire le/la lecteur-rice d'un essai acad&#233;mique. &#171; Pourquoi est-ce que tu nous dis cela ici ? &#187; En effet, comme nous l'avons argument&#233; dans le reste de cette introduction, la ligne entre quelles r&#233;v&#233;lations au sujet de la sexualit&#233; et du handicap sont permises et lesquelles sont punissables a beaucoup &#224; voir avec leur utilisation : &#224; quelles fonctions elles doivent servir, pour quels usages elles peuvent &#234;tre utilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chacun des trois chapitres de &#171; Vies &#187; performe ou analyse l'&#233;criture autobiographique autour de la sexualit&#233; et du handicap. Nous commen&#231;ons notre discussion sur le handicap, la sexualit&#233;, et l'&#233;criture autobiographique avec deux histoires tir&#233;es de nos propres vies. La premi&#232;re de celle de Robert, la seconde de celle d'Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais faire du jogging tous les autres jours, une activit&#233; de valide par quintessence, certain-es pourraient dire. Si certain-es voulaient &#171; mettre en images &#187; la validit&#233;, c'est l'instantan&#233; d'un-e coureur-se qu'ils/elles utiliseraient mieux que tout autre chose. Mais en g&#233;n&#233;ral ma course se construit aussi avec des r&#232;gles &#233;labor&#233;es concernant la fa&#231;on dont je tourne ou change de cap, de quand je regarde ma montre, comment les paysages prennent forme lorsque je fais des tours, etc. Cependant, j'ai fait une rencontre &#224; caract&#232;re sexuel avec un homme qui me regardait faire du jogging. C'&#233;tait il y a quelques &#233;t&#233;s, dans le parc Malcolm X (aussi connu comme le parc Meridian Hill, le nom que nous utilisons pour tenter d'&#234;tre connect&#233;-es &#224; la politique !). Son nom &#233;tait Mario, ou Marco, ou quelque chose comme &#231;a. Et il me regardait courir. Et il &#233;tait tr&#232;s mignon. Et tandis que je faisais un tour, il commen&#231;a une sorte de gestuelle, &#171; viens, allez &#187;. Et je n'&#233;tais pas du tout oppos&#233; &#224; cette id&#233;e. Mais je ne pouvais pas m'arr&#234;ter et lui parler tant que je n'avais pas rituellement fini ma course de la fa&#231;on que cela a rituellement besoin de se passer. Il &#233;tait parti le temps que je finisse, mais tandis que je marchais pour rentrer chez moi, il remonta &#224; c&#244;t&#233; de moi. J'&#233;tais rentr&#233;, nous &#233;tions chez moi, et nous avons eu un super rapport sexuel occasionnel. Incidemment, c'est le m&#234;me parc ou la nuit derni&#232;re j'ai re&#231;u des coups de la part d'un groupe de jeunes gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fois que j'ai &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; des r&#233;actions au fait de me garer sur une place r&#233;serv&#233;e aux personnes handicap&#233;es &#233;tait juste apr&#232;s avoir d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; Berkeley, dans un parking d'Andronico (un magasin d'alimentation voisin). Cette femme avait ses macarons tr&#244;nant fi&#232;rement sur sa voiture : handicap&#233;e, juive, queer. Et elle &#233;tait en train de me hurler dessus. &#171; Personne &#187;, disait-elle en me regardant de haut en bas, &#171; personne qui a aussi bonne mine que vous ne peux &#234;tre handicap&#233;e ! &#187; J'avais 29 ans, je portais une robe bain de soleil et des sandales &#224; talons hauts. &#171; Vous avez besoin de vous &#233;duquer au sujet du handicap invisible ! &#187; Lui dis-je. &#171; Vous avez besoin de vous &#233;duquer vous-m&#234;me ! &#187; M'assena-t-elle en retour. Je partis en marchant, tremblant et ayant mal &#224; l'estomac. J'avais vraiment besoin de cette place de parking ; je souffrais m&#234;me trop pour marcher dans tout le magasin d'alimentation. Mais ce que je d&#233;teste le plus quand je me souviens de ce moment c'&#233;tait cette petite part de moi en quelque sorte li&#233;e &#224; cette id&#233;e : d'une certaine fa&#231;on, j'aimais l'id&#233;e d'&#234;tre per&#231;ue comme &#233;tant en trop bonne sant&#233; pour &#234;tre handicap&#233;e, j'ai m&#234;me travaill&#233; pour que l'on me regarde de cette fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme observateur-rices de ces sc&#232;nes, on pourrait penser qu'il ne s'agit que de sexualit&#233; dans l'une ; dans l'autre que de handicap. Mais la rencontre sexuelle de Robert initi&#233;e dans le parc est aussi clairement en lien avec le handicap, comme sa narration le rend explicite. Dans l'histoire d'Anna, la sexualit&#233; et le handicap sont aussi en jeu. La confrontation pour savoir si elle avait le droit de se garer sur une place r&#233;serv&#233;e aux personnes handicap&#233;es, et par extension, de s'appeler elle-m&#234;me &#171; handicap&#233;e &#187;, se joue en r&#233;f&#233;rence &#224; la sexualit&#233;. Si Anna &#171; semblait avoir trop bonne mine &#187; pour &#234;tre handicap&#233;e, et si elle &#233;tait en effet dans la culture d'une telle apparence, c'&#233;tait comme si sa propre pr&#233;sentation avait &#233;t&#233; comprise comme voulant dire, &#171; je suis trop sexy pour &#234;tre handicap&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Samuels pointe le fait que bien que &#171; l'option de passer pour non handicap&#233;-e &#187; produit souvent un &#171; sentiment profond de non reconnaissance &#187;, il offre aussi &#171; un certain niveau de privil&#232;ges &#187;. Le privil&#232;ge de ne pas &#171; avoir l'air handicap&#233;-e &#187; est expos&#233; et analys&#233; dans le texte de Riva Lehrer, &#171; Les filles golem ont de la chance &#187; (Golem Girl Gets Lucky), qui est le premier chapitre de &#171; Vies &#187;. Lehrer &#233;crit : &#171; toutes les femmes savent que le trottoir est un podium. M&#234;me avant le premier petit signe de pubert&#233; nous sommes jug&#233;es sur la qualit&#233; de notre apparence. Et mon entr&#233;e dans cette reconstitution historique se fait plut&#244;t avec un corps en forme de Z qu'un corps courb&#233; en S &#187;. Lehrer observe de fa&#231;on perspicace que l'exclusion visible des femmes handicap&#233;es de ce &#171; podium &#187; surgit de la peur &#171; que nos formes non &#233;quilibr&#233;es fassent allusion &#224; nos d&#233;sirs officieux. Que les deux aspects se r&#233;pondent &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La menace que les corps handicap&#233;s puissent &#233;prouver et susciter des d&#233;sirs officieux est mobilis&#233;e &#224; l'avantage du narrateur de Fingered. L'histoire de Lezlie Frye commence avec une interpellation, d&#233;livr&#233;e avec &#171; un style rus&#233;, encouragent et audacieux, venant de l'arrogance d'un gamin vieux de huit ans, dans l'all&#233;e de poubelles en vrac du magasin de PC de l'avenue Franklin &#187;. &#171; Ta main est si bizarre, tu es bizarre ! &#187; Le narrateur de Frye affronte ce gar&#231;on de huit ans, tandis que sa m&#232;re se tient nerveusement dans le fond. R&#233;pondant en quelque sorte &#224; son agressivit&#233;, Frye appelle courageusement &#224; combattre la non reconnaissance de l'&#233;rotisme qui anime les exp&#233;riences quotidiennes de beaucoup de personnes handicap&#233;es qui sont mises hors-jeu, faites pour r&#233;pondre aux d&#233;sirs envahissants des autres : &#171; je les laisserai imaginer tous les lieux o&#249; ma main a &#233;t&#233;, entre ses &#233;checs &#224; convenir &#224; la bonne forme, dans les crevasses ou elle seule peut aller&#8230; je laisse ma main s'accrocher, tendue et lourde avant que la regard ne la fixe, droite, pli&#233;e, impr&#233;visible &#187;. La main de Frye est queer : &#171; n&#233;e pour &#234;tre dans les chattes &#187;, se souvient-elle tandis qu'elle fait face &#224; l'enfant et sa m&#232;re. En faisant entrer les potentialit&#233;s de cette main dans la conscience du gar&#231;on, Frye refuse de se soumettre aux imp&#233;ratifs de ce que Lee Edelman appelle &#171; l'imaginaire disciplinaire de &#8216;'l'innocence'' des enfants &#187;. En effet, le combat verbal de la main avec ce gar&#231;on est &#233;vocateur de l'affirmation d'Edelman comme quoi &#171; le queer met au jour celles et ceux qui ne &#171; consid&#232;rent pas les enfants &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pens&#233;e queer et le handicap s'unissent &#224; nouveau dans &#171; La sexualit&#233; de &#8216;'Spock'' : autisme, sexualit&#233; et narration autobiographique &#187; (Sex as 'Spock' ; Autism, Sexuality, and Autobiographical Narrative). Dans sa lecture des &#233;crits autobiographiques de personnes ayant un trouble de spectre autistique, ou ASD, Rachael Groner trouve beaucoup de parall&#232;les et de convergences avec la th&#233;orie queer. Par exemple, les auteur-es d'autobiographies ayant un trouble de spectre autistique soulignent souvent les aspects instables et fragmentaires de la subjectivit&#233;. &#171; J'ai mis du temps (jusqu'&#224; l'&#226;ge de 10 ans) a r&#233;alis&#233; que les enfants normaux se r&#233;f&#233;raient eux-m&#234;mes au &#8216;'je'' &#187;, &#233;crit Donna Williams, une des autobiographes dont Groner analyse le travail. Les auteur-es autobiographes ayant un trouble de spectre autistique mettent aussi en lumi&#232;re la performativit&#233; de beaucoup de conventions genr&#233;es et h&#233;t&#233;rosexuelles (par exemple, ils/elles &#233;tudient et essayent soigneusement de ma&#238;triser les &#171; r&#232;gles &#187; aux apparences bizarres qui gouvernent les rendez-vous amoureux et la sexualit&#233; au sein des gens &#171; neurotypiques &#187;). Les points communs entre les autobiographies de personnes ayant un trouble de spectre autistique et la th&#233;orie queer peuvent se trouver dans les histoires interconnect&#233;es de surveillance et de discipline de l'homosexualit&#233; et de l'autisme. Par exemple, la m&#233;thode ABA, une pratique contemporaine autoris&#233;e qui utilise des &#171; traitements &#187; tels que des claques, des pincements, des chocs &#233;lectriques pour contraindre les enfants ayant des troubles de spectre autistique &#224; se comporter de fa&#231;on &#171; normale &#187;, fut aussi employ&#233;e dans le projet Gar&#231;on F&#233;minin de l'UCLA dans les ann&#233;es 1970, et le travail de ses partisan-nes continu &#224; influencer le mouvement des &#171; ex-gays &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un article du Washington Post de 2007 nous rappelle qu'&#224; de multiples endroits aux &#201;tats-Unis, les adultes sont aussi contraint-es de se comporter de fa&#231;ons &#171; normales &#187;, cela veut dire ni queer ni handicap&#233;-es. Au sujet de lieux &#171; similaires &#187; &#224; celui des toilettes publiques dans lesquels l'ancien s&#233;nateur Larry Craig fut arr&#234;t&#233; pour avoir pr&#233;tendument sollicit&#233; du sexe en public, l'histoire du Post mentionne le m&#234;me parc de Washington D.C. ou Robert avait rencontr&#233; Mario (ou Marco) et o&#249; il fut assailli &#171; incidemment &#187; l'hiver suivant. Les &#171; expert-es &#187; cit&#233;-es dans l'article d&#233;crivent &#171; le sexe anonyme dans des lieux publics &#187; comme un &#171; comportement compulsif &#187; (une forme de trouble obsessionnel compulsif peut-&#234;tre ?). L'article rapporte que, lorsqu'on lui demandait quel &#233;tait le travail de la police dans et autour du parc Malcolm X, &#171; le porte-parole de la police am&#233;ricaine des parcs, Robert Lachance, ne voulait pas discuter de ces questions ici &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les histoires de nos vies que nous racontons dans cette introduction, comme chacune des parties de &#171; Vies &#187;, abordent des dangers, &#224; la fois physiques et psychiques. Malgr&#233; encore les risques qu'elles d&#233;crivent et peuvent performer, les narrations de la rencontre de Robert dans le parc et celle de la confrontation d'Anna dans le parking semblaient n&#233;anmoins assez douces pour &#234;tre incluses ici. Nous nous sommes senti-es assez confiant-es pour dire que, des trois cat&#233;gories heuristiques que nous avons &#233;bauch&#233;es ci-dessus : &#171; l'appropri&#233; &#187;, le &#171; permis &#187;, et le &#171; punissable &#187;, le &#171; permis &#187; serait la cat&#233;gorie dans laquelle la plupart des lecteur-rices placeraient nos r&#233;cits illustratifs. La raison pour laquelle nous avons pens&#233; que nos histoires ne seraient probablement pas consid&#233;r&#233;es &#171; punissables &#187; a plus &#224; voir avec un genre particulier de travail que ces histoires pourraient &#234;tre appel&#233;es &#224; performer. Si nous devions diffuser n'importe laquelle de ces histoires, sans commentaires, aux participant-es d'un s&#233;minaire ou d'une conf&#233;rence d'&#233;tudes sur le handicap, nous pr&#233;voirions trois cat&#233;gories larges de r&#233;ponses : l'une consoliderait l'identit&#233; &#224; travers un processus d'exclusion (certaines personnes sont handicap&#233;es ; d'autres ne le sont pas, m&#234;me si elles peuvent avoir des diminutions) ; une autre rechercherait &#224; &#233;tendre les cat&#233;gories identitaires dans l'int&#233;r&#234;t de l'inclusion (nous avons besoin de parler des fa&#231;ons dont l'oppression du handicap l&#233;gitime les exp&#233;riences des personnes qui ont un handicap invisible et celles qui ont des diminutions cognitives et psychiques) ; et une troisi&#232;me d&#233;sirerait s'&#233;loigner de l'identit&#233; comme principe fondateur ou organisationnel pour analyser le handicap (nous devrons centrer nos analyses du handicap moins sur les identit&#233;s individuelles que sur les contextes sociaux, &#233;conomiques, et discursifs dans lesquels ces identit&#233;s et ces exp&#233;riences se mat&#233;rialisent).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce spectre largement sch&#233;matis&#233; de modes de compr&#233;hension du handicap en relation &#224; l'identit&#233; a plus &#224; voir avec les conceptions &#171; minorisantes &#187; et &#171; universalisantes &#187; de l'homosexualit&#233; qu'&#200;ve Kosofsky Sedgwick analyse dans &#201;pist&#233;mologie du placard (Epistemology of the Closet). Selon Sedgwick, un point de vue minorisant montre que les questions en jeu sont d'une &#171; importance active principalement pour une petite, distincte, relativement fixe&#8230; minorit&#233; &#187;, tandis qu'un point de vue universalisant appuie sur les enjeux &#171; d'une importance continue, d&#233;termin&#233;e dans la vie des gens tout au long du spectre &#187;. Tandis que Sedgwick note qu'elle est plus proche des analyses universalisantes sur le d&#233;sir homosexuel que de celles minorisantes, elle expose son but qui n'est pas de juger entre ces deux fa&#231;ons de penser l'homosexualit&#233; durant le si&#232;cle pass&#233;, mais plut&#244;t de mettre en lumi&#232;re les fa&#231;ons dont la navette entre les deux mod&#232;les aboutit invariablement &#224; ce qu'elle appelle &#171; l'impasse minorisante/universalisante &#187;. Sedgwick note que les discours aussi bien homophobes que anti homophobes ont l'habitude, et parfois simultan&#233;ment, de faire usage des revendications minorisantes et universalisantes. Plut&#244;t que de privil&#233;gier l'un de ces mod&#232;les d'analyse sur l'autre, pour Sedgwick &#171; le projet le plus prometteur semblerait &#234;tre une &#233;tude en elle-m&#234;me de la fa&#231;on incoh&#233;rente dont ils sont dispens&#233;s, des incongruit&#233;s qui nous ceinturent sous lesquelles, dans un laps de temps d&#233;concertant,&#8230; se sont d&#233;roul&#233;s les pans les plus g&#233;n&#233;rateurs et les plus meurtriers de notre culture &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une incoh&#233;rence similaire peut &#234;tre lue dans les discours contemporains sur le handicap et nous argumentons qu'une &#233;tude de &#171; la distribution incoh&#233;rente en elle-m&#234;me &#187; est un projet tout aussi prometteur pour les &#233;tudes sur le handicap. Le validisme prend souvent la forme de d&#233;clarations minorisantes : les personnes handicap&#233;es sont fondamentalement diff&#233;rentes des gens &#171; normaux-les &#187; et doivent donc &#234;tre s&#233;par&#233;es du reste de la soci&#233;t&#233; dans des &#233;coles et des institutions sp&#233;ciales. Mais il &#233;voque aussi fr&#233;quemment les mod&#232;les universalisants du handicap : tout le monde est un peu handicap&#233;-e, vraiment ; nous faisons tou-tes face &#224; des d&#233;fis physiques et mentaux, mais ils peuvent et doivent &#234;tre d&#233;pass&#233;s en travaillant dur. Des contradictions similaires sont lisibles dans le discours anti validiste. Les revendications minorisantes sont fondamentales dans les &#233;tudes sur le handicap qui, comme not&#233; plus haut, ont souvent d&#233;fini les personnes handicap&#233;es comme des membres d'un &#171; groupe minoritaire &#187;. Les revendications universalisantes sont aussi encore abondantes dans le champ, telle que la phrase souvent cit&#233;e &#171; nous serons tou-tes handicap&#233;-es si nous vivons assez longtemps &#187;. En suivant Sedgwick nous pouvons dire que bien que nous ayons aussi plus de sympathie pour les analyses universalisantes du handicap, nous sommes moins int&#233;ress&#233;-es par un alignement monolithique de nous-m&#234;mes avec n'importe laquelle des trois positions sur l'identit&#233; handicap&#233;e que nous avons sch&#233;matis&#233;es ci-dessus en consid&#233;rant les fa&#231;ons par lesquelles les deux histoires que nous avons incluses ici, parlant de &#171; sexualit&#233; &#187; et de &#171; handicap &#187; dans nos propres vies, se pr&#234;tent &#224; &#234;tre cit&#233;es en support &#224; n'importe lesquelles de ces positions aux apparences contradictoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup des apports venant de l'histoire d'Anna d&#233;pendent de la notion d'une identit&#233; handicap&#233;e minoris&#233;e : son insistance sur le fait qu'elle soit &#171; r&#233;ellement &#187; handicap&#233;e et ses r&#233;actions en voyant cette revendication rejet&#233;e. Et m&#234;me si l'histoire de Robert sape la vision du handicap comme concernant une minorit&#233; &#171; distincte, relativement fixe &#187;, la l&#233;gitimit&#233; de son discours pourrait toujours d&#233;pendre d'une identit&#233; sexuelle minoris&#233;e, si cela est connect&#233; au plaisir d'&#234;tre reconnu en publique comme un homme homosexuel sexuellement disponible (et m&#234;me, si, dans les deux parties, les &#171; identit&#233;s &#187; sexuelles n'&#233;taient pas n&#233;cessairement connues, un fait qui a probablement intensifi&#233; en lui-m&#234;me les fantasmes en circulation, la rencontre prenant toujours place dans un quartier identifi&#233; comme &#171; gay &#187; de Washington). Ainsi, bien que nous mettions en lumi&#232;re la porosit&#233; et l'instabilit&#233; des identit&#233;s homosexuelles et handicap&#233;es, nous sommes incapables de les d&#233;placer compl&#232;tement ; en effet, m&#234;me si nous avons &#233;chang&#233; ces histoires &#171; priv&#233;es &#187; l'un avec l'autre, nos narrations ne pourraient pas proc&#233;der sans r&#233;f&#233;rence &#224; ces identit&#233;s. Et nous nous trouvons donc &#224; une &#171; impasse minorisante/universalisante &#187; : alors que nous savons l'importance, m&#234;me la n&#233;cessit&#233;, du travail de revendication (ou de l'abstention de revendication) des identit&#233;s, et d'analyser le privil&#232;ge et l'oppression que de telles revendications et abstentions entra&#238;nent, nous trouvons aussi ce travail contraignant et insuffisant. Insuffisant en partie parce que la port&#233;e des analyses centr&#233;es sur l'identit&#233; est si limit&#233;e ; elles nous parlent principalement d'individu-es, ou d'un groupe d'individu-es repr&#233;sentatifs (personnes homosexuelles, personnes ayant un handicap invisible). Dans le reste de cette section, nous essayons de lire des &#233;crits autobiographiques parlant de sexualit&#233; et de handicap dans des mani&#232;res qui exc&#232;dent ces identifications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; des deux histoires de Robert et Anna, le handicap et la sexualit&#233; se menacent de dissolution l'un l'autre. Dans la premi&#232;re histoire, le handicap rend la sexualit&#233; moins &#233;vidente (&#171; viens, allez &#187;, la gestuelle du gars dans le parc, mais Robert finit rituellement sa course) et menace m&#234;me de la raccourcir (il est parti le temps que Robert compl&#232;te ses tours). Au contraire, la sexualit&#233; dans cette histoire menace le handicap, en le rendant illisible. Pour un t&#233;moin de l'&#233;change dans le parc, le handicap serait presque impossible &#224; voir, en partie parce que l'image sexuellement attractive d'un jogger sert si facilement &#224; mettre en images la validit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres mots, une polarisation, dans l'imagination culturelle, entre la sexualit&#233; et le handicap veut dire que chacun de ces termes invalide potentiellement la reconnaissance de l'autre. S'il y a du handicap, selon une logique validiste, il ne peut donc avoir de sexualit&#233; (d'o&#249;, la &#171; trag&#233;die &#187; d'une &#171; jolie femme en fauteuil &#187;) ; et au contraire, s'il y a de la sexualit&#233; (une rencontre occasionnelle initi&#233;e dans un parc), on peut donc pr&#233;sumer qu'il n'y a pas de handicap. Cette construction dichotomique de la sexualit&#233; et du handicap &#224; l'&#339;uvre dans l'histoire de la confrontation d'Anna au parking, dans laquelle les marques conventionnelles d'une apparence sexy (robe bain de soleil, hauts talons) s'&#233;cartent d'une reconnaissance du handicap (&#171; quelqu'un qui a une aussi bonne mine que vous ne pas &#234;tre handicap&#233;e ! &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le handicap est la sexualit&#233; menacent donc souvent de se d&#233;faire l'un l'autre. Nous pouvons donc aussi lire ces deux histoires comme montrant, paradoxalement, que la sexualit&#233; et le handicap peuvent se permettre d'exister l'un l'autre. Pour illustrer cela, revenons &#224; l'article du Washington Post qui mentionne le parc Malcolm X et cite des &#171; expert-es &#187; qui d&#233;crivent &#171; toute personne ayant des rapports sexuels dans des lieux publics, comme ayant &#8216;'un comportement compulsif'' &#187;. En lisant l'histoire de Robert &#224; travers la lentille de ce diagnostic &#171; d'expert-es &#187;, nous pouvons dire que le handicap (&#171; la compulsion &#187;) est pr&#233;cis&#233;ment ce qui fait que la sexualit&#233; se produit. Sans un handicap (compulsion, obsession, addiction), il n'y aurait pas de sexualit&#233; (au moins dans le parc Malcolm X, selon les expert-es). Dans l'histoire d'Anna, le handicap peut aussi &#234;tre comme marquant la possibilit&#233; d'une sexualit&#233;. Cela se voit parce que le handicap (le besoin d'utiliser les places de parking pour handicap&#233;-es) permet un &#233;change qui, bien que cela n'apparaisse pas &#224; Anna sur le moment, &#233;tait en quelque sorte &#233;rotique. Apr&#232;s tout, une exp&#233;rience qui, pour beaucoup de personnes ayant un handicap invisible, est parmi les plus douloureuses, celle de ne pas &#234;tre crues, d'&#234;tre consid&#233;r&#233;es comme n'&#233;tant pas &#171; vraiment &#187; handicap&#233;es, &#224; converger dans cet incident au parking avec une exp&#233;rience qui, pour beaucoup de personnes (handicap&#233;es ou non) est parmi les plus plaisantes : &#234;tre regard&#233;es de haut en bas et trouver que l'on a &#171; bonne mine &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous trouvons &#224; la fois du plaisir et une promesse en lisant &#171; la sexualit&#233; &#187; et &#171; le handicap &#187; de ces fa&#231;ons expansives. L'avantage d'une compr&#233;hension fluide du handicap est que, en permettant de l'asseoir dans une multiplicit&#233; de lieux inattendus, et parfois plaisants, il subvertit la conception populaire du handicap comme individuel et tragique. Le fait de penser &#171; la sexualit&#233; &#187; comme davantage qu'un ensemble d'actes g&#233;nitaux, et &#171; l'identit&#233; sexuelle &#187; comme davantage qu'un ensemble d'identit&#233;s pr&#233;d&#233;finies, apporte un b&#233;n&#233;fice qui a le potentiel de contester les pr&#233;jug&#233;s culturels selon lesquels les personnes handicap&#233;es ne sont pas sexualis&#233;es. Si nous comprenons la sexualit&#233; comme &#233;tant plus que la p&#233;n&#233;tration qui a lieu dans la chambre &#224; coucher, nous pouvons donc percevoir la sexualit&#233; et le handicap comme allant ensemble dans beaucoup de lieux o&#249; nous les avons manqu&#233;s en pensant autrement : dans un &#233;change haineux sur un parking, une caresse &#224; l'arri&#232;re de la nuque, une discussion en ligne m&#233;diatis&#233;e par un logiciel de reconnaissance vocale.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pr&#233;cis&#233;ment ce travail que beaucoup de textes de Sexe et handicap (Sex and Disability) performent. Les auteur-es de ces textes montrent que la sexualit&#233; est &#224; l'&#339;uvre dans une vari&#233;t&#233; d'objets et de pratiques culturel-les non regard&#233;-es habituellement comme &#233;rotiques : dans l'utilisation d'une &#171; machine &#224; pression &#187; pour calmer l'anxi&#233;t&#233; associ&#233;e &#224; l'autisme, ou dans le jeu avec une couverture qui couvre et d&#233;couvre les jambes d'un personnage visiblement handicap&#233; dans un roman du XIXe si&#232;cle, dans le fait de mettre ou d'enlever des appareils auditifs, dans la pr&#233;sentation d'une main identifi&#233;e comme &#171; &#233;trange &#187;, dans le bonheur orgasmique qui peut &#234;tre ressenti en glissant sur une rampe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;sirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les hommes et les femmes, les femmes et les hommes. Cela ne marchera jamais &#187;. Erica Jong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la loi sur la S&#233;curit&#233; sociale, &#171; le handicap &#187; veut dire &#171; l'incapacit&#233; &#224; s'engager dans quelconque activit&#233; enrichissante de fa&#231;on substantielle en raison de quelques diminutions physiques ou mentales m&#233;dicalement d&#233;terminables et pour lesquelles on peut s'attendre &#224; une issue fatale, ou qui soit durables, ou pour lesquelles on peut s'attendre &#224; ce qu'elles durent plus qu'une p&#233;riode continue de douze mois &#187;. Le r&#233;seau de la S&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [L'ADA) apporte quelque chose d'important pour l'&#233;conomie des &#201;tats-Unis, et rappelle cela : vous &#234;tes appel&#233;-s &#224; &#234;tre des nouvelles ressources des travailleur-ses. Bien, beaucoup de nos camarades citoyen-nes handicap&#233;-es sont sans emploi, ils/elles veulent travailler et peuvent travailler. Et ils/elles sont une &#233;norme r&#233;serve de gens &#187;. Paroles du pr&#233;sident George H. W. Bush lorsqu'il signa la loi en faveur des personnes handicap&#233;es &#233;tats-unienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme est un travailleur. S'il ne peut pas travailler il n'est rien &#187;. Joseph Conrad t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [L'ADA) apporte quelque chose d'important pour l'&#233;conomie des &#201;tats-Unis, et rappelle cela : vous &#234;tes appel&#233;-s &#224; &#234;tre des nouvelles ressources des travailleur-ses. Bien, beaucoup de nos camarades citoyen-nes handicap&#233;-es sont sans emploi, ils/elles veulent travailler et peuvent travailler. Et ils/elles sont une &#233;norme r&#233;serve de gens &#187;. Paroles du pr&#233;sident George H. W. Bush lorsqu'il signa la loi en faveur des personnes handicap&#233;es &#233;tats-unienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme est un travailleur. S'il ne peut pas travailler il n'est rien &#187;. Joseph Conrad&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la partie finale de cette introduction, nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; la relation entre sexualit&#233; et handicap en rapport avec le travail : le travail dans son sens litt&#233;ral d'emploi et de main-d'&#339;uvre mais aussi dans certaines de ses significations les plus figuratives d'efficacit&#233;, de productivit&#233;, et de valeur d'usage. Nous argumentons que penser la sexualit&#233; et le handicap en termes de ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas selon la notion de travail, et de qui fonctionne ou ne fonctionne pas selon la notion de travail, ouvre des boulevards pour continuer le dialogue entre la th&#233;orie queer et les &#233;tudes sur le handicap. Nous esp&#233;rons qu'un tel dialogue rendra &#233;vident la potentialit&#233; queer de beaucoup de militantismes handicap&#233;s, aussi bien que le d&#233;sir d'&#233;valuer les fa&#231;ons d'&#234;tres handicap&#233;-es comme ill&#233;gitimes (peut-&#234;tre impossibles) ; des fa&#231;ons qui, en somme, ne fonctionnent pas, ne peuvent pas fonctionner, ou ne fonctionneront pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions de la l&#233;gitimit&#233; et de l'ill&#233;gitimit&#233; sont maintenant partout dans la th&#233;orie queer. En effet, nous pouvons m&#234;me aller jusqu'&#224; diagnostiquer le champ comme obs&#233;d&#233; par ce qui ne fonctionne pas avec le travail. Plus sp&#233;cifiquement, beaucoup des auteur-es les plus influent-es de la th&#233;orie queer peuvent &#234;tre pr&#233;sent&#233;-es comme analysant, ou m&#234;me comme argumentant de mani&#232;re impossible, qu'une sexualit&#233; qui reste dans l'ill&#233;gitime ne peut pas se r&#233;aliser : cela permet de d&#233;fendre le capitalisme, le mariage, son h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et son homonormativit&#233;, o&#249; la production d'identit&#233;s sociales de gays et lesbiennes valides. Un passage du texte de Butler, D&#233;faire le genre, vaut la peine d'&#234;tre cit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un couple stable pourrait se marier, m&#234;me s'il &#233;tait d&#233;fini comme ill&#233;gitime, seulement s'il pouvait &#234;tre &#233;ligible &#224; une future l&#233;gitimit&#233;. Tandis que pour les agents sexuels qui fonctionnent en dehors d'une port&#233;e des liens du mariage et de sa reconnaissance, si leur forme est ill&#233;gitime, alternative, elle constitue alors des possibilit&#233;s sexuelles qui ne seront jamais &#233;ligibles pour une transition vers la l&#233;gitimit&#233;&#8230; C'est une ill&#233;gitimit&#233; dont la condition temporelle est close &#224; toute transformation future possible. Ce n'est pas seulement non encore l&#233;gitime, mais c'est ce que nous pouvons d&#233;finir comme la part de l&#233;gitimit&#233; irr&#233;vocable et irr&#233;versible : elle ne le sera jamais, elle ne l'a jamais &#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si certains secteurs du capitalisme n&#233;olib&#233;ral acceptent, ou au moins &#171; tol&#232;rent &#187;, ce que Butler peut appeler des identit&#233;s &#171; reconnues, m&#234;me si l'alternative qu'elles repr&#233;sentent est ill&#233;gitime &#187; telles que les identit&#233;s &#171; gays &#187;, &#171; lesbiennes &#187;, et m&#234;me &#171; bisexuelles &#187; ou &#171; transgenres &#187;, les th&#233;oricien-nes queer ont argument&#233; pour d'autres fa&#231;ons d'&#234;tres qui refusent o&#249; nient cette tol&#233;rance ou l'acceptent, cela ressemblant au d&#233;sir de ce que Butler appelle &#171; la part de l&#233;gitimit&#233; irr&#233;vocable et irr&#233;versible : elle ne le sera jamais, elle ne l'a jamais &#233;t&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suspicions sur la notion de travail comme nous pensons que nous la connaissons et sur celle de sexualit&#233; comme nous pensons qu'elle fonctionne, les critiques mat&#233;rialistes de la th&#233;orie queer regardent de fa&#231;on critique la ru&#233;e du mouvement gay et lesbien vers le march&#233;, le mariage, et le militaire. En critiquant ce qu'elle nomme &#171; une logique de classe moyenne de temporalit&#233; reproductive &#187;, Judith Halberstam observe que &#171; les gens qui vivent des moments explosifs rapides (les toxicomanes, par exemple) sont caract&#233;ris&#233;s comme immatures et m&#234;me dangereux &#187;. Halberstam sugg&#232;re que &#171; les f&#234;tard-es, les habitu&#233;-es des clubs, les personnes s&#233;ropositives qui ne se prot&#232;gent pas, les escort-boy, les travailleur-ses du sexe, les sans-abri, les dealer-uses de drogue, et les ch&#244;meur-ses&#8230; pourraient &#234;tre appel&#233;-es, de fa&#231;on productive, &#8216;'des sujets queer'' &#187;. Pour nous, l'invocation d'Halberstam des toxicomanes et des s&#233;ropositif-ves comme potentiellement constitutive de la subjectivit&#233; &#171; queer &#187; illustre un ensemble d'approches et d'&#233;vitements qui caract&#233;risent beaucoup les relations de la th&#233;orie queer aux analyses sur le handicap. La toxicomanie est le statut s&#233;ropositif sont, selon beaucoup de paradigmes, cat&#233;gorisables comme des &#171; handicaps &#187;. Leurs apparitions encore fr&#233;quentes dans la th&#233;orie queer, aux c&#244;t&#233;s d'autres conditions pathologis&#233;es telles que &#171; la schizophr&#233;nie &#187;, &#171; la psychose &#187;, ou &#171; l'alcoolisme &#187;, qui sont vues comme fermant les possibilit&#233;s de l&#233;gitimit&#233; sociale, sont rarement accompagn&#233;es d'analyses profondes de la part des &#233;tudes sur le handicap. Pour poser cela l&#233;g&#232;rement diff&#233;remment, nous devons nous demander : qu'est-ce qui est gagn&#233;, ou perdu, lorsque l'on fait r&#233;f&#233;rence aux &#171; personnes s&#233;ropositives qui ne se prot&#232;gent pas &#187; et aux &#171; toxicomanes &#187; comme des &#171; sujets queer &#187; plut&#244;t que de dire qu'ils/elles sont des &#171; sujets handicap&#233;-es &#187;, ou des sujets &#171; crip &#187; ou &#171; queercrip &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;f&#233;rences fr&#233;quentes de la th&#233;orie queer au handicap augmentent, depuis que les actes et les d&#233;sirs que la th&#233;orie queer invoque pour d&#233;crire les existences en dehors de la vis&#233;e de la l&#233;gitimation sont souvent associ&#233;s &#224; des termes et des paradigmes m&#233;dicaux. Dans les cultures contemporaines occidentales une personne n'est pas simplement &#171; perverse &#187; ; une personne qui peut &#234;tre diagnostiqu&#233;e comme ayant des compulsions sexuelles, un trouble de l'identit&#233; de genre, &#233;tant masochiste, &#233;tant sadique, ayant des troubles obsessionnels compulsifs, des perversions sexuelles, ou des addictions, est, en langage courant, quelqu'un-e qui n'est pas en bonne sant&#233;, instable, excit&#233;-e, malade. &#201;tant donn&#233; cela, comme Halberstam le pose, nous &#171; pathologisons &#187; les vies et les d&#233;sirs queer, et cela est surprenant que les auteur-es universitaires queer qui travaillent sur la l&#233;gitimit&#233; ne se soient presque jamais engag&#233;-es dans le champ des &#233;tudes sur le handicap.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre que ce foss&#233; dans la th&#233;orie queer est en partie reli&#233; &#224; une lacune dans les &#233;tudes sur le handicap : un-e th&#233;oricien-ne queer se tournant vers les &#233;tudes sur le handicap dans le but de soutenir, complexifier, ou &#233;tendre sa discussion sur la pathologisation de la pens&#233;e queer peut &#234;tre d&#233;&#231;u-e de d&#233;couvrir que les figures ill&#233;gitimes (les drogu&#233;-es, fous/folles, compulsif-ves, malades) sur lesquelles parlent les discours acad&#233;miques queer populaires apparaissent peu fr&#233;quemment dans les &#233;tudes sur le handicap, et sont peu port&#233;es comme mod&#232;les de fiert&#233; d'une identit&#233; handicap&#233;e. Suzan Schweik, en argumentant que &#171; une histoire du handicap de la rue qui ignore les traces d'abus de substances est une histoire appauvrie &#187;, remarque que &#171; celles et ceux qui se battent contre leur alcoolisme ont du mal &#224; se revendiquer comme des h&#233;ros de la culture handicap&#233;es, m&#234;me &#224; la fa&#231;on romantique du hors-la-loi &#187;. Au contraire, nous pouvons noter que dans quelques lignes de la th&#233;orie queer c'est sp&#233;cialement par &#171; une fa&#231;on romantique du hors-la-loi &#187; que le handicap est marqu&#233; comme queer. Dans ces contextes, l'addiction ou la maladie mentale peuvent &#234;tre lues comme queer, donc pourquoi pas les diminutions &#171; paradigmatiques &#187; du handicap que les universitaires telle Anita Silvers invoque : &#171; la parapl&#233;gie, la non voyance, la surdit&#233; &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations entre la pens&#233;e queer, le handicap, et l'ill&#233;gitimit&#233; est ce sur quoi se focalise Anna Mollow dans &#171; La sexualit&#233; est-elle un handicap ? La th&#233;orie queer et la vision du handicap &#187; (Is Sex Disability ? Queer Theory and the Disability Drive), qui est le premier chapitre de &#171; D&#233;sirs &#187;. Mollow pose le principe que les arguments influents des th&#233;oriciens queer L&#233;o Bersani et Lee Edelman au sujet des aspects antisociaux et d&#233;sint&#233;gratifs de l'identit&#233; port&#233;s dans la sexualit&#233; ont des implications importantes pour les th&#233;ories contemporaines du handicap. En mettant en lumi&#232;re les r&#233;f&#233;rences fr&#233;quentes handicap dans les discussions de Bersani et Edelman autour de la sexualit&#233; et des conduites meurtri&#232;res, Mollow introduit le terme de &#171; conduite &#187;, lequel d&#233;crit une similarit&#233; structurelle qu'elle identifie entre le concept de &#171; sexualit&#233;, &#187; comme il &#233;tait &#233;labor&#233; dans la th&#233;orie psycho analytique, et celui de &#171; handicap &#187;, tel qu'il est repr&#233;sent&#233; dans l'imaginaire culturel. En r&#233;pondant &#224; Bersani et Edelman qui flirtent avec la conduite meurtri&#232;re dans la pens&#233;e queer, Mollow propose une &#233;treinte similaire avec la &#171; conduite handicap&#233;e &#187;. Une telle &#233;treinte aurait probablement des effets d&#233;l&#233;gitimisants pour la th&#233;orie du handicap ; elle r&#233;duirait les demandes d'identit&#233;s handicap&#233;es positives et fi&#232;res, insistant plut&#244;t sur les fa&#231;ons par lesquelles le handicap et la sexualit&#233;, comme concepts imbriqu&#233;s, entra&#238;nent une rupture du soi ou des mises hors service de la cat&#233;gorie &#171; d'humain &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le second chapitre de cette partie, &#171; Un exc&#232;s de sexe : l'addiction sexuelle comme handicap &#187; (An Excess of Sex : Sex Addiction as Disability), Lennard Davis analyse l'&#233;mergence de la cat&#233;gorie diagnostique d'addiction sexuelle &#224; la fois dans les discours populaires et m&#233;dicaux. En faisant cela, Davis montre que la critique faite par th&#233;orie queer du mariage imp&#233;ratif est un sujet tout aussi important pour les &#233;tudes sur le handicap. Davis met en lumi&#232;re les fa&#231;ons par lesquelles les principes du mariage de la culture h&#233;t&#233;ronormative (ou d'autres formes de monogamie stable) sont les lieux privil&#233;gi&#233;s de la &#171; sant&#233; &#187; des fonctions sexuelles pour pathologiser, pour rendre incapable, la sexualit&#233; qui surgit, comme Butler peut le dire, &#171; en dehors de la vis&#233;e des liens du mariage et de sa reconnaissance, si la forme est ill&#233;gitime, alternative &#187;. Les constructions &#224; la fois du queer et du handicap sont ainsi &#224; l'&#339;uvre dans la cr&#233;ation de l'addiction sexuelle comme &#171; maladie &#187;, m&#234;me si celles et ceux qui sont d&#233;fini-es, et se d&#233;finissent eux/elles-m&#234;mes, comme drogu&#233;-es du sexe ne se r&#233;clament pas le plus souvent comme d'une identit&#233; handicap&#233;e ou homosexuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers une analyse du ph&#233;nom&#232;ne de &#171; f&#233;tichisme pour les personnes amput&#233;es &#187;, le texte d'Alison Kafer, &#171; D&#233;sir et d&#233;gout : mon aventure ambivalente dans le f&#233;tichisme &#187; (Desire and Disgust : My Ambivalent Adventures in Devoteeism), lie aussi ensemble la th&#233;orie queer et les &#233;tudes sur le handicap. Les f&#233;tichistes pour les personnes amput&#233;es (qui s'appellent des d&#233;vots) sont des gens qui ont une pr&#233;f&#233;rence sexuelle forte pour les personnes amput&#233;es. Les d&#233;vots se d&#233;finissent eux-m&#234;mes comme membres d'une minorit&#233; sexuelle dont les d&#233;sirs &#233;taient pathologis&#233;s. Kafer &#233;crit sur le conflit qu'elle ressent entre sa sympathie pour un groupe dont les d&#233;sirs ont &#233;t&#233; jet&#233;s dans la cat&#233;gorie ill&#233;gitime et son inconfort simultan&#233; vis &#224; vis de beaucoup de fa&#231;ons par lesquelles ce groupe (comprenant majoritairement des hommes h&#233;t&#233;rosexuels, et m&#234;me, h&#233;t&#233;rosexistes) attend qu'on l&#233;gitime ses d&#233;sirs. &#171; Les discours des d&#233;vots &#187; autorisent souvent l'exploitation et le harc&#232;lement des femmes handicap&#233;es, et bien que la participation aux communaut&#233;s de f&#233;tichistes des personnes amput&#233;es peut &#234;tre affirm&#233;e et &#234;tre une r&#233;compense financi&#232;re pour certaines femmes, que cela puisse sembler contrer la d&#233;sexualisation culturelle profonde des corps des femmes handicap&#233;es, les discours de d&#233;vots ont n&#233;anmoins l'effet de renforcer finalement cette d&#233;sexualisation. C'est pour cela que les &#233;crits des d&#233;vots au sujet des personnes amput&#233;es se construisent et d&#233;pendent de ce que Kafer appelle une &#171; binarit&#233; d&#233;sir/d&#233;gout &#187;, selon que la pr&#233;sence de l'amputation rende la femme soit d&#233;sirable (pour les d&#233;vots) soit d&#233;go&#251;tante (pour n'importe qui d'autre).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chapitre final de Sexe et handicap (Sex and Disability), &#171; Ceux (et celles) qui aiment les appareils auditifs, les pr&#233;tendant-es, et ceux (et celles) qui veulent devenir sourd-es : la f&#233;tichisation de la surdit&#233; &#187; (Hearing Aid Lovers, Pretenders, and Deaf Wannabes : The Fetishizing of Hearing), par Kristen Harmon, pousse le concept de f&#233;tichisme pour le handicap encore plus loin. Au-del&#224; d'une consid&#233;ration pour les gens qui ont des d&#233;sirs sexuels pour les corps handicap&#233;s, Harmon &#233;tudie les discours d'une communaut&#233; o&#249; les membres trouvent un attrait &#233;rotique dans la possibilit&#233; de devenir eux/elles-m&#234;mes handicap&#233;-es. Le groupe en ligne ayant sp&#233;cifiquement cet int&#233;r&#234;t dont Harmon analyse les messages n'inclut pas seulement des f&#233;tichistes de la surdit&#233; (qui sont sexuellement attir&#233;-es par des personnes sourdes ou malentendantes) mais aussi des &#171; pr&#233;tendant-es &#187; &#224; la surdit&#233; et des &#171; pr&#233;tendu-es connaisseur-ses &#187; qui tirent leur excitation, souvent marqu&#233;e comme &#233;rotiques, de l'id&#233;e ou de l'exp&#233;rience de la surdit&#233;. Certain-es membres du groupe se d&#233;finissent et s'int&#232;grent eux/elles-m&#234;mes dans la communaut&#233; sourde qui signe. Le livre fini donc, paradoxalement, avec un groupe contemplant, en s'engageant dans, le processus de revendication d'identit&#233;s handicap&#233;es mais faisant cela de fa&#231;ons ill&#233;gitimes ; des fa&#231;ons qui, en somme, devraient n&#233;cessairement &#234;tre souvent lues comme (nous devrons le r&#233;p&#233;ter nous-m&#234;mes de fa&#231;on aussi compulsive) malsaines, instables, excit&#233;es, malades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant que le quatri&#232;me chapitre de &#171; D&#233;sirs &#187; souligne l'ill&#233;gitimit&#233; (ou, nous devrions dire, le queer) du couple sexualit&#233; et handicap, nous les lisons, pris ensemble, comme livrant une critique implicite de l'&#233;lision fr&#233;quente par la th&#233;orie queer du queer contenu dans le handicap. Il semble que dans la plus grande partie de la th&#233;orie queer, les vies sexuelles et les repr&#233;sentations &#233;rotiques (ou leur absence) de personnes amput&#233;es, sourdes ou des Sourd-es, paralys&#233;es, non pas des connexions particuli&#232;res au queer. Au contraire, nous pouvons aussi lire ces quatre parties ensemble comme contenant un d&#233;fi pour certains &#233;crits des universitaires et militant-es handicap&#233;-es qui nous semblent ignorer la port&#233;e sexuelle de leurs propres projets. Selon Tom Shakespeare : &#171; la sexualit&#233;, pour les personnes handicap&#233;es, a &#233;t&#233; un espace de d&#233;tresse, d'exclusion, et de doutes sur soi-m&#234;me pendant si longtemps que c'est parfois plus facile de ne pas la consid&#233;rer&#8230; En finir avec la pauvret&#233; et l'exclusion sociale vient en haut de la liste des besoins dans nos revendications &#224; pouvoir baiser &#187;. Les commentaires de Shakespeare &#233;taient une partie du discours d'ouverture qu'il pronon&#231;a en 2000 &#224; la conf&#233;rence de l'universit&#233; de l'&#201;tat de San Francisco, &#171; Handicap, sexualit&#233; et culture &#187; (Disability, Sexuality, and Culture). Dans son discours, Shakespeare r&#233;fl&#233;chit sur &#171; le profil bas &#187; que fait la sexualit&#233; &#171; dans le mouvement britannique des personnes handicap&#233;es, et dans le d&#233;veloppement du champ des &#233;tudes sur le handicap &#187;, ce qui l'a frapp&#233;, ainsi que Kath Gillespie-Sells et Dominic Davis, quand ils/elles &#233;crivent Les politiques sexuelles du handicap (The Sexual Politics of Disability) dans le milieu des ann&#233;es 1990 (Sexualit&#233; handicap&#233;e, (Disabled Sexuality)).&lt;br class='autobr' /&gt;
De fa&#231;on int&#233;ressante, dans le propre travail de Shakespeare, l'importance de la sexualit&#233; semble &#234;tre sur le d&#233;clin. Dans Le vrai et le faux du handicap (Disability Rights and Wrongs), qui fut publi&#233; en 2006, dix ans apr&#232;s Les politiques sexuelles du handicap (The Sexual Politics of Disability), Shakespeare r&#233;&#233;value son livre pr&#233;c&#233;dent : &#171; en faisant de la sexualit&#233; notre pr&#233;occupation premi&#232;re, nous avons &#233;chou&#233; &#224; comprendre que l'intimit&#233; est peut-&#234;tre une priorit&#233; plus grande pour les personnes handicap&#233;es &#187; ; en effet, &#171; la sexualit&#233; peut &#234;tre, comparativement &#224; d'autres sujets, sans importance pour une large tranche de la population &#187;. Cette partie de l'argument de Shakespeare semble avoir &#233;t&#233; en partie adapt&#233;e de son discours d'ouverture en 2000, ou il statuait de m&#234;me que &#171; peut-&#234;tre parce que nous n'avons pas eu acc&#232;s &#224; la sexualit&#233;, nous avons pris le risque d'exag&#233;rer &#187; son importance (Sexualit&#233; handicap&#233;e, (Disabled Sexuality )).&lt;br class='autobr' /&gt;
Shakespeare se d&#233;crit lui-m&#234;me comme &#171; plus qu'un peu queer, &#187; et son discours fut par la suite publi&#233; dans Bent, un journal en ligne pour les hommes homosexuels handicap&#233;s. Il utilise aussi une des fa&#231;ons que la soci&#233;t&#233; a de discipliner la pens&#233;e queer quand il dit : &#171; nous connaissons la fascination pour la culture homosexuelle masculine, qui est particuli&#232;rement une fascination pour une sexualit&#233; faite de disponibilit&#233;s&#8230; les m&#233;dias modernes, les contes de f&#233;es modernes, racontent la possibilit&#233; d'aventures sexuelles dans tous les lieux publics &#187; (Sexualit&#233; handicap&#233;e, (Disabled Sexuality)).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous continuons de croire en certains contes &#171; de f&#233;es &#187;, et nous argumentons que Shakespeare manque beaucoup de choses dans son renvoi facile des contre-cultures homosexuelles masculines. Nous notons deux points cl&#233;s au sujet de ce renvoi, chacun d'eux a des ramifications importantes avec les contre-cultures handicap&#233;es (lesquelles, bien s&#251;r, se chevauchent d&#233;j&#224;, et devraient se chevaucher plus, avec les contre-cultures homosexuelles masculines). Premi&#232;rement, m&#234;me si les m&#233;dias modernes restent fascin&#233;s par les cultures homosexuelles masculines, les forces &#233;conomiques et culturelles n&#233;olib&#233;rales de ces deux derni&#232;res d&#233;cennies ont travaill&#233; &#224; contenir, &#224; diluer, et &#224; privatiser ces cultures. Cette &#171; fascination &#187; doit donc &#234;tre comprise comme une fascination d'une sorte tr&#232;s particuli&#232;re ; le capital n&#233;olib&#233;ral est fascin&#233; en g&#233;n&#233;ral par les fa&#231;ons dont les sous-groupes peuvent &#234;tre rendus plus profitables et moins dangereux ou perturbateurs. En effet, comme Samuel R. Delany et beaucoup d'autres observateur-rices ont not&#233;, les contre-cultures sexuelles homosexuelles masculines qui se sont forg&#233;es &#224; travers la derni&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle demandaient l'augmentation de l'acc&#232;s &#224; l'espace public. En cons&#233;quence, comme cet acc&#232;s a &#233;t&#233; brusquement circonscrit par le &#171; d&#233;veloppement &#187; et la privatisation, moins de corps (incluant les potentiels de mises hors la loi du crip que nous avons &#233;voqu&#233;s ci-dessus) ont &#233;t&#233; capables de se d&#233;couvrir en public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, la prise de distance de Shakespeare de ces contre-cultures sexuelles le place de fa&#231;on inconfortable proche d'une prise de distance similaire, et largement remarqu&#233;e, dans le mouvement gay et lesbien, une prise de distance qui a g&#233;n&#233;r&#233; un privil&#232;ge emphatique des identit&#233;s assainies : le &#171; couple stable &#187; et les autres formes que Butler imagine comme pouvant &#234;tre l&#233;gitim&#233;es. Ce second point a aussi des implications avec les &#233;tudes sur le handicap ; il doit nous inciter &#224; penser prudemment comment une impulsion vers la l&#233;gitimit&#233; peut fonctionner pour les th&#233;oricien-nes et les militant-es du handicap. Comme le mouvement principal des gays et des lesbiennes, et en contraste avec l'impulsion de la th&#233;orie queer vers l'ill&#233;gitimit&#233;, beaucoup de textes importants &#233;tudiants le handicap semblent en ce moment &#234;tre engag&#233;s dans un travail d'&#233;tablissement de la l&#233;gitimit&#233;, ou de la l&#233;gitimit&#233; potentielle, des sujets handicap&#233;-es, en particulier, parfois, comme membres de la force de travail o&#249; comme consommateur-rices des march&#233;s. Garland-Thomson, par exemple, cite d'un air approbateur (mais de fa&#231;on contradictoire) une publicit&#233; qui &#171; commercialise un produit pour un public handicap&#233; haut de gamme dont les membres, apr&#232;s v&#233;rification, apparaissent comme des cibles int&#233;ressantes d&#233;tentrices d'une certaine autorit&#233; &#187; pour exemplifier &#171; la rh&#233;torique d'&#233;galit&#233; &#187; (Voir, (Seeing)). De fa&#231;on similaire, Paul Longmore, connu pour ses critiques sur le capitalisme, en particulier les T&#233;l&#233;thons comme exemples de ce qu'il appelle &#171; la contribution visible &#187; (Le visible, (Conspicuous)), mais il insiste aussi, dans la conclusion de Pourquoi j'ai brul&#233; mon livre (Why I Burned My Book) : &#171; comme tou-tes les am&#233;ricain-es, nous avons du talent, et nos contributions au fonctionnement de nos communaut&#233;s et de notre pays peuvent &#234;tre utilis&#233;es, bien qu'il y ait du travail &#224; faire. Nous voulons avoir la chance de travailler, et de nous marier sans mettre en danger nos vies. Nous voulons avoir acc&#232;s aux opportunit&#233;s. Nous voulons avoir acc&#232;s au travail. Nous voulons avoir acc&#232;s au R&#234;ve Am&#233;ricain &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pointant ces passages qui sont de temps en temps en d&#233;saccords avec d'autres parties du propre travail de l'&#233;crivain cit&#233;, nous ne voulons pas sugg&#233;rer que l'ensemble des &#233;tudes sur le handicap ne s'int&#233;ressent pas aux analyses de classes ou ne critiquent pas le capitalisme. Au contraire, beaucoup d'auteur-es de ce champ (incluant Longmore et Garland-Thomson) ont impos&#233; des critiques aiguis&#233;es du capitalisme, aussi bien que des analyses plus subtiles de l'exploitation salariale du lib&#233;ralisme et du n&#233;olib&#233;ralisme. N&#233;anmoins, les &#233;tudes sur le handicap soulignent souvent leur projet de cr&#233;er des endroits s&#233;curisants pour les personnes handicap&#233;es dans ce que D&#233;borah A. Stone appelle le &#171; syst&#232;me bas&#233; sur le travail &#187;, plut&#244;t que de d&#233;fier les structures du syst&#232;me en lui-m&#234;me. &#192; ce compte, l'histoire de la lib&#233;ration des personnes handicap&#233;es est racont&#233;e, ou est mise en avant, comme une transition vers ce que Garland-Thomson appelle &#171; un mod&#232;le adaptatif d'interpr&#233;tations du handicap, comme oppos&#233; au mod&#232;le plus ancien de la compensation &#187; (Des corps extraordinaires (Extraordinary bodies)). Bien qu'il soit facile de lire un mouvement loin de la notion sociale d'assistance et tourn&#233; vers l'acc&#232;s des lieux de travail comme une forme de progr&#232;s, la construction de cette narration particuli&#232;re risque de rendre moins l&#233;gitime les besoins des personnes handicap&#233;es qui ne peuvent pas travailler, ind&#233;pendamment du fait que les am&#233;nagements soient faits, comme pour les personnes, par exemple, ayant des douleurs ou des maladies exacerb&#233;es par l'effort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les &#201;tats-Unis d'aujourd'hui, beaucoup de personnes dont les handicaps les emp&#234;chent de travailler d&#233;pendent soit de l'assurance suppl&#233;mentaire de s&#233;curit&#233; (SSI) ou de l'assurance handicap&#233;e de la s&#233;curit&#233; sociale (SSDI). Les allocataires de la SSDI vivent souvent proches du seuil de pauvret&#233; ; leur revenu est en principe inf&#233;rieur &#224; la moiti&#233; de ce qu'ils/elles gagnaient quand ils/elles travaillaient. Celles et ceux dont les histoires d'employabilit&#233; ne les qualifient pas pour la SSDI re&#231;oivent la SSI, un programme qui, en 2010, verse &#224; un-e allocataire californien-ne 845 $ par mois ; au Mississippi, le montant est juste au-dessus de 600 $. Longmore observe que &#171; une justice sociale non stigmatisante et ad&#233;quate &#187; est parmi les demandes de beaucoup de militant-es handicap&#233;-es &#224; travers le XXe si&#232;cle. Beaucoup d'universitaires contemporain-es travaillant sur le handicap, tandis qu'ils/elles discutent fr&#233;quemment des environnements de travail inaccessibles et d'autres barri&#232;res &#224; l'emploi, ne placent pas encore comme grande priorit&#233; des arguments qui demandent l'augmentation du montant des allocations handicap&#233;es ou leur acc&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
En soulignant l'employabilit&#233; des personnes handicap&#233;es et leur normativit&#233; sexuelle de fa&#231;on rh&#233;torique cela conf&#232;re au handicap le statut de ce que Butler appelle le &#171; pas encore l&#233;gitim&#233; &#187;, comme oppos&#233; &#224; ce qui &#171; ne le sera jamais, ne l'a jamais &#233;t&#233; &#187;. Et bien que les &#233;tudes sur le handicap ne peuvent en aucun cas &#234;tre dites monolithiques dans l'approbation de ce projet de l&#233;gitimation, il n'y a &#224; pr&#233;sent aucune analogie, dans le champ de ce qui peut &#234;tre appel&#233; le &#171; d&#233;bat sur la l&#233;gitimit&#233; &#187;, entre la th&#233;orie queer et le mouvement principal des gays et lesbiennes. Ce d&#233;bat s'est centr&#233; un moment sur le mariage : d&#233;fendant le fait que &#171; un couple stable se marierait si seulement il le pouvait &#187; versus celles et ceux qui disent &#171; au diable le mariage ! &#187; et ce que Halberstam appelle &#171; la temporalit&#233; reproductive &#187; (Le temps queer, (Queer Time)). Dans les &#233;tudes sur le handicap, si un d&#233;bat comparable venait &#224; &#233;merger, il pourrait se centrer sur la question du travail, qui est bien s&#251;r reli&#233;e au mariage, dans l'imagination culturelle (le sexe, les participant-es aux talk-shows et les psychologues nous le disent, peut-&#234;tre pour rigoler, mais le mariage est un travail difficile) ou dans les structures &#233;conomiques du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, qui utilise le mariage comme une fa&#231;on de privatiser les ressources associ&#233;es au travail. En r&#233;ponse &#224; l'image de la personne handicap&#233;e employable qui travaillerait seulement si des am&#233;nagements raisonnables &#233;taient garantis, d'autres peuvent protester, &#171; au diable l'employabilit&#233; : je suis trop malade pour travailler ; et comment suis-je suppos&#233;-e vivre avec 845 $ par mois ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chapitres de Sexe et handicap (Sex and Disability), bien qu'ils ne posent pas directement la question suivante, peuvent, dans la mesure o&#249; ils pr&#233;sentent beaucoup de fa&#231;ons dont la sexualit&#233;, quand elle converge avec le handicap, fonctionne et ne fonctionne pas, &#234;tre d&#233;crit comme des &#233;tudes rendant le handicap queer. Des hommes enceints, des masturbateurs compulsifs, des demandeurs de sexe en public contre de l'argent liquide, des androgynes, des gar&#231;ons qui aiment les cunnilingus, et des filles qui aiment &#234;tre au-dessus sont parmi les figures les plus &#233;videmment d&#233;l&#233;gitimisantes qui apparaissent dans ce livre. Dans des fa&#231;ons peut-&#234;tre moins lisibles mais tout aussi importantes, les chapitres qui analysent les conjonctions entre sexualit&#233; et handicap comme lieux de violence (tels que les lynchages faits par les blanc-hes sur les noir-es ou la st&#233;rilisation forc&#233;e) ou d'exclusion (la peur et le d&#233;go&#251;t envers les hommes ayant une paralysie c&#233;r&#233;brale, les femmes amput&#233;es, ou les femmes dont les corps sont davantage &#171; form&#233;s en Z que courb&#233;s en S &#187;) sont, dans leur r&#233;sistance &#224; cette violence et cette exclusion, engag&#233;s dans des fa&#231;ons d'imaginer le handicap qui exc&#232;dent ou violentent les normes de propri&#233;t&#233; et respectabilit&#233;. Ces fa&#231;ons sont, en somme, queer.&lt;br class='autobr' /&gt;
En faisant attention aux fusions de la sexualit&#233; avec le handicap, ce livre s'engage dans un travail, et un jeu, pour imaginer comment de tels liens peuvent r&#233;organiser les compr&#233;hensions culturelles de la sexualit&#233; et du handicap. Les chapitres de ce livre montrent que le handicap a la potentialit&#233; de transformer la sexualit&#233;, cr&#233;ant des confusions au sujet de ce qui est et de qui est sexy et sexualisable, ce qui compte comme de la sexualit&#233;, quel d&#233;sir &#171; est &#187;. Au contraire, nous esp&#233;rons que la sexualit&#233; peut transformer et rendre confus le handicap, tel qu'il est compris dans la culture dominante, les &#233;tudes sur le handicap, et le mouvement pour les droits des personnes handicap&#233;es. Nous n'esp&#233;rons pas seulement que vous trouviez du plaisir &#224; la lecture des pages suivantes sur &#171; l'Acc&#232;s &#187; sexuel, les &#171; Histoires &#187;, les &#171; Espaces &#187;, les &#171; Vies &#187;, et les &#171; D&#233;sirs &#187;, mais aussi que vous lisiez, et nous l'esp&#233;rons, re-lisiez, ces chapitres, qu'ils vous laissent toujours le sentiment d'en vouloir plus : de nouvelles positions, d'explorations plus profondes, davantage de demandes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La douleur impens&#233;e - le livre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Lisez le livre de Joelle Palmieri sur la fibromyalgie qui, &#224; travers le r&#233;cit de son parcours de soin, dresse un &#233;tat des lieux de sa prise en charge et ausculte les pistes de changement des politiques publiques de sant&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/La-douleur-impensee-la-serie-podcast-et-le-livre" rel="directory"&gt;La douleur impens&#233;e - podcast et livre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://algonautes.org/parcours-de-soin" rel="tag"&gt;parcours de soin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://algonautes.org/fibromyalgie" rel="tag"&gt;fibromyalgie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://algonautes.org/local/cache-vignettes/L94xH150/une_-fa653.jpg?1770917170' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cette autopathographie, j'ausculte les diff&#233;rentes phases de mon appropriation de cette &#171; maladie de la douleur &#187; : de la cr&#233;ation de son langage &#224; sa gestion, de sa qualification &#224; la valorisation des savoirs acquis par la maladie aupr&#232;s de th&#233;rapeutes de diff&#233;rentes disciplines. Puis j'analyse des donn&#233;es m&#233;dicales et sociologiques, questionne les politiques de la sant&#233; publique, leur hi&#233;rarchisation des pathologies et des soins associ&#233;s, leur agnotologie (production culturelle de l'ignorance) de genre, la toxicit&#233; financi&#232;re pesant sur les malades et je fais valoir les savoirs des patientes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire le livre de Joelle Palmieri sur la fibromyalgie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;embed_pdf&#034;&gt; &lt;embed type=&#034;application/pdf&#034; src=&#034;IMG/pdf/livre_palmieri_alacoupe.pdf&#034; width=&#034;100%&#034; height=&#034;600&#034;&gt;&lt;/embed&gt; &lt;a href='https://algonautes.org/IMG/pdf/livre_palmieri_alacoupe.pdf' rel=&#034;bookmark&#034; type=&#034;application/pdf&#034; title=&#034;T&#233;l&#233;charger PDF - 17.8&#160;Mio&#034; &gt; T&#233;l&#233;charger le livre &#034;La douleur impens&#233;e&#034;&lt;span class=&#034;type&#034;&gt;&lt;span class=&#034;sep&#034;&gt; - &lt;/span&gt;PDF&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;poids&#034;&gt;&lt;span class=&#034;sep&#034;&gt; - &lt;/span&gt;17.8&#160;Mio&lt;/span&gt; &lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autopathographie libre et introspective, &#171; La douleur impens&#233;e &#187; se veut un texte saisissant sur le combat que je m&#232;ne contre la &#171; maladie de la douleur &#187;. Riche d'une exp&#233;rience de journaliste, de politologue et de militante f&#233;ministe confront&#233;e &#224; une pathologie qui bouleverse ma vie au quotidien, je m&#234;le r&#233;cit, contexte sanitaire dans lequel il se produit et manifeste pour une gu&#233;rison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un panorama des d&#233;ficiences physiologiques (douleurs diffuses sur tout le corps, fatigue, perte de mobilit&#233;), cognitives (troubles de la m&#233;moire, du comportement et de la concentration), accompagn&#233;es d'une avalanche d'&#233;motions difficilement contr&#244;lables (peur, col&#232;re, tristesse), je transporte les lecteur&#183;trices vers les multiples pistes de traitement emprunt&#233;es et une analyse f&#233;ministe de la fibromyalgie qui touche tr&#232;s majoritairement des femmes. Les politiques de sant&#233; publique, leur hi&#233;rarchisation des pathologies et des soins associ&#233;s, leur agnotologie de genre, la toxicit&#233; financi&#232;re produite questionn&#233;es, je fais valoir les savoirs des patientes et ouvre la porte vers des pistes de transformation radicale de la prise en charge et de la gestion de la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre s'adresse tant &#224; celleux qui vivent la fibromyalgie, sont touch&#233;&#183;es, la pensent, qu'aux professionnel&#183;les qui la soignent et &#224; toutes les personnes qui ne savent pas de quoi il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chiffres me concernant : trente-cinq ans de parcours m&#233;dical, trente praticien&#183;nes de sant&#233;, dix h&#244;pitaux, mille consultations, cent-vingt examens, sept diagnostics, six mille s&#233;ances de soin, cinquante traitements&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, plus de quatre femmes sur cent se reconna&#238;tront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Joseph-du-Lac (Qu&#233;bec) : M &#201;diteur collection Militantisme, 152p., 8 septembre 2021 (Qu&#233;bec), 22 octobre 2021 (Europe)&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;https://algonautes.org/spip.php?article49&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;couter les six &#233;pisodes de la s&#233;rie podcast &#233;ponyme&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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